Gilbert Achcar cherche à dissimuler son soutien pour les guerres au Moyen-Orient

Par Alex Lantier
16 août 2013

Dans une tentative de sauver le peu de crédibilité «socialiste» qui lui reste, le professeur Gilbert Achcar, un associé de longue date du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en France, a écrit un essai intitulé «Illettrisme inventif et sectarisme mesquin» («Inventive Illiteracy Amidst Petty Sectarianism»).

Professeur à l’Ecole des études orientales et africaines (SOAS) de l’Université de Londres et oeuvrant au sein du groupe Résistance socialiste en Grande-Bretagne qui est lié au NPA, Achcar est un propagandiste influent des guerres en Syrie et en Libye dont il affirme qu’elles sont menées pour la défense des droits de l’homme. Malgré le fait que la propagande pro-guerre a laissé sur sa personnalité politique une marque indélébile, Achcar objecte à présent que sa position sur les guerres au Moyen-Orient a été gravement dénaturée. C’est pourquoi il attaque un article rédigé par Sarah McDonalt dans le Weekly Worker, la publication du Parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB) qui a qualifié Achcar de «social-impérialiste».

En rejetant le qualificatif de McDonald, Achcar s’indigne contre «les innombrables gens politiquement illettrés» qui «m’ont accusé d’avoir “soutenu” l’intervention de l’OTAN en Libye». Il ajoute emphatiquement, «Je ne veux pas perdre mon temps et celui des lecteurs en leur rappelant ici le point de vue que j’ai vraiment défendu.»

Même s’il ne veut pas examiner le bilan de son soutien politique pour des entreprises néocoloniales en Libye et en Syrie, il ne faut pas lui permettre de réécrire son histoire. Le bilan est évident : Achcar a publiquement soutenu des guerres impérialistes et discuté de leur poursuite au moyen d’agents des services secrets américains et français. Il porte une responsabilité politique dans la mort de centaines de milliers de personnes.

Dès le début de l’opération libyenne, Achcar a joué un rôle clé en faisant la promotion de la propagande requise par l’impérialisme pour la constitution d’un groupe pro-guerre au sein du milieu «de gauche» de la riche classe moyenne. En mars 2011, deux jours après l’adoption de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies autorisant la guerre en Libye, Achcar a publié une interview louant la guerre en tant qu’opération humanitaire pour empêcher que le régime du colonel Mouammar Kadhafi n’attaque les groupes d’opposition à Benghazi.

Tout en remarquant certes qu’il «n’y a pas assez de garde-fous dans la rédaction de la résolution pour interdire son utilisation à des fins impérialistes», Achcar a dit : «Mais, vu l’urgence qu’il y a à empêcher les massacres qui résulteraient inévitablement d’un assaut sur Benghazi par les forces de Kadhafi et l’absence de tout autre moyen alternatif pour atteindre ce but protecteur, personne ne peut raisonnablement s’y opposer… On ne peut pas, au nom de principes anti-impérialistes, s’opposer à une action qui éviterait un massacre de la population civile.»

Il a reconnu que l’opposition soutenue par l’OTAN menait un politique droitière, mais il a salué la guerre comme étant comparable aux luttes de classe révolutionnaires qui avaient fait chuter deux mois plus tôt le président égyptien Hosni Moubarak. Il a qualifié les alliés libyens de l’OTAN «de mélange de militants des droits humanitaires, de partisans de la démocratie, d’intellectuels, d’éléments tribaux et de forces islamistes – une très large coalition… Finalement, il n’y a aucune raison d’avoir une approche différente à leur égard qu’à l’égard de n’importe quel autre soulèvement de masse survenu dans la région.»

Deux ans plus tard, il est évident que la guerre qu’Achcar avait embrassée était un acte de pillage impérialiste. Les puissances de l’OTAN ont confisqué les recettes pétrolières et les champs pétroliers, ont massivement bombardé les villes, dont Tripoli et Syrte, et ont tué et blessé des dizaines de milliers de personnes. Un régime fantoche de l’OTAN, basé sur un assemblage hétéroclite de milices islamistes qui ont été la principale force intermédiaire de l’OTAN pour évincer et assassiner Kadhafi, a été amené au pouvoir.

