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WSWS : Nouvelles et analyses : États-Unis

Les Etats-Unis font passer une résolution contre la Corée du Nord à l’ONU

Par Peter Symonds
17 octobre 2006

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L’administration américaine a ouvert la voie à l’accentuation de la confrontation avec la Corée du Nord suite à son test nucléaire du 9 octobre dernier, en faisant adopter de nouvelles sanctions contre Pyongyang au Conseil de sécurité de l’ONU. Après une semaine de tordage de bras par les Etats-Unis, la Chine et la Russie ont laissé tomber leurs objections à la proposition de Washington et la résolution a été acceptée à l’unanimité.

La résolution de l’ONU condamne le test nucléaire souterrain de la Corée du Nord, le décrivant comme « une grave menace à la paix et à la sécurité ». Elle demande que Pyongyang « abandonne toutes armes nucléaires et tous programmes nucléaires existants », suspende toutes ses activités liées aux missiles balistiques, « retire l’annonce de son retrait du Traité sur la non-prolifération (TNP) et l’invite à reprendre les Pourparlers à Six sans conditions préalables ».

La résolution appelle les Etats membres de l’ONU à bannir la vente ou le transfert de matériel et de technologie liés aux armes de destruction massive, aussi bien que de matériel militaire important comme les chars d’assaut et les navires de guerre ainsi que les produits de luxe. Elle impose aussi un gel des actifs financiers nord-coréens et une interdiction de voyage aux responsables et aux scientifiques qui sont liés aux programmes de développement d’armes de destruction massive. En invoquant le Chapitre 7 de la Charte de l’ONU, la résolution impose que tous les membres de l’ONU la respectent.

L’ambassadeur de la Corée du Nord aux Nations unies, Pak Gil Yon, a dit que son gouvernement « rejetait totalement » la résolution du Conseil de sécurité et a condamné le Conseil de sécurité de l’ONU pour avoir mené une « action de gangsters » et pour appliquer une politique de « deux poids, deux mesures » en négligeant les menaces nucléaires faites à Pyongyang par les Etats-Unis. Il a fait référence en particulier au discours qu’a fait Bush en 2002 où il déclarait que la Corée du Nord faisait partie de « l’axe du mal » avec l’Irak et l’Iran. Pak a donné l’avertissement que si les Etats-Unis continuaient à « augmenter la pression » sur la Corée du Nord, alors son gouvernement pourrait considérer cela comme une déclaration de guerre et y répondre de façon appropriée.

Il n’y a pas de doute que le test nucléaire de la Corée du Nord était un geste téméraire et plutôt désespéré qui, loin d’améliorer sa sécurité, a fait le jeu de l’administration Bush et menace de lancer une course aux armements nucléaires dans le nord-est de l’Asie. Mais sa colère évidente envers l’hypocrisie de l’ONU est certainement justifiée. Tout en condamnant Pyongyang, les membres du Conseil de sécurité de l’ONU n’ont rien à dire sur le long historique de menaces de Washington envers la Corée du Nord, ses menaces de « changements de régime » et son refus répété d’avoir de pourparlers bilatéraux pour normaliser les rapports entre les deux pays.

L’ambassadeur américain aux Nations unies, John Bolton, a pris un plaisir vindicatif à inclure un embargo sur les « produits de luxe » dans la résolution. Son unique but est de renforcer la propagande américaine dénigrant le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il comme un playboy qui « affame son propre peuple ». Les Nord-coréens ont perdu du poids, a déclaré Bolton à la presse, et « peut-être que cette mesure signifiera une petite diète pour Kim Jong-il ». En fait, les Etats-Unis, qui ont maintenu un embargo contre la Corée du Nord depuis les années 1950 et qui ont exploité leur « aide humanitaire » à des fins politiques, portent une lourde responsabilité pour la crise qui a entraîné les terribles famines des années 1990.

La Corée du Nord a offert à maintes reprises d’abandonner ses programmes nucléaires en échange d’une garantie de sécurité des Etats-Unis et que les mesures soient entreprises pour mettre un terme à l’embargo américain du pays. Après le test nucléaire de la semaine passée, Pyongyang a déclaré qu’elle était prête à négocier la dénucléarisation de la péninsule coréenne. La Corée du Nord a refusé de reprendre les pourparlers des Six, qui comprennent les deux Corées, les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la Russie après que Washington a fait pression de façon provocante sur une banque de Macau pour qu’elle gèle les actifs nord-coréens. En vertu de la nouvelle résolution de l’ONU, les tentatives américaines pour étrangler Pyongyang financièrement vont évidemment devenir plus pressantes.

La Chine, alliée officielle de la Corée du Nord, a été prise dans un dilemme par l’essai nucléaire. Pékin a encouragé les pourparlers à six voix afin de désamorcer la confrontation, qui dure depuis longtemps, au sujet des programmes nucléaires nord-coréens et a fortement averti Pyongyang qu’elle ne devait pas faire exploser d’engin nucléaire. La Chine s’inquiète profondément du fait que le Japon pourrait exploiter l’essai pour développer son propre arsenal nucléaire. Toutefois, au même moment, Pékin est hostile à la campagne belliqueuse de l’administration Bush contre le régime de Pyongyang et craint que l’augmentation constante des tensions en Asie du Nord-est ne soit dirigée contre lui.

