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WSWS : Nouvelles et analyses : Afrique et Moyen-Orient

Les faux amis des masses tunisiennes : le cas du Parti Ouvrier Indépendant français

Par Olivier Laurent
11 février 2011
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La vague de luttes ouvrières révolutionnaires qui secoue l’Afrique du Nord a contraint le dictateur tunisien Zine El Abidine Ben Ali à fuir, mais le régime du Rassemblement Constitionnel Démocratique (RCD) de Ben Ali a pu se maintenir au pouvoir. Grâce à sa coopération avec les groupes de « l’opposition » officielle, syndicats et organisations de magistrats, le premier ministre de Ben Ali, Mohamed Ghannouchi, contrôle toujours le gouvernement.

Une multitude d'organisations de « gauche » en Tunisie et dans d'autres pays essayent de redorer le blason de cette prétendue « opposition » à Ben Ali—notamment du syndicat officiel UGTT (Union Générale des Travailleurs Tunisiens), qui fit pourtant campagne pour Ben Ali aux dernières élections. C’est ainsi qu'ils contribuent à l'effort des forces contre-révolutionnaires pour maintenir le régime Ben Ali au pouvoir.

En France, l'ancienne puissance coloniale de la Tunisie, ce rôle revient entre autres au du Parti ouvrier indépendant (POI), coalition dominée par l’ancienne Organisation communiste internationaliste (OCI) ex-trotskiste de Pierre Lambert. Le POI jouit d'une influence notable dans la bureaucratie syndicale et chez les maires des communes rurales.

Le POI mêle à des louanges hypocrites de l'action spontanée des masses et à des dénonciations des représentants du régime de Ben Ali des illusions sur la nature des autres organisations de « gauche ». Ce sont pourtant précisément ces organisations qui maintiennent Ghannouchi au pouvoir.

Le POI met ainsi en exergue de son journal, Informations ouvrières du 19 janvier,

« Les comités populaires [qui] jouent un rôle considérable au sein de la population en prenant en charge l’approvisionnement des cités, l’entente avec les commerçants […] Le contrôle de la distribution du gaz et du fuel pour le chauffage, tout cela se fait dans la discipline ».

Cependant, il se garde bien d'indiquer tout objectif politique, au-delà de pallier le manque de services publics. Ces lignes témoignent de l’hostilité instinctive du POI à une politique révolutionnaire socialiste. Par cette tactique, il vise à empêcher que ces comités populaires ne deviennent les bases d’un pouvoir prolétaire qui renverserait le régime corrompu Ben Ali-Ghannouchi-UGTT pour établir un Etat ouvrier, participant des Etats socialistes unis du Maghreb et du Moyen Orient.

Le POI remarque que « L’UGTT se prononce pour la démission de l’actuel gouvernement, pour la remise en cause de toutes les institutions antidémocratiques et dictatoriales de l’ancien régime et pour une Assemblée constituante ». Il ajoute avec satisfaction que « c’est là une position conforme à la démocratie. »

Rien n'y est dit sur le contenu de cette nouvelle constitution, mis à part qu'elle devrait « rompre » avec l'ancien régime. L'assemblée constituante proposée par le mouvement d'opposition du « 14 janvier » est conçue comme une institution qui ne ferait que surveiller le gouvernement d'intérim. L'armée et la police— piliers de l'ancien régime—continueraient à exister, sous le contrôle de Ghannouchi.

Cet appel à se doter d’une nouvelle constitution « démocratique » bourgeoise est un leitmotiv du POI et du Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie (PCOT). Le PCOT a été légalisé par le gouvernement d'intérim, c'est-à-dire par Ghannouchi, le 20 janvier. C'est un groupe maoïste qui glorifie toujours des dictateurs anti-ouvriers comme Enver Hodja (ex-dirigeant de l'Albanie), Mao ou Staline. C'est un parti lié aux ex-staliniens du Parti Ettahjid et qui s'en distingue à peine (Lire : La politique anti-socialiste de l’« opposition » tunisienne officielle).

Ses déclarations actuelles cherchent à endormir les masses, se concentrant sur la présentation de l'UGTT et même de l'armée comme des forces populaires auxquelles les masses devraient faire confiance. C’est-à-dire qu’ils entourent les projets de « transition démocratique » proposés par les stratèges impérialistes à Washington et à Paris d’un verbiage de « gauche » totalement creux.

