Élections européennes :

Forte chute du soutien au gouvernement portugais

Par Paul Mitchell
5 juin 2014

Au Portugal comme ailleurs, le soutien au parti dirigeant s'est délité aux élections européennes de la semaine dernière, où 21 sièges étaient à pourvoir.

Il y a eu un record d'abstention – seulement 34 pour cent de participation. Les votes pour les deux partenaires du gouvernement droitier, le Parti social démocrate (PSD) et le Parti populaire (CSD-PP) se sont effondrés, passant de 40 pour cent (1,4 million de voix) en 2009 à 27,7 pour cent (909.000 voix), ce qui leur a fait perdre 3 de leurs 10 députés européens.

La coalition n'est pas parvenue à capitaliser sur son annonce faite le 5 mai que le Portugal avait fait une « sortie complète » du renflouage financier à hauteur de 78 milliards d'euros conclu en mai 2011 avec la Commission européenne, le Fonds monétaire international, et la Banque centrale européenne (la ‘Troïka’).

Depuis 2011, une série de mesures d'austérité dictées par la Troïka, dont 3,9 milliards d'euros de coupes dans le budget de 2014, ont aggravé la crise économique. Cette année, le Portugal ne devrait pas atteindre son objectif de réduction du déficit et il doit rembourser 13,5 milliards d'euros de prêts. Les économistes admettent que cela va prendre des décennies pour que le pays rembourse ses 738 milliards d'euros de dette privée et publique. La « surveillance accrue » de la Troïka continuera au moins jusqu'en 2038.

Les mesures d'austérité ont réduit le niveau de vie de la classe ouvrière portugaise et des jeunes. Il y a eu des coupes profondes dans les emplois et les salaires du secteur public, dans les retraites, les allocations chômage et les primes de licenciement. Les impôts sur le revenu, la TVA et les frais de santé ont augmenté. La semaine de travail a été étendue sans aucune augmentation du salaire et les droits aux congés ont été réduits. Le chômage officiel reste au-dessus de 15 pour cent, plus élevé que la moyenne de la zone euro et serait encore plus élevé si des dizaines de milliers de gens n'étaient pas partis chercher du travail dans d'autres pays.

Le Parti socialiste (PS) a été incapable de tirer profit de la désaffection envers le gouvernement PSD/CSD-PP. Il n'a pu augmenter son vote que de 90.000 voix par rapport à 2009, à tout juste plus d'un million, ce qui lui donne un député européen de plus, huit au total. Le PS avait négocié l'accord de renflouement au départ et il est pleinement en accord avec les mesures d'austérité. Sa principale critique du gouvernement était que celui-ci n'avait pas écouté ses propositions pour réaliser ces coupes.

Les principaux bénéficiaires des élections ont été la Coalition démocratique unitaire (CDU), le Parti communiste (PCP) allié au Parti écologiste (PEV), et un parti de droite « éco-capitaliste », le Parti de la terre (MPT).

La CDU a enregistré son meilleur résultat électoral à 12,7 pour cent – 416.000 voix contre 380.000 en 2009, ce qui lui donne un troisième député. Le PCP a fait campagne pour une « restructuration » de la dette du Portugal qui libérerait de l'argent pour « stimuler » l'économie, un retrait de l'euro pour donner au Portugal le contrôle de son propre taux de change et un mélange de réformes procédant du nationalisme économique, une acceptation explicite du capitalisme et le soutien à l'Etat. Un thème récurent du PCP a été d'accuser « le grand capital et ses centres de pouvoir » d'augmenter l'exploitation, de liquider « les droits sociaux » et de détruire « ce qui reste de la souveraineté de notre pays. »

Le PCP défend le nationalisme économique contre le socialisme, ce que son précédent dirigeant Álvaro Cunhal avait admis ouvertement en 1995. Il a absous le stalinisme et sa propre personne des trahisons commises contre la classe ouvrière au 20e siècle, déclarant que « les potentialités du capitalisme ont été sous-estimées et les potentialités du socialisme surestimées. » S'il a attaqué l'UE, c'est en défenseur du capitalisme portugais, disant que « les conséquences majeures de l'intégration européenne pour le Portugal [étaient] très sérieuses. Avec une politique de capitulation nationale, le gouvernement de droite sacrifie les intérêts portugais aux intérêts étrangers. »

Par son contrôle de la principale confédération syndicale, la CGTP, le PCP a limité les grèves et les actions de protestations, que le syndicat organisait pour pousser le président Anibal Cavasco Silva (PSD) et la Cour constitutionnelle à mettre son veto à certaines des mesures d'austérité du gouvernement et appeler des élections anticipées pour 2015.