La Chine, appuyée par la Russie, s’est opposée à deux éléments du projet de résolution des États-Unis : l’utilisation du chapitre 7 de la charte de l’ONU, qui a été exploitée par les États-Unis pour justifier leur invasion de l’Irak, et l’interception et la fouille du fret à destination et en provenance de la Corée du Nord. Selon le New York Times, des « négociations tendues » se sont déroulées jusqu’à la dernière minute avant le vote de l’ONU. Au bout du compte, les États-Unis ont modifié la résolution en invoquant l’article 41 du chapitre 7, qui réfère spécifiquement à des « mesures n'impliquant pas l'emploi de la force armée ».

Néanmoins, la résolution permet aux États membres de coopérer « en procédant à l’inspection du fret à destination ou en provenance de la République populaire démocratique de Corée » pour empêcher le « trafic illicite » d’armes de destruction massive. La clause déclare qu’une telle action doit être en accord avec le droit international et, aux exigences de la Chine, a omis une référence spécifique à l’utilisation de la force militaire pour arrêter les navires en eaux internationales, mais elle donne aux États-Unis le pouvoir de poursuivre leur provocante Initiative de sécurité contre la prolifération (ISP).

Sous la ISP lancée en 2003, les États-Unis et leurs alliés, incluant le Japon et la Chine, se sont préparés à intercepter des navires en hautes mers et des avions dans l’espace aérien international sous le prétexte de chercher des armes de destruction massive. Bolton, en tant que sous-secrétaire d'État à la maîtrise des armements et à la sécurité des États-Unis, a été celui qui a avancé la proposition, qui tentait de légaliser ce qui est illégal sous le droit international et considéré comme de la piraterie ou un acte de guerre. En 2003, Bolton a argumenté que l’interdiction de navires et d’avions était permise par le droit international.

Moins d’une heure après que la résolution eut été passée, l’ambassadeur chinois à l’ONU, Wang Guangya, a déclaré que la Chine ne participerait à aucun régime d’inspection, car cela créerait un « conflit qui aurait de sérieuses répercussions sur la région ». S’adressant aux journalistes, il a affirmé : « La Chine ne participera pas politiquement à la ISP. Je crois que les actions prises sous la ISP mèneront facilement, intentionnellement ou non... à diverses intensifications du conflit ou provocations ». Wang a incité les États membres à adopter une « attitude prudente et responsable » envers les inspections et à éviter les mesures provocantes.

Dimanche, Bolton a prudemment évité la question du droit international, déclarant que les fouilles pourraient se faire dans les ports et sur les voies terrestres. Il a soutenu à CNN que la résolution n’appelait pas à un blocus maritime de la Corée du Nord, et que l’interdiction des articles pouvait être réalisée sans blocus. Toutefois, le ministre australien des Affires étrangères, Alexander Downer, a annoncé dimanche que le gouvernement Howard considérait déjà envoyer des navires de guerre pour participer à un blocus de la Corée du Nord.

Les États-Unis et leurs alliés considèrent sérieusement l’utilisation de moyens militaires pour intercepter des vaisseaux nord-coréens, malgré le fait que la résolution de l’ONU exclut l’usage de la force armée. L’administration Bush, qui a de manière répétée démontré son mépris pour le droit international et l’ONU, a maintenant les moyens de provoquer des incidents en haute mer qui pourront être utilisé pour justifier des actions plus agressives, incluant l’utilisation de la force militaire, contre la Corée.

C’est donc sans surprise que le président Bush a salué la réponse de l’ONU comme étant « rapide et résolue ». Bolton a déclaré que les États-Unis étaient « très satisfaits » avec la résolution, qui était « exactement en ligne » avec ses recommandations. La secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice est sur le point de partir vers l’Asie du Nord-Est pour faire pression sur la Chine et la Corée du Sud en particulier, pour qu’ils adoptent une attitude plus dure contre la Corée du Nord.

L’administration Bush a répondu aux commentaires qu’a faits Wang samedi en insistant sur le fait que la Chine était obligée d’appliquer tous les aspects de la résolution de l’ONU. « Je suis certaine que la Chine va s’acquitter de ses responsabilités », a déclaré Rice. Bolton notait que si la Chine acceptait de retirer son soutien à la Corée du Nord, cela « aurait un effet persuasif puissant à Pyongyang…Je pense que la Chine a une lourde responsabilité. »

Clairement, Washington considère la résolution de l’ONU simplement comme un premier pas. Comme Bolton le laissait savoir, les pressions américaines vont chercher à faire accepter à la Chine qu’elle impose des sanctions plus importantes à la Corée du Nord, incluant l’approvisionnement en nourriture et en pétrole. La Chine est le plus important partenaire commercial de la Corée du Nord et la source de son pétrole. Malgré toute sa propagande concernant Kim Jong-il qui affamerait son peuple, l’administration Bush n’hésiterait pas un instant à ruiner l’économie nord-coréenne pour tenter de forcer le pays à se soumettre en affamant son peuple.

La réponse agressive des Etats-Unis aux remarques de Wang souligne le fait que la première préoccupation de Washington n’est pas le test nucléaire ou même la Corée du Nord. Les Etats-Unis, qui possèdent des milliers d’armes nucléaires sophistiquées, ne sont pas sérieusement menacés par la Corée du Nord. L’administration Bush a constamment exploité la crise nucléaire nord-coréenne afin d’accroître les tensions en Asie du Nord-Est pour y assurer sa domination contre ses rivaux, particulièrement la Chine

Au même moment, l’attitude menaçante de Washington contre la Corée du Nord vise également à menacer d’autres pays dans la mire de l’administration Bush, particulièrement l’Iran.

(Article original anglais paru le 16 octobre 2006)

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