L’OTAN et ses bombardements de terreur en Libye

Par Bill Van Auken
18 juin 2011

Le bombardement continu de Tripoli durant les 48 dernières heures représente une nouvelle étape d'un des actes d'agression impérialiste les plus flagrants depuis les guerres de conquête lancées par Hitler et Mussolini dans les années 1930.

Des avions de combat ont frappé la capitale Libyenne 62 fois entre mardi et mercredi matin. Les frappes de jour soulignent le fait que la Libye, sa force aérienne et son système de défense anti-aérien ayant été dévastés par les frappes précédentes, reste quasiment sans défense face au blitzkrieg de l'OTAN.

Au moins 31 personnes ont été tuées et des dizaines blessées. Les bombardements ont démoli des bâtiments publics civils, tout en endommageant des logements, des hôpitaux et des écoles. Leur effet collatéral, voulu, est de terroriser la population de Tripoli qui compte 1,7 million d'habitants.

Cette escalade rapide de la campagne de bombardements intervient tout juste après le déploiement des hélicoptères d'attaque britanniques et français, largement considéré comme un prélude à une invasion directe au sol.

Mercredi à Bruxelles, un sommet des ministres des affaires étrangères de l’OTAN s’est mis d’accord pour poursuivre la campagne de bombardements qui dure depuis déjà 10 semaines « aussi longtemps que nécessaire, » pendant que le ministre de la défense Robert Gates et le Secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, insistait auprès d’autres états membres de l’OTAN, dont l’Allemagne, la Pologne, la Turquie et l’Espagne, pour qu’ils participent au bombardement de cette nation africaine opprimée.

Il fut un temps où ce genre d’attaques était considéré comme des « bombardements de terreur. » Ils étaient menés par la Luftwaffe de Hitler contre des populations sans défense – à Guernica durant la guerre civile espagnole en 1937, à Varsovie en 1939, à Rotterdam en 1940 et à Belgrade en 1941 – avec pour objectif d’annihiler les forces armées du pays visé, de détruire l’organisation de l’Etat et de briser le moral de tous ceux qui s’opposaient à l’occupation étrangère.

En Afrique du Nord, des campagnes similaires d’agression et de terreur ont été menées par le régime fasciste de Mussolini contre l’Éthiopie et – hier comme aujourd’hui – en Libye.

Il y a bien peu de différences entre ces actes d’agression plus anciens – pour lesquels les chefs du troisième Reich ont été poursuivis à Nuremberg – et la guerre actuelle menée par les États-Unis et l’OTAN. Que ce soit dans leurs objectifs ou leurs méthodes, ils sont très semblables.

Cette guerre des États-Unis et de l’OTAN est menée sous le prétexte d’appliquer une résolution de l’ONU qui autoriserait « toutes les mesures nécessaires » pour protéger la population civile du pays. Les dirigeants des États-Unis et des grandes puissances européennes admettent tous que cette résolution est une farce.

L’objectif réel de cette guerre, tout comme de celles qui ont été menées dans les années 1930, est la conquête impérialiste. Les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Italie veulent tous « un changement de régime » en Libye, ils cherchent à faire tomber le gouvernement en place de Mouammar Kadhafi et à imposer un nouvel état client qui fonctionnera comme le pantin des grandes puissances et des conglomérats énergétiques occidentaux.

Ils se sont emparés des soulèvements populaires qui balayent le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord pour subjuguer ce pays faiblement peuplé, placé stratégiquement entre les deux nations arabes où ont eu lieu les soulèvements les plus lourds de conséquences– l’Égypte et la Tunisie. Leur objectif n’est pas, comme l’ont cyniquement affirmés Barak Obama et Hillary Clinton, de sauver le « printemps arabe, » mais plutôt de se mettre en position de l’étrangler.

Agissant sous le prétexte d’appliquer une résolution des Nations unies et de protéger des vies civiles, les États-Unis et leurs alliés ont causé d’immenses souffrances parmi les civils libyens. Ils ont également abandonné le contenu essentiel de la Charte qui a créé l’ONU, laquelle déclarait illégales les guerres d’agression et affirmait le principe de souveraineté nationale, interdisant l’intervention de ses membres dans les affaires intérieures d’autres membres.

Ils ont mené des actes d’agression pour le but avoué d’assassiner le chef de l’état Libyen et de détruire ses forces armées et l’infrastructure de son état. Pour cela, ils ont bombardé le centre de Tripoli et des parties d’autres villes, en ont fait des tas de gravats, et ont tué des hommes, des femmes et des enfants innocents – sans parler d’un nombre inconnu de soldats, dont beaucoup ne sont que des appelés pouvant avoir 17 ans.

Le bombardement par l’OTAN a également fait des milliers de réfugiés fuyant pour sauver leur vie parmi les Libyens et les travailleurs immigrés. Des centaines sont morts en tentant de traverser la Méditerranée. On craint de plus en plus que cette guerre ne créée un désastre humanitaire, privant la population civile de nourriture, d’eau et de soins médicaux.