Le Parti de la terre est maintenant représenté au Parlement européen pour la première fois et a deux députés, dont son dirigeant Marinho e Pinto, ex-président du barreau portugais. Ce parti a multiplié son score par dix, passant de 24.000 voix en 2009 à 235.000, ce qui lui donne plus de 7 pour cent au total. Depuis sa formation en 1993, le MPT a participé à plusieurs coalitions avec le PSD et le CSD-PP.

Le MPT a fait campagne en tant que force d'opposition loyale au gouvernement, pour « la défense des valeurs de la Démocratie, de la Liberté, de la Citoyenneté et de l'Écologie, qui sont également les valeurs qui ont guidé l'intégration européenne. » Il a obtenu des voix en grande partie grâce à la démagogie de Pinto. Il a une réputation de critique de l'élite du pays, dont les juges et la police. Le MPT a également appelé au retour à la « pureté » des idéaux européens comme la justice et la solidarité, à « la régulation effective du système financier européen » et à la « supervision des banques » ainsi qu'à une fin du « crime organisé qu'est le monde des affaires » et du « monopole de fer » exercé par les partis existants.

Le Parti communiste ouvrier maoïste (PCTP/MRPP), auquel l'actuel président de la commission européenne, José Manuel Duräo Barroso, appartenait dans sa jeunesse, a également amélioré ses résultats, passant de 43.000 à 54.000 voix.

L'élection fut un désastre pour le Bloc de gauche (BE) un parti de la pseudo-gauche qui a vu ses voix chuter de plus de la moitié – de 383.000 en 2009 à seulement 150.000. Il a perdu deux de ses trois députés.

Le BE a été formé en 1999 par une fusion de trois partis: l'Union démocratique maoïste de tendance pro-albanaise, un groupe d'exilés du Parti communiste autour de la formation Politique XXI et des membres du Parti socialiste révolutionnaire (PSR) affilié au Secrétariat unifié pabliste. Ce dernier affirme adhérer au trotskysme mais il a une longue histoire de couverture politique pour les réformistes et les ex-partis staliniens.

En 2004, le PSR s'est transformé en une association politique, affirmant que bien qu'il ait « mené avec abnégation une propagande sur les thèmes du Programme de transition et sur les résultats de développements programmatiques ultérieurs, il a rarement réussi à aller au-delà de cette première étape d'action politique et n'est jamais parvenu, à lui seul, à avoir une influence sur la vie politique comme le BE maintenant. »

Les efforts du parti pour « influencer la vie politique » ont connu un rapide déclin depuis les hauteurs atteintes en 2009 alors qu’il s'opposait à la politique pro-capitaliste du PS. Cette année-là, il avait obtenu autour de 10 pour cent des voix aux élections à l'assemblée nationale et 16 députés.

Quand le gouvernement PS a donné son accord pour la première fois au renflouage de la Troïka, le BE a répondu par un mémoire intitulé « quinze mesures immédiates pour une économie décente, » dans lequel il déclarait ouvertement, « nous démontrons qu'il est possible de réduire bien plus les dépenses en 2010, à des taux bien plus élevés que ce que le gouvernement espère, tout en promouvant une politique de reprise pour la création d'emplois. »

En 2011, le BE a soutenu Manuel Alegre, le candidat du PS aux élections présidentielles, appelant à « l'unité » contre le PSD et le CDS-PP. Il appelait à un « gouvernement de la gauche, » mais pendant des mois, il a refusé de dire ce que cela signifiait. Son dirigeant, Francisco Louça, a fini par rompre le silence et déclarer « pas de gauche sans le PS », ce qu'il a précisé plus tard en indiquant que cela voulait dire un PS sans José Socrates, le dirigeant du parti et Premier ministre de l'époque.

Comme le PCP, le BE a refusé de faire campagne pour l'annulation de la dette du Portugal, appelant plutôt à sa « renégociation » à des taux d'intérêt plus bas. Les députés du BE au Parlement ont voté en faveur du renflouement organisé par la Troïka en Grèce, et ses députés européens ont votés pour l'intervention militaire impérialiste en Libye.

Peu de choses le distinguant du PS, les électeurs des européennes l'ont abandonné en masse.

(Article original paru le 2 juin 2014)