Les droits fondamentaux sont en jeu dans la lutte pour défendre Edward Snowden

Par Barry Grey
25 juin 2013

(Article original paru le 24 juin 2013)

Il y a quelque chose de profondément troublant à voir une jeune personne fuir un gouvernement vindicatif qui a révélé une gigantesque conspiration politique contre les droits démocratiques du peuple Américain et des peuples du monde entier.

Edward Snowden a été accusé d'espionnage et il est dénoncé comme un traître espionnant pour l'ennemi. Mais à qui donne-t-il des informations ? Au peuple américain. Aux yeux des accusateurs de Snowden, l'ennemi est le peuple américain.

Les peuples ont le droit de savoir que chaque appel téléphonique est enregistré, chaque courriel est étudié, chaque conversation sur Skype est écoutée ; chaque communication, téléchargement sur Internet, et achat effectué avec une carte de crédit est enregistré et conservé dans de vastes bases de données de la NSA, l'agence de sécurité nationale américaine. Les communications privées qui ne sont pas immédiatement écoutées ou lues sont conservées pour qu’on puisse les fouiller ultérieurement.

Ce que l'on appelle les « métadonnées » des communications téléphoniques et électroniques, donnent aux agences de renseignement et aux militaires une foule d'informations sur chaque homme et femme du pays – avec qui ils s'associent, ce qu'ils lisent, ce qu'ils achètent, comment ils passent leur temps.

Ceux qui minimisent ces révélations sur de vastes opérations d'espionnage par l'état, ceux qui disent que les gens n'ont rien à craindre s'ils n'ont rien à cacher témoignent d'une ignorance et d'une indifférence aux questions des droits démocratiques. Pour eux, la constitution est superflue.

Le flot incessant des dénonciations de Snowden par des politiciens et des commentateurs des médias continue sans faiblir. C'est une tentative dans un premier temps de désorienter l'opinion publique et de détourner l'attention de la vraie question soulevée par ces révélations sur les programmes d'espionnage américains, et en second lieu, de faire un exemple de Snowden pour intimider d'autres personnes et les empêcher de faire des révélations sur les crimes du gouvernement.

Dans les émissions d'entretiens politiques du dimanche aux États-Unis, les politiciens des deux partis étaient en accord pour dénoncer Snowden comme un criminel et défendre les opérations de surveillance illégales. S'exprimant dans Face the Nation, la démocrate Dianne Feinstein, qui dirige la commission des renseignements du Sénat, a déclaré qu'elle n'avait vu « aucun abus de ces agences » et avait accusé Snowden de porter atteinte à des programmes « qui ont tous bien fonctionné et ont empêché des complots terroristes. »

« Je veux le voir pris et ramené pour un procès […] la chasse est ouverte, » a-t-elle ajouté, et elle est allée jusqu'à impliquer que WikiLeaks devrait être poursuivi pour avoir « aidé et incité » Snowden.

Le Sénateur Bob Corker, un républicain, a déclaré qu'il considérait Snowden comme un « criminel » coupable d'avoir « enfreint les lois nationales ce qui a mis en péril nos citoyens. »

Dans Meet the Press, le président de la Commission sur les services de renseignements de la Chambre des députés, Mike Rodgers, a insinué que Snowden espionnait pour le compte de la Russie et l'a dénoncé comme quelqu'un qui « trahit son pays. » Sur Fox News Sunday, la sénatrice républicaine Lindsey Graham a dit, « j'espère que nous le poursuivrons jusqu'au bout de la terre, le traîneront devant la justice et feront savoir aux Russes qu'il y aura des conséquences s'ils abritent ce type.»

La défense par les deux grands partis des opérations d'espionnage et leur diffamation contre Snowden montrent que, quelle que soit le prétendu gridlock [blocage des assemblées à cause d'un partage des voix, ndt] au Congrès, quand il est question de défendre des mesures ouvertement inconstitutionnelles, il y a une harmonie complète entre les deux partis du grand patronat.

C'est une tentative de criminaliser non les crimes mais la révélation des crimes.

De plus, l'affirmation que cette vaste opération digne d'un état policier aurait quoi que ce soit à voir avec une guerre contre le terrorisme est une insulte à l'intelligence des gens. Ces opérations sont motivées par la peur de la population. L'élite dirigeante est terrifiée par la croissance de l'opposition sociale à ses politiques de guerre et d'austérité. Elle cherche à établir un contrôle social et politique sur la population, mettant en place les méthodes et les structures d'une dictature.

