Perspective

Deux événements qui ont façonné l’histoire mondiale

La signification contemporaine de la Déclaration d’Indépendance et de la bataille de Gettysburg

Cette semaine marque l’anniversaire de deux grands événements de l’histoire américaine et mondiale: la Déclaration d’Indépendance et la bataille de Gettysburg qui a eu lieu pendant la guerre de Sécession.

La Déclaration d’Indépendance, rédigée par Thomas Jefferson, a été adoptée par le Congrès continental il y a 237 ans ce jeudi, le 4 juillet 1776. Exprimant la pensée politique avancée des Lumières, la Déclaration proclamait comme «évidentes» les «vérités», sinistrement contestées par la classe dirigeante d’alors, que «tous les hommes sont créés égaux» et dotés des «droits inaliénables» à «la vie, la liberté et la poursuite du bonheur».

La Déclaration ne s’arrête pas là. Elle proclame que «Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur.»

Pour le gouvernement britannique à Londres, la Déclaration était illégale et constituait un acte de trahison. Si le roi George avait été en mesure de capturer les signataires de la Déclaration, ils les auraient fait amener en Angleterre pour les pendre. Mais c’est la révolution qui l’a emporté, et l’histoire rend hommage à ceux qui ont inspiré, conduit et combattu pour elle, les armes à la main.

Quatre-vingt-sept ans après la signature de la Déclaration, et il y a maintenant de cela 150 ans, la bataille de Gettysburg s’est déroulée du 1er au 3 juillet 1863. Les combats ont eu lieu près d’une petite ville du sud de la Pennsylvanie, à seulement 125 km au nord de la capitale, et ont été l’une des luttes les plus tragiques entre les armées de l’Union et de la Confédération, résultant en 35.000 soldats tués ou blessés. La grande question historique qui sous-tendait ce conflit était la destruction de l’esclavage. Après trois jours de combat, par une chaleur estivale torride, les soldats de l’Union sont sortis vainqueurs.

La bataille de Gettysburg n’a certes pas mis fin à la guerre de Sécession, qui allait se poursuivre pendant encore deux ans, mais elle a été un tournant dans la lutte contre l’esclavage aux États-Unis. Livrée six mois après l’entrée en vigueur de la proclamation d’émancipation d’Abraham Lincoln, cette bataille a contrecarré les plans d’invasion du Nord qu’avait le général Robert E. Lee, une défaite dont le Sud ne s’est jamais remis.

Dans son discours prononcé quatre mois plus tard lors de la consécration du cimetière national de Gettysburg, qui s’appelait alors le Soldiers' National Cemetery at Gettysburg, Lincoln a fait le lien entre la Déclaration d’indépendance et la guerre de Sécession : «Il y a quatre-vingt-sept ans, nos pères donnèrent naissance sur ce continent à une nouvelle nation conçue dans la liberté et vouée à la thèse selon laquelle tous les hommes sont créés égaux». Ceux qui ont sacrifié leur vie à Gettysburg – ce que Lincoln a décrit comme «le suprême sacrifice» – l’ont fait afin de s'assurer que «le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, ne disparaîtra jamais de la surface de la Terre.»

À l’échelle historique, ces événements appartiennent à l’époque des révolutions démocratiques bourgeoises qui a embrasé les États-Unis et le monde. Mais les principes qui y sont énoncés ont une signification universelle beaucoup plus large. Les révolutions démocratiques bourgeoises ont été les précurseurs des grandes révolutions sociales. La guerre de Sécession, pour reprendre les mots de Marx, «a sonné le tocsin» pour les luttes à venir de la classe ouvrière internationale.

Quel contraste frappant entre les principes avancés dans ces révolutions et les actions du gouvernement américain actuel! Peut-on s’étonner qu’Obama n’ait pratiquement rien dit sur le 150e anniversaire de la bataille de Gettysburg? Et que bien que les célébrations de cette semaine attirent des centaines de milliers de personnes, que les médias n’y prêtent que peu d’attention?

Et d’ailleurs, que pourraient-ils dire? Comment pourraient-ils évoquer les traditions de la guerre de Sécession et de la Révolution de 1776 sans exposer leur propre hypocrisie?