Ceux qui sont responsables de ces actes – Barack Obama, David Cameron, Nicolas Sarkozy et d’autres – sont coupables de crimes de guerre.

Lors de leur réunion à Bruxelles, les ministres des affaires étrangères de l’OTAN ont reçu l’ordre de préparer « la Libye post-Kadhafi. » On peut s’attendre avec certitude à ce que, si cela se réalise, cet objectif prendra la forme d’une deuxième campagne militaire – un règne de la terreur contre la population libyenne, visant à écraser toute résistance à la domination étrangère.

Qu’est-ce que la Libye a fait aux pays – dont le Danemark, la Norvège et la Suède – qui font maintenant pleuvoir les bombes sur ses villes et sa population ? La réponse est : rien. Ils participent à cet assaut impérialiste pour avoir leur part dans la curée du pays, sur les réserves pétrolières et sur les dizaines de milliards de dollars qui ont été « gelés » dans les banques occidentales.

En menant cette aventure impérialiste criminelle, les États-Unis et l'OTAN ont pu exploiter l'absence à peu près totale de mouvement anti-guerre que ce soit en Amérique ou en Europe.

Durant les quatre décennies qui ont suivi la guerre du Vietnam, le sentiment anti-guerre organisé a joué un rôle politique sur les deux continents. À la veille de l'invasion injustifiée de l'Irak en 2003, des millions sont descendus dans la rue sur toute la planète au cours d'une manifestation internationale sans précédent contre la guerre et l'impérialisme.

Et pourtant maintenant, alors que l'impérialisme américain mène trois guerres d'agression à la fois, et que les grandes puissances européennes s'y associent, l'opposition continue à la guerre ressentie par la grande majorité de la population ne trouve aucune expression politique significative.

Ce phénomène politique s'explique en grande partie par l'évolution de toute une couche jadis « de gauche » venant des classes moyennes et qui incluait la direction des mouvements anti-guerre de la période précédente. Tout en prenant des formes politiques différentes – aux États-Unis, une intégration de plus en plus profonde dans le parti démocrate et en Europe la trajectoire prise par les Verts et d'autres formations politiques « de gauche » -- ces évolutions ont des racines sociales et politiques communes : la richesse accrue de cette couche et son accommodation à l'impérialisme sous le slogan tout à fait hypocrite des « Droits de l'Homme. »

Il y a en particulier parmi eux une coterie d'universitaires, ex « gauchistes », - représentés par Juan Cole, historien du Moyen-Orient à l'université du Michigan – qui salive pratiquement à chaque nouveau bombardement de l'OTAN, affirmant que chaque attaque est un coup en faveur de la « Libye libre. » Dans la propagande de guerre éhontée de certaines de ces canailles professionnelles, il y a un écho distinct des positions adoptées par une couche similaire de la classe moyenne en Allemagne durant la montée du nazisme.

Un nouveau mouvement anti-guerre, s'appuyant sur la classe ouvrière et une perspective socialiste, doit émerger en réponse à l'assaut contre la Libye, aux crimes toujours perpétrés en Afghanistan, au Pakistan, en Irak, et aux nouveaux actes de militarisme qui ne manqueront pas de se produire.

Ces guerres sont menées par une élite financière au pouvoir dans une tentative de se décharger des conséquences catastrophiques de la crise économique qui s'empare du capitalisme mondial et surtout de celui des États-Unis.Le militarisme à l'extérieur est associé à une guerre sans répit contre le niveau de vie et les droits sociaux fondamentaux des travailleurs de chaque pays. Alors que la direction des anciens mouvements de contestation de gauche évolue vers la droite, cette crise pousse les travailleurs vers la gauche.

La lutte contre la guerre – pour mettre fin à l'agression impérialiste contre la Libye, pour le retrait de toutes les troupes américaines du Moyen-Orient et d'Afghanistan et pour une fin à la menace de nouvelles guerres impérialistes encore plus meurtrières – ne peut être menée que si elle fait partie d'une lutte pour mobiliser la classe ouvrière politiquement contre le système d'exploitation, source du militarisme.

Pour réussir, ce mouvement doit s'appuyer sur une nouvelle perspective et une nouvelle stratégie de socialisme international, pour unir la classe ouvrière de chaque pays dans une lutte commune pour mettre un terme au capitalisme et commencer la réorganisation socialiste de l'économie mondiale afin qu'elle réponde aux besoins sociaux et non aux besoins de profits privés.

(Article original paru le 9 juin 2011)

Voir aussi :

Gates réprimande rudement l’Europe

17 juin 2011

Les guerres sans fin de Washington

16 juin 2011

L’OTAN prolonge l’autorisation pour le bombardement de la Libye jusqu’en septembre

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