Allemagne : Le sénat de la ville de Hambourg persécute les réfugiés

Par Denis Krasnin et Dietmar Henning
30 octobre 2013
(Photo: Rasande Tyskar)

Depuis de très nombreuses années les mesures prises en Allemagne contre les demandeurs d’asile sont systématiquement renforcées. Pour ce faire, le gouvernement de la ville libre de Hambourg, qui est contrôlé par le Parti social-démocrate (SPD), joue un rôle de premier plan. Le gouvernement de la ville-Etat a privé les réfugiés des biens de première nécessité en promouvant systématiquement la haine à l’encontre de personnes noires dans le but d’ainsi intimider les demandeurs d’asile et de les obliger à repartir.

En février dernier, 350 migrants étaient arrivés à Hambourg en provenance d’Italie. Ils avaient passé plus de deux ans sur l’île de Lampedusa, totalement abandonnés à leur sort. Ils s’y étaient réfugiés en 2011 pour échapper à la violence qui règne en Libye suite à la guerre de l’OTAN. Les migrants africains travaillaient sur les champs pétrolifères libyens et dans d’autres domaines industriels. La plupart de ces hommes sont originaires du Ghana, du Mali et de la Côte d’Ivoire.

Ils s’étaient rendus à Hambourg munis des papiers que leur avait fournis le gouvernement italien en plus de 500 euros en espèces. Dès le début, le but déclaré du SPD était de renvoyer les réfugiés en Italie.

Au terme d’un court entretien, les revendications des réfugiés furent rejetées par le maire de la ville, Olaf Scholz, le sénateur pour l’Intérieur, Michael Neumann, et le sénateur pour les Affaires sociales, Detlet Scheele, qui sont tous des membres du SPD.

Après avoir été admis au programme d’urgence hivernal de la ville, les réfugiés furent jetés à la rue en avril. A l’époque ils étaient en possession d’un permis de séjour de trois mois dans l’espace Schengen. Ils n’ont pas le droit de travailler en Allemagne, ni le droit à de l’aide sociale ou à un hébergement. Ils ont d’abord vécu dans la rue mais ces derniers mois ils bénéficient d’un fort soutien de la part des habitants de Hambourg.

En juin, la paroisse de l’église St Paul a fourni à l’intérieur de l’église un hébergement à 80 réfugiés. Les écoliers du quartier situé près du port veulent permettre aux migrants d’utiliser durant l’hiver leur salle de sport où les réfugiés trouveront des douches, des toilettes et une salle chauffée. Le gouvernement SPD de la ville s’est même opposé à cette aide minimale.

Au lieu de cela, il a tout fait pour rendre la vie des réfugiés invivable pour les forcer à repartir. Fin septembre, le sénat de la ville a refusé de permettre aux réfugiés de bénéficier de l’assistance du programme d’urgence hivernal de la ville. De plus, les autorités ont interdit à l’église d’installer des conteneurs chauffés sur leur terrain. Scholz et Neumann ont prévenu que ceci pourrait constituer une infraction passable de sanctions pour assistance à séjour illégal.

Trois semaines après les élections législatives et quelques jours à peine après que près de 400 personnes sont mortes dans la catastrophe de Lampedusa, la police a lancé une opération ciblée contre les Africains noirs. Des hélicoptères ont survolé la ville et la police a contrôlé tous les passants noirs en vue de localiser les sans-papiers.

Cette pratique est une violation des droits fondamentaux. Il est explicitement interdit dans la constitution de pratiquer la discrimination contre des personnes sur la base de la couleur de la peau. Le contrôle au faciès pratiqué par la police lors de la répression initiée par le sénat de la ville contrevient clairement à cette disposition.

Plusieurs réfugiés ont été contraints de s’identifier à la police et l’un d’entre eux a même été obligé de donner ses empreintes digitales.