De même, toutes les déclarations du POI reviennent à déclarer leur soutien plein et entier à l'UGTT. Le passif cynique de cette organisation étant trop bien connu, ils tentent d’utiliser l'argument selon lequel il serait tout de même possible d'infléchir leur politique en « faisant pression » sur leur direction.

Dans un communiqué du 26 janvier, suite à des attaques contre les locaux de l'UGTT par des partisans de Ben Ali, le POI a déclaré sa « solidarité à la centrale syndicale UGTT, à ses dirigeants [notre italique] et à ses militants. » Cette déclaration oublie d’ailleurs que c'est l'attentisme entretenu par l'UGTT elle-même qui explique l'audace des partisans du dictateur déchu.

L'éditorial du Numéro 132 d'Informations ouvrières—réalisé au moment de la démission des 3 ministres de l'UGTT le 18 janvier—louait « le rôle qu’en dépit même de sa direction, l’UGTT est amenée à y jouer, saisie à tous les niveaux par les travailleurs pour porter les revendications et accueillir les comités de défense dans ses locaux. »

En fait, l’UGTT en se retirant du gouvernement essayait simplement d’empêcher que toutes les institutions du régime soient discréditées en semble. Ceci ne signifiait pas du tout qu’elle voulait lutter contre le régime actuel tunisien. En effet, dix jours plus tard, elle annulait la grève qu’elle avait appelé contre Ghannouchi et déclarait qu’elle acceptait qu’il reste au pouvoir.

Le 26 janvier, un dirigeant de l'UGTT, Hacine El Abassi, avait déclaré, « S’il apparaît qu’il n’y a pas d’autre moyen pour faire entendre raison au gouvernement Ghannouchi pour qu’il parte, alors nous appellerons à la grève générale ». Mais dès le lendemain, un autre dirigeant, Abid Briki, déclarait à l'AFP « On est d'accord sur le principe du maintien de trois noms, Ghannouchi, Jouini et Chelbi. »

Ces trois ministres ayant reçu la bénédiction de l'UGTT ont supervisé l'imposition de la politique du FMI qui a maintenu la population dans la pauvreté contre laquelle elle s'est soulevée. Jouini, aujourd'hui ministre de la planification, était au conseil de direction de la banque centrale de 1996 à 2001, fut secrétaire d'Etat aux privatisations en 2001-02, puis ministre du développement. Chelbi, ex-directeur de la banque International Maghreb Merchant, était déjà ministre de l'Industrie depuis 2004.

Toute « l'opposition » officielle tunisienne est prête à collaborer avec ces alliés de la haute finance internationale et de Ben Ali. Pour ces gens, la « révolution » se résume à transférer le droit de piller la population de la famille Ben Ali-Trabelsi à un cercle un peu plus large de pillards. Contrairement à ce que le POI et les autres partis de son espèce veulent faire croire, la fracture sociale qui sépare ces organisations des ouvriers et des masses paysannes appauvries ne peut pas être réduite.

La perspective politique du POI en Tunisie, totalement orientée vers le pouvoir politique et vers les syndicats, ne fait d’ailleurs que refléter à l’étranger la politique droitière qu’il mène en France. L’OCI a rompu en 1971 avec Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), qui publie le World Socialist Web Site, pour limiter ses activités au travail syndical et à l'infiltration au Parti Socialiste (PS) de François Mitterrand. L'ex-Premier ministre français de 1997 à 2002, Lionel Jospin, en est issu.

En 1981, l'OCI avait appelé à voter Mitterrand. Une fois au pouvoir, ce dernier n'avait rien changé à la politique néo-coloniale française qui s'appuie sur des dictatures corrompues. En visite en Tunisie en 1989, il avait déclaré hypocritement que « depuis [l'arrivée au pouvoir de Ben Ali] beaucoup de gens se sont retrouvés en liberté, plusieurs courants d’opinion existent. »

Outre le noyau historique qui a délaissé le trotskysme, le POI rassemble des rescapés du PS et du PCF en rupture de ban devant la précipitation avec laquelle ces partis ont abandonné la rhétorique socialiste aux années 1990. La devise officielle du POI--« Pour le socialisme, la République et la démocratie » -- indique clairement que leur « socialisme » est parfaitement compatible avec les institutions de la République bourgeoise.

Voir aussi:

Notre couverture sur les soulèvements en Afrique du Nord et Moyen-Orient

 

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