La liste des injustices reprochées au roi George III pâlit en comparaison des actions du gouvernement américain actuel. Sous la bannière frauduleuse de la «guerre contre le terrorisme», les droits consacrés dans la Déclaration des droits, la liberté d’expression et de la presse — l’interdiction des perquisitions et des saisies, le droit à une application régulière de la loi et à un procès devant jury, la protection contre l’auto-incrimination, l’interdiction d’infliger des peines cruelles ou inhabituelles — sont systématiquement éviscérés.

La croissance du pouvoir exécutif va bien au-delà de ce que le Roi George lui-même aurait pu imaginer, avec un président revendiquant maintenant le droit d’assassiner quiconque, y compris des citoyens américains, sans application régulière de la loi.

Le gouvernement américain est engagé dans une campagne vicieuse pour saisir et poursuivre le jeune dénonciateur Edward Snowden. Le «crime» de Snowden, pour lequel il a lui aussi été accusé de «trahison», est d’avoir révélé au peuple américain une opération d’espionnage illégale d’une portée incroyable, dans laquelle le gouvernement collecte et surveille tous les courriels et appels téléphoniques, tous les sites Web visités, tous les chats de Facebook et tous les appels effectués sur Skype, de tout le monde aux États-Unis et d’une bonne partie du reste de l’humanité.

Aux États-Unis, Bradley Manning est maintenant jugé devant une cour martiale pour avoir dénoncé les crimes de l’armée américaine. Et en Grande-Bretagne, Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, a été contraint de se réfugier à l’ambassade de l’Équateur à Londres, où il est resté depuis la dernière année.

La structure politique du pays est transformée. En avril, la ville de Boston, berceau même de la Révolution américaine, a littéralement été paralysée et placée sous la loi martiale dans la foulée des attentats du marathon de Boston. En juin, un individu qui avait apparemment des informations importantes sur les deux suspects de l’attentat à la bombe a été abattu par le FBI pendant son interrogatoire. Aucune explication crédible n’a été donnée pour son assassinat.

Chaque institution officielle est contaminée par la maladie de la dictature. La semaine dernière, la Cour suprême a observé à sa façon particulière l’anniversaire de la bataille de Gettysburg en renversant la disposition clé de la Loi sur le droit de vote aux États-Unis, la pièce majeure de la législation démocratique résultant du mouvement des droits civiques des années 1950 et 1960. Ce faisant, la Cour a implicitement attaqué le 15e amendement de la Constitution américaine, promulgué en 1870 et donnant au Congrès le pouvoir d’empêcher un État de nier le droit de vote d’une personne en raison de sa race ou de sa couleur.

Dominé par des multimillionnaires, le Congrès, fonctionne comme un facilitateur et un conspirateur dans la destruction de la démocratie. Les experts, les chroniqueurs et rédacteurs en chef des journaux de l’establishment médiatique dirigent leur venin non pas contre le gouvernement, mais contre tous ceux qui cherchent à exposer la criminalité de celui-ci.

Les hommes de paille politiques de l’aristocratie financière moderne défendent un gouvernement non pas «du peuple, par le peuple, pour le peuple», mais bien «des riches, par les riches, pour les riches.» Les spéculateurs financiers et les dirigeants d’entreprises ont bâti des fortunes inimaginables alors que la société dans son ensemble a subi une terrible régression. Tous ces gens détestent et redoutent la population.

Les traditions des révolutions américaines sont profondément ancrées dans la conscience du peuple. La mémoire des pères fondateurs et, surtout d’Abraham Lincoln, évoque le respect et la révérence. Les dizaines de milliers de personnes qui visitent Gettysburg cette semaine prouvent que Lincoln avait raison quand il a prédit que les gens «n’oublieront jamais ce qu’ils [les soldats] ont accompli ici».

Malgré tous les efforts des médias et de l’establishment politique pour polluer la conscience publique, les grandes luttes historiques n’ont pas été éradiquées de la conscience du peuple, tant aux États-Unis qu’ailleurs dans le monde.

La classe ouvrière américaine et internationale est la véritable héritière des idéaux et des traditions de 1776 et de 1863. La défense de la démocratie suppose à nouveau un caractère révolutionnaire, mais dans des conditions très différentes. Pour stopper et inverser les préparatifs de dictature, il faut construire un mouvement basé sur la classe ouvrière. Un mouvement qui commence par la compréhension que la démocratie est incompatible avec le capitalisme, et que la vraie liberté est enracinée dans l’égalité sociale. Tout ce qui a été progressif dans l’histoire des États-Unis ne pourra être développé que par la lutte révolutionnaire pour le socialisme.

Loading