France : l’ex-ministre du budget Jérôme Cahuzac reconnaît avoir menti sur les comptes cachés

Par Olivier Laurent et Alex Lantier
3 avril 2013

Hier Jérôme Cahuzac, l’ex-ministre du budget du Président François Hollande, a reconnu devant les juges d’instruction avoir menti en niant qu’il détenait un compte caché en Suisse.

Il avait démissionné le 19 mars, après l’ouverture d’une information judiciaire suite à des révélations publiées en décembre par le site d’information Médiapart. D'après Médiapart, Cahuzac aurait dissimulé l'existence de ce compte, et donc fraudé le fisc, jusqu'en 2010, avant d'investir cet argent à Singapour. Ce compte aurait contenu plusieurs centaines de milliers d’euros.

Chirurgien de formation, ayant travaillé pour le ministre de la santé Claude Évin de 1988 à 1991 avant de créer un cabinet privé de « conseil » pour les entreprises pharmaceutiques, Cahuzac se voit également reprocher des faits de « perception par un membre d'une profession médicale d'avantages procurés par une entreprise dont les services ou les produits sont pris en charge par la Sécurité sociale ».

Cahuzac était réputé pour répondre sans notes aux questions les plus techniques de droit fiscal à l'Assemblée nationale. Il est également connu comme un proche de Pierre Fabre, fondateur d’un grand groupe pharmaceutique français, depuis son passage au ministère de la santé.

De décembre au 19 mars, Cahuzac a bénéficié de la confiance de Hollande et du gouvernement, jurant à l'Assemblée qu'il n'avait rien à cacher. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault affirmait avoir « toute confiance » en lui.

Certains au PS se sont prononcés en sa faveur même après l’ouverture de l’information judiciaire. Jérôme Guedj a dit « s'interroger sur la dérive progressive de la jurisprudence politique en matière d'affaires. Si tous les maires ou élus locaux devaient démissionner à la moindre ouverture d'information judiciaire… Cette dictature de l'émotion est problématique. »

Les derniers rebondissements de l’affaire Cahuzac sont dévastateurs pour Hollande, qui est déjà profondément impopulaire à cause des politiques anti-ouvrières et impérialistes qu’il a menées au courant de la première année de son mandat.

Le gouvernement Hollande est haï pour ses mesures d’austérité coûtant des dizaines de milliards d’euros aux travailleurs, sa réforme anti-ouvrière du code du travail, ses licenciements de masse notamment dans l’industrie automobile, et ses guerres en Syrie et au Mali. Les mensonges de Cahuzac donnent une indication à une échelle personnelle des intérêts de classe réactionnaires qui dictent la politique des ministres PS.

L’affaire souligne encore une fois le caractère corrompu et anti-ouvrier de la politique des partis de la pseudo-gauche petite-bourgeoise, tels le Parti communiste français et le Nouveau parti anticapitaliste, qui ont appelé à voter Hollande pendant l’élection présidentielle. Leur soutien pour le PS et la politique d’austérité menée par Hollande démontrent la nécessité d’un mouvement de la classe ouvrière contre la « gauche » bourgeoise française, à présent totalement hostile aux travailleurs.

Comme le ministre de l'intérieur Manuel Valls, Cahuzac fait partie d'une génération de responsables du PS qui y ont adhéré à la fin des années 1970, alors que la bourgeoisie se préparait à utiliser le PS pour attaquer la classe ouvrière. La carrière politique de Cahuzac, comme celle de Hollande, s’est développée après le « tournant de la rigueur » mené par le président PS François Mitterrand. Ce sont des hommes politiques organiquement bourgeois.

Cahuzac appartient au très exclusif Cercle de l'union interalliée, au tarif d'entrée de 3.900 euros. Il y côtoie des grands patrons français comme Claude Bébéar (fondateur du plus grand groupe d'assurances français, AXA), des politiciens de droite (l'ex-président Valéry Giscard d'Estaing, l'ex-Premier ministre François Balladur), et des intellectuels de droite comme l'historienne anticommuniste Hélène Carrère d'Encausse, et l'essayiste néo-libéral Guy Sorman.

Il résumait son parcours politique ainsi : « Je n’ai jamais été marxiste et ne crois ni au grand soir ni à la grande réforme. C’est ma conscience qui m’a dicté mes choix. »

C’est-à-dire que, comme l’ensemble du gouvernement Hollande, Cahuzac est fermement partisan de l’austérité imposée à la classe ouvrière en Grèce, en France, et à travers l’Europe.

Le tollé médiatique et les dénonciations de Cahuzac par ses anciens collègues au PS, comme par les personnalités de droite et du Front National néo-fasciste, est profondément hypocrite. Tous ont leurs liens avec l’Etat et avec une classe dirigeante corrompue jusqu’à la moelle.

Trois ans après le scandale Bettencourt qui a éclaboussé le ministre de droite Eric Woerth, soupçonné d’utiliser les fonds de la milliardaire Liliane Bettencourt pour nourrir les comptes du président Nicolas Sarkozy, le gouvernement français est de nouveau directement secoué par un scandale financier.

De larges sections de la bourgeoisie craignent le discrédit que l’affaire Cahuzac fera rejaillir sur les institutions de la République bourgeoise, et le risque d’un mouvement de la classe ouvrière internationale contre l’austérité et contre le capitalisme, secoué par la crise économique la plus profonde depuis les années 1930. La question des rôles de Hollande et d’Ayrault dans cette affaire est à présent ouvertement évoquée dans les pages de la presse.

Dans le quotidien de droite Le Figaro, Paul-Henri du Limbert écrit qu’ « à l’heure où la France s’enfonce chaque jour un peu plus dans la crise, rien n’est plus grave que l’atmosphère de suspicion généralisée que provoquera inévitablement l’affaire Cahuzac ».