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Québec: la grève de la construction en grave danger

Par Laurent Lafrance
28 juin 2013

La grève lancée le 17 juin dernier par 175.000 travailleurs de la construction du Québec pour défendre leurs salaires et conditions de travail a été sabotée par les syndicats qui travaillent maintenant à y mettre fin entièrement afin d'imposer les concessions exigées par le patronat.

Mardi et mercredi, sous la menace d'une loi spéciale de retour au travail brandie par le gouvernement péquiste, les syndicats ont forcé la moitié des grévistes à rentrer au travail sans permettre un vote immédiat sur les ententes à rabais conclues avec les associations patronales.

Ces ententes couvrent les 57.000 travailleurs du secteur résidentiel et les 41.000 travailleurs de la voirie et du génie civil. Peu de détails ont été rendus publics afin de cacher l'ampleur des attaques en cours sur les travailleurs de la construction. Ces attaques font partie des efforts de la classe dirigeante pour faire payer l'ensemble des travailleurs pour la pire crise du capitalisme mondial depuis la Grande Dépression.

Les rares informations dévoilées rapportent que l'entente conclue dans le secteur de la voirie et du génie civil comprend des hausses salariales inférieures à l'inflation: 2 pour cent à la signature et 0,1 pour cent additionnel les trois autres années pour atteindre 2,3 pour cent en 2016.

Les ententes intervenues couvrent apparemment les questions les plus litigieuses, telles que la rémunération des heures supplémentaires, la modification des horaires de travail et la mobilité de la main-d'oeuvre. Mais les détails sont gardés secrets par le syndicat, supposément «pour ne pas nuire aux négociations en cours», mais en réalité pour camoufler leur propre capitulation aux demandes patronales.

«Nous avons respecté notre engagement envers nos membres de négocier une entente raisonnable qui ne les appauvrirait pas», a affirmé Yves Ouellet, le porte-parole de l'Alliance syndicale qui représente les cinq associations syndicales de la construction impliquées dans le conflit.

La conclusion d'une entente séparée représente en fait une trahison flagrante des travailleurs de la construction. En forçant une partie des travailleurs à retourner au travail, l'Alliance syndicale divise ses membres et met une intense pression sur les travailleurs encore en grève – dans les importants secteurs commercial, industriel et institutionnel – pour qu'ils abandonnent leurs revendications.

Ouellet a accueilli avec enthousiasme la «fin» de la grève dans deux secteurs. Montrant sa complète servitude envers l'élite patronale, il a ajouté que «l'intransigeance syndicale n'est pas aussi forte qu'on veut bien le laisser croire, puisqu'on a réglé deux secteurs».

La grève de la construction est en grand danger. Elle ne peut être sauvée, et devenir le coup d'envoi d'une contre-offensive de tous les travailleurs contre l'assaut généralisé sur les emplois, les salaires et les programmes sociaux, que sur la base d'une nouvelle perspective politique, une perspective socialiste. Cela signifie la lutte pour la mobilisation politique indépendante des travailleurs et la transformation radicale de l'économie pour satisfaire les besoins humains, et non la course aux profits d'une minorité possédante.

Le premier pas nécessaire est une rupture avec les agences pro-capitalistes que sont les syndicats, et la formation parmi les travailleurs de la construction de comités de lutte entièrement indépendants des appareils bureaucratiques syndicaux. Ces comités devront lancer un large appel à tous les travailleurs de la province afin de les mobiliser dans la lutte pour défendre les emplois et les conditions de travail de toute la classe ouvrière.

Il s'agit avant tout d'une lutte politique. Les travailleurs de la construction font face, non seulement aux associations patronales du secteur, mais aussi au gouvernement et aux tribunaux qui défendent les intérêts de la classe dirigeante en son ensemble et utilisent leurs pouvoirs pour imposer les mesures d'austérité.

Même si le PQ préfère utiliser les services de la bureaucratie syndicale pour mettre un terme à la grève, il se tient prêt à passer une loi de retour au travail si les grévistes restants résistent aux exhortions syndicales pour qu'ils acceptent des concessions majeures.

Lundi, Marois a nommé le médiateur Normand Gauthier pour dénouer «l'impasse» dans le secteur commercial et industriel, une nouvelle favorablement accueillie par le syndicat. Les discussions sont actuellement en cours, mais la première ministre a encore une fois invoqué la menace d'une loi spéciale si aucune entente ne se concluait dans ce secteur d'ici la fin de la semaine. «C'est sûr qu'après une dizaine de jours ouvrables de grève, c'est absolument le délai à ne pas dépasser», a-t-elle averti.

Il s'agit d'une action réclamée dès le début de la grève par les deux principaux partis d'opposition et les plus importantes associations patronales, tel que le Conseil du patronat.

Le gouvernement péquiste n'hésitera pas à utiliser une loi spéciale, qui d'ailleurs devient plus courante que spéciale. Le PQ a plusieurs fois adopté de telles lois pour briser des grèves et imposer des concessions. Par exemple, en 1999, le gouvernement PQ de Lucien Bouchard a passé une loi qui criminalisait une grève des infirmières de la province et les menaçait de sévères amendes.

Aux côtés du gouvernement dans l'imposition de mesures répressives contre les luttes ouvrières, on retrouve les tribunaux. Quelques jours avant la signature des ententes de cette semaine, l'Association provinciale des constructeurs d'habitations du Québec (APCHQ), une des associations d'employeurs, avait obtenu des injonctions vendredi dernier pour que la construction résidentielle se poursuive malgré la grève. Les injonctions émises par le juge Pierre Isabelle de la Cour supérieure du Québec touchaient trois grandes villes, soit Gatineau, Québec et Trois-Rivières.

Les travailleurs de la construction du Québec font face aux mêmes conditions que doivent endurer leurs frères et sœurs de classe à travers le pays. En 2011, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a essentiellement éradiqué le droit de grève des travailleurs d'Air Canada, de Poste Canada et du Canadien Pacific en imposant des lois de retour au travail.

La seule réponse viable que peuvent offrir les travailleurs de la construction du Québec est d'étendre leur lutte à l'échelle provinciale et nationale, dans le cadre d'une lutte commune des travailleurs francophones, anglophones et immigrés du Canada contre l'austérité capitaliste et pour l'égalité sociale.