Les infrastructures d'un état policier sont déjà bien en place. Un acte violent de la part d'un individu désorienté, peut-être facilité par des éléments au sein de l'appareil d'état, peut devenir le prétexte pour imposer ouvertement des formes de gouvernement autoritaires.

L'ampleur des violations de la constitution et de la déclaration des droits fondamentaux, qui interdisent expressément les fouilles et les saisies excessives, sous Barack Obama, va bien plus loin que celles qui ont entraîné la procédure de destitution de Nixon, il y a 39 ans. Pourtant aujourd'hui, pas un seul politicien ou commentateur médiatique important n'a appelé à une procédure de destitution contre Obama – un président qui a ordonné l'assassinat extrajudiciaire de milliers de gens, dont des citoyens américains – ni à des poursuites pénales contre des responsables de la NSA, du FBI, de la CIA et du Pentagone.

James Clapper, le directeur du renseignement national, qui est censé superviser la NSA, a été pris en flagrant parjure quand il a témoigné sous serment devant le Congrès, mais il n'y a aucune demande pour qu'il soit jugé.

Cela montre le degré auquel la conscience démocratique s'est écroulée au sein de l'élite dirigeante, de l'état et des médias, et a été remplacée par un caractère autoritaire et même fasciste.

La démocratie américaine se désintègre sous le poids de niveaux sans précédent d'inégalité sociale et de militarisation généralisée de la société. Les processus démocratiques sont incompatibles avec une société où la richesse et le pouvoir sont concentrés dans une petite couche tout en haut. De même, ils ne peuvent survivre dans des conditions où les guerres sont menées en défiance d'une opposition populaire et où l'armée assume un rôle toujours plus grand dans les affaires civiles et politiques.

Il y a cinquante-deux ans, dans son allocution de fin de mandat, le président Dwight D. Eisenhower avait mis en garde contre les périls incarnés par la croissance de ce qu'il appelait le « complexe militaro-industriel. »

« Cette conjonction d'une élite militaire immense et d'une grande industrie de l'armement est nouvelle dans l'expérience américaine, » a-t-il dit. « L'influence totale – économique, politique, même spirituelle – est sentie dans chaque ville, chaque parlement des états fédérés, chaque bureau du gouvernement fédéral […] Nous ne devons pas échouer à comprendre ses graves implications […] Dans les conseils du gouvernement, nous devons nous garder de l'acquisition d'une influence qui ne serait pas souhaitable, qu'elle soit recherchée activement ou pas, de la part du complexe militaro-industriel. Le potentiel pour cette croissance désastreuse d'un pouvoir mal placé existe, et va persister. »

Le seul garde-fou pour « nos libertés, » déclarait Eisenhower, était « des citoyens alertes et bien informés. »

Cinquante ans plus tard, les mises en garde d'Eisenhower sont confirmées. Snowden a cherché à alerter la population sur les menaces constituées par les liens contre l'appareil de l'armée et des services de renseignement d'une part et les géants des télécommunications et de l'Internet d'autre part, et pour cela on lui fait la chasse.

La défense de Snowden, ainsi que de Julian Assange et du soldat Bradley Manning, est une obligation pour les travailleurs, jeunes et étudiants aux États-Unis et internationalement. Il est clair que cela ne viendra d'aucune section de l'élite politique.

Le soutien doit être construit sur les lieux de travail, dans les collèges et les écoles, et dans les quartiers ouvriers pour exiger l'abandon de toutes les accusations contre Snowden et la publication de tous les documents liés à la surveillance par l'état.

La défense des personnes ciblées par l'impérialisme américain pour avoir révélé ses crimes doit devenir le point de départ d'une offensive en défense des droits démocratiques. Ce mouvement doit être consciemment développé dans le cadre d'un mouvement politique de la classe ouvrière américaine et internationale contre le capitalisme, qui est la source de la guerre, de l'inégalité sociale, et des menaces de dictature.

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Le World Socialist Web Site et le Parti de l'égalité socialiste mènent une campagne pour défendre Edward Snowden. Pour plus d'informations et pour vous y impliquer, cliquez ici (lien en anglais) here.