A ce jour, les réfugiés n’ont fourni ni nom ni identité aux autorités par crainte, à juste titre, d’être immédiatement déportés. En vertu de l’accord Dublin II, le pays où les réfugiés arrivent en premier en Europe doit les prendre en charge. Dans le cas des migrants de Lampedusa, c’est l’Italie. Et donc, les migrants devraient s’adresser aux autorités italiennes pour déposer une demande d’asile. Ceci a déjà été fait mais leurs demandes ont été refusées. Neumann, le sénateur pour l’Intérieur, exige que les réfugiés quittent le pays.

« Nous avons fui la guerre et les massacres en Libye, » a dit, lors d’une réunion publique à Hambourg, un membre du groupe de Lampedusa. « Plusieurs millions de migrants étaient en mesure d’y vivre dignement avant la guerre [menée par l’OTAN en 2011]. Il est difficile de comprendre pourquoi un pays qui se déclare démocratique n’est pas disposé à assister 350 réfugiés pour des raisons humanitaires urgentes. Au lieu de cela nous sommes contrôlés et criminalisés. »

C’est précisément l’objectif du gouvernement de la ville. Le SPD se sert de la question des réfugiés pour suspendre les droits fondamentaux et renforcer les structures de l’Etat pour ensuite les utiliser contre l'ensemble de la classe ouvrière. On est en train de faire un exemple des migrants. Scholz a déclaré à maintes reprises qu’il n’existait pas de perspective à long terme pour les réfugiés à Hambourg.

Scholz, qui est aussi vice-président fédéral du parti SPD, s’était fait en 2001 un nom en qualité de sénateur pour l’Intérieur comme étant un « partisan de la ligne dure ». A l’époque, il avait mis en vigueur l’administration forcée de médicaments aux trafiquants de drogue pour les inciter à vomir et obtenir ainsi des preuves des présumés suspects. Scholz avait tenu bon même après le décès en décembre 2001 d’un trafiquant de drogue suite à l’application de ces mesures.

La position du tout sécuritaire du SPD jouera un rôle crucial dans la grande coalition gouvernementale. Ce n’est pas par hasard que Scholz est, aux côtés du ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, l’un des dirigeants de l’important groupe de travail chargé des finances dans les négociations en vue du prochain gouvernement. Les attaques sociales massives qui seront discutées et décidées au sein de ce groupe ne peuvent être imposées à la population qu’en recourant à la violence d'Etat.

Un vaste mouvement populaire s’est développé à Hambourg contre le renforcement de l’appareil d’Etat et le traitement inhumain infligé aux réfugiés. Vendredi dernier après un match local du club du FC St Pauli, 10.000 personnes se sont rassemblées devant le stade. Ensuite, les supporters de football, les réfugiés et les habitants de la ville ont défilé vers l’église St Paul pour protester contre le traitement infligé aux migrants par le gouvernement SPD de la ville.

Pour maîtriser ce mouvement, le SPD peut compter sur le parti La Gauche [Die Linke – l’homologue allemand du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon en France] qui dispose de huit députés au sénat de Hambourg. Die Linke a, à plusieurs reprises, tenté de prendre la tête des protestations pour les orienter vers des canaux inoffensifs. La porte-parole de Die Linke pour les affaires intérieures et les questions juridiques, Christiane Schneider, a dit que le parti comprenait la crainte du gouvernement de la ville face à un plus grand nombre de migrants. Mais, qu’il était aussi possible de trouver une solution à ce conflit opposant l’humanitaire au droit.

Le Land de Brandebourg offre la possibilité de voir la nature de cette solution « humanitaire. » Die Linke siège au gouvernement de ce Land aux côtés du SPD. Des conditions de vie particulièrement inhumaines y règnent pour les réfugiés. Des améliorations que le gouvernement a été sommé d’entreprendre sont continuellement reportées.

De plus, Die Linke et le SPD ont ouvert un nouveau « centre de déportation » à l’aéroport Schönefeld de Berlin et qui officiellement ne se trouve pas sur territoire allemand. Les détenus qui y sont maintenus n’ont pas droit à des procédures de demande d’asile régulières et peuvent être rapidement renvoyés dans leur pays d’origine, même s’ils disposent du droit d’asile.

(Article original paru le 29 octobre 2013)