Il faut défendre la grève des conducteurs de trains!

Par Ulrich Rippert
8 novembre 2014

La nouvelle grève des conducteurs de trains doit être défendue par tous les travailleurs. Ce qui est en jeu dans cette grève, c’est un principe fondamental : celui du droit des travailleurs de se défendre contre les baisses de revenu, l’allongement du temps de travail et la suppression des emplois.

Depuis des années, les salaires et les conditions de travail des ouvriers et des employés subissent des attaques permanentes, tandis que la rémunération des dirigeants d’entreprises s’envole et atteint des sommes astronomiques. En 2013, le traitement moyen d’un dirigeant de grande entreprise cotée en bourse atteignait 3,3 millions d’euros, c'est-à-dire qu’il était soixante-quinze fois supérieur au salaire moyen d’un ouvrier.

La Fédération allemande des syndicats (Deutscher Gewerkschaftsbund – DGB) sabote depuis longtemps tous les conflits sociaux, tandis que le parti social-démocrate (SPD) pousse les salaires vers le bas grâce aux lois Hartz qu’il a mises en place. Il suffit à présent que le syndicat des conducteurs de trains (Gewerkschaft der Lockführer – GDL) ose organiser une grève qui ait plus que des conséquences symboliques pour faire aboyer de colère ces deux organisations.

C’est le SPD qui mène la charge contre les conducteurs de trains. La secrétaire générale du parti, Yasmin Fahimi, épouse du dirigeant du syndicat de la chimie et de l’énergie (IG BCE) Michael Vassiliadis a exigé l’annulation immédiate de la décision de grève. Elle reprocha au dirigeant du syndicat GDL d’avoir perdu tout sens de la mesure.

Le chef du SPD, Sigmar Gabriel, accusa dans le journal Bild la GDL d’abuser du droit de grève. Il exigea la mise en place d’une procédure d’arbitrage afin de pouvoir empêcher la grève. Le dirigeant de la fraction parlementaire du SPD, Thomas Oppermann, tempêta: « Ce conflit est mené sur le dos des salariés ». Il demanda d’urgence une loi sur l’unité tarifaire.

D’autres représentants du gouvernement ont préconisé une interdiction de la grève. Le ministre des Transports, Alexander Dobrindt (CSU), a demandé à la société de chemins de fer d’épuiser tous les moyens légaux pour s’opposer à la grève: « Il s’impose de porter plainte contre le caractère disproportionné de la grève dans l’intérêt des clients de la Deutsche Bahn, des salariés et du maintien de l’approvisionnement en marchandises de l’Allemagne. » La chancelière Angela Merkel recommanda une procédure d’arbitrage pour mettre fin à la grève.

Les médias se sont mis en quatre pour attaquer la GDL et son dirigeant Weselsky.

Weselsky, qui est membre du parti conservateur CDU, ne fait au demeurant que se défendre contre le fait qu’on condamne un syndicat à une totale impuissance. Toutes les propositions avancées jusque là par la Deutsche Bahn prévoient qu’en cas de conflit entre la GDL et le syndicat EVG, c’est le syndicat qui a le plus de membres qui decide, dans la plupart des cas l’EVG, qui est indistinguable de la direction de la Deutsche Bahn. Ce syndicat a dans les douze dernières années organisé avec la Deutsche Bahn une réduction du personnel de 350 000 à 190 000 salariés, qui a pour conséquence des heures supplémentaires sans fin.

L‘”unité tarifaire“ des chemins dont le gouvernement fédéral est en train de faire une loi doit être imposée dans la pratique. Il ne s’agit pas ici, comme le prétend de façon hypocrite la propagande officielle, de tarifs unitaires selon le principe ‘à travail égal, salaire égal’, mais de la casse du droit à s’organiser en syndicat et de faire grève.

Ne pourront avoir le droit de conclure des conventions salariales et d’appeler à la grève à l’avenir que les grands syndicats regroupés dans le DGB, tandis que les petits syndicats, souvent plus militants, comme le GDL, Cockpit (pilotes) UFO (aiguilleurs du ciel) ou le Marburger Bund (médecins), sont condamnés à l’impuissance et que chaque grève organisée par les travailleurs sera, de prime abord, illégale.

Les syndicats du DGB ne représentent pas les intérêts de leurs adhérents mais ceux des entreprises par lesquels qui leur donne des traitements princiers. Ils se considèrent comme une direction d’entreprise auxiliaire et comme une police d’entreprise.

Le fait qu’ils avancent à présent l’”unité tarifaire” afin de justifier leur attaque du droit de grève, est une hypocrisie totale. Dans les grandes entreprises et dans les administrations, il y a bien longtemps que l’unité tarifiare a cessé d’exister. Y travaillent côte à côte – organisés par l’IG Metall, Verdi, ou le IG BCE – des ouvriers payés selon le tarif en vigueur, des intérimaires, des travailleurs à temps partiel, et ceux qui ont des contrats d’entreprise; tous ont des salaires entièrement différents.

Le gouvernment fédéral, le DGB et la direction de la Deutsche Bahn, qui est propriété de l’Etat à cent pour cent, veulent faire plier les conducteurs de train dans le but d’imposer une nouvelle ronde d’attaques massives contre les salaires, les prestations sociales et les conditions de travail.

L’attaque menée contre la grève des conducteurs de trains est en rapport direct avec l’aggravation de la crise internationale du capitalisme et de l’Union européenne. La Grande coalition y réagit par une remise à l’ordre du jour du militarisme allemand et par la préparation d’une dictature.

Depuis que le président allemand Joachim Gauk et le gouvernement ont proclamé au début de l’année la fin de la politique de la ‘retenue militaire’ on a commencé a réarmer massivement. L’Allemagne joue déjà un rôle politique et militaire actif en Ukraine et au Moyen Orient.

De vastes conflits sociaux et politiques sont ainsi devenus inévitables. Afin de trouver les milliards nécessaires au réarmement, le gouvernement prépare encore plus de coupes sociales. Pour imposer les interventions militaires contre la résistance de la population, on démantèle des droits démocratiques fondamentaux.

Il y a cent ans, les syndicats avaient conclu une “Union sacrée” avec le governement impérial, abandonné toutes les revendications salariales et supprimé toutes les grèves. Aujourd’hui, le DGB soutient la politique de guerre du gouvernement et s’emploie à rogner le droit de grève.

Pour ces raisons, il faut défendre et soutenir la grève des conducteurs et des agents de trains.

Les conducteurs de trains doivent s’adresser à tous les travailleurs et faire de leur grève le point de départ d’un vaste mouvement politique contre le government fédéral. Cela exige un proramme politique qui s’oppose à la logique du système capitaliste, avance une perspective socialiste et poursuive une stratégie internationale.

La grève ne doit pas être subordonnée à la perspective nationale et bornée du syndicat catégoriel GDL. Il faut, au lieu de cela, qu’il en appelle à tous les travailleurs en Europe qui font face à des problèmes semblables. Il y a quelques semaines, en France, le syndicat des pilotes d’avion a étranglé une grève juste au moment ou d’autres sections de la classe ouvrière montraient leur soutien et où la grève commençait à devenir le point de départ d’une mobilisation contre le gouvernement Hollande.

Afin que la grève des conducteurs de trains réussisse il faut qu’elle devienne le point de départ d’une mobilisation des travailleurs dans toute l’Europe sur la base d’un programme socialiste international

(Article original publié le 6 novembre 2014)