Achcar avait exigé à plusieurs reprises que l’OTAN fasse parvenir davantage d’armes aux milices de l’opposition libyenne. Et donc, dans un commentaire largement acquis à la cause du discours sur la guerre prononcé par Obama le 21 avril, il a dit que le meilleur moyen «pour que le soulèvement soit victorieux, conformément au droit à l’autodétermination du peuple libyen, serait que les gouvernements occidentaux hypocrites – qui ont vendu des quantités d’armes à Kadhafi depuis la levée de l’embargo sur les armes en octobre 2004, en présentant Kadhafi comme un modèle – livrent des armes aux insurgés».

Finalement, alors que les forces gouvernementales libyennes ont commencé à s’effondrer en août 2011 sous les frappes aériennes de l’OTAN, Achcar a critiqué l’OTAN de ne pas frapper plus fort. Il avait publié un communiqué citant la remarque du chroniqueur droitier du Wall Street Journal, Max Boot disant que les avions de combat de l’OTAN avaient effectué 11.107 sorties contre la Libye alors que 38.004 sorties avaient été engagées au-dessus du Kosovo durant la guerre de 1999 contre la Serbie.

Il avait écrit, «Les questions cruciales sont donc les suivantes : pourquoi la campagne aérienne menée par l’OTAN en Libye est-elle de si basse intensité, non seulement en comparaison de la composante aérienne de la guerre menée pour la mainmise sur l’Irak, également riche en pétrole, mais aussi en comparaison de la guerre aérienne pour le Kosovo, territoire peu important sur le plan économique? Et pourquoi l’Alliance s’est-elle abstenue en même temps de fournir des armes aux insurgés comme ils l’ont demandé à maintes reprises?»

Le soutien d’Achcar pour la guerre est la parfaite illustration du passage frénétique d’une couche d’intellectuels pseudo-gauches de la classe moyenne dans le camp de l’impérialisme. Il n’a pas seulement joué un rôle propagandiste des médias mais aussi de stratège côtoyant divers agents et collaborateurs du renseignement américain et français pour débattre de la meilleure manière de présenter les guerres et minimiser l’opposition populaire à leur encontre.

Dans son dernier article, Achcar a cherché à falsifier les faits relatifs à sa rencontre en Suède en octobre 2011 avec Burhan Ghalioun, le président du Conseil national syrien (CNS). Durant cette réunion, il avait recommandé à Ghalioun de ne pas demander une invasion de l’OTAN en Syrie – ce qui aurait risqué de provoquer une opposition populaire de masse – mais d’exiger une intervention «indirecte» pour armer les forces d’opposition.

En l’occurrence, c’est la politique que l’OTAN a finalement poursuivie en armant le CNS et d’autres forces d’opposition islamistes y compris certaines qui sont liées à Al-Qaïda. C’est ce qui a résulté en une guerre par alliés interposés dévastatrice en Syrie qui, en deux ans, a coûté la vie à plus de 100.000 personnes et forcé des millions d’autres à fuir leur domicile.

Dans son dernier article, Achcar a qualifié de «canard» les affirmations selon lesquelles il «avait assisté à une réunion du Conseil national syrien (alors qu’en réalité il s’agissait d’une réunion du Comité national de coordination de gauche) dans le but de les exhorter à réclamer une intervention impérialiste en Syrie (alors que le thème de mon intervention à la réunion parlait exactement du contraire)».

Le déni d’Achcar est tout simplement absurde. Il avait lui-même annoncé publiquement dans un article publié en novembre 2011 dans le quotidien libanais Al Akhbar avoir rencontré Ghalioun en décrivant le conseil qu’il avait fourni au CNS. Le NPA avait aussi publié l’article, y compris sur son site internet en anglais, International Viewpoint.

Il avait écrit dans son article: «J’ai pu assister à la réunion de l’opposition syrienne qui s’est tenue les 8-9 octobre derniers en Suède, près de la capitale Stockholm. Un certain nombre d’opposants, hommes et femmes actifs en Syrie ou à l’étranger, s’y sont retrouvés avec des membres éminents du Comité de coordination (le CNS) venus de Syrie pour l’occasion, avec la participation du membre le plus éminent du Conseil national syrien, Burhan Ghalioun, son président.»

Le professeur Achcar peut mentir autant qu’il le souhaite, le bilan objectif du rôle politique réactionnaire qu’il a joué a laissé des traces un peu partout sur l’internet.

(Article original paru le 13 août 2013)