France: les ouvriers boudent les manifestations du 9 avril malgré la montée des grèves

Par Stéphane Hugues
11 avril 2015

Malgré des grèves qui ont forte résonnance dans les aéroports et à Radio France et une grève limitée d'un jour dans le secteur public, les travailleurs ont largement boudé les manifestations syndicales organisées le 9 avril par la CGT stalinienne, FO, FSU et Solidaires.

Selon la CGT, presque 800 unions locales tant du secteur public que du secteur privé avaient appelé à faire grève avant-hier. 24 pour cent environ des enseignants du primaire et plus de 35 pour cent des enseignants du secondaire ont fait grève ce jour là selon les estimations syndicales.

A partir d'une première estimation sur 12 académies dont Lyon, Lille, Créteil et Paris, le ministère de l'Éducation a lui, affirmé que seulement 10 pour cent des enseignants avaient rejoint la grève.

Les aiguilleurs du ciel mènent des grèves tournantes qui se poursuivront tout au long du mois d'avril contre l’attaque de leurs conditions de travail et pensions alors que le gouvernement refuse même de négocier avec eux. Les travailleurs de Radio France sont en grève depuis plus de trois semaines pour combattre des coupes et des licenciements suite à des réductions budgétaires.

Il y existe une profonde colère dans la classe ouvrière contre la politique d'austérité de l'Union européenne et du gouvernement PS (Parti socialiste) du président François Hollande. L'annonce constante de nouvelles mesures d'austérité alors que le chômage ne cesse de monter a discrédité sa politique économique. Selon un sondage du mois de novembre 2014, il avait une cote d'approbation d'environ 3 pour cent – six fois moins que les 17 pour cent d'opinions favorables en France à l'État islamique (EI), milice liée à Al Qaeda que les forces américaines, françaises et alliées bombardent en Irak et en Syrie .

Néanmoins, cette colère ne s'exprime pas à travers les voies traditionnelles le long desquelles la bureaucratie syndicale a cherché à canaliser l'opposition de la classe ouvrière dans les décennies précédentes.

Le nombre de manifestations organisées par la bureaucratie syndicale hier, 80 seulement, était en baisse par rapport aux 200 manifestations organisées en 2010. A l'époque, plusieurs millions de travailleurs avaient défilé contre la réforme des retraites et les mesures d'austérité du gouvernement conservateur de Nicolas Sarkozy.

La manifestation qui eut lieu dans le centre de Paris avant-hier rassemblait des responsables syndicaux transportés par autocar depuis des villes et des régions de toute la France. La CGT a affirmé, de facon guère plausible, que 120.000 personnes avaient manifesté à Paris. La police a avancé le chiffre de 32.000.

Les principales manifestations en dehors de Paris eurent lieu à Marseille (45.000 selon la CGT, 7.000 selon la police), Bordeaux (10.000 selon la CGT, 4.700 selon la police), Lyon (7.000 selon les organisateurs, 4 200 selon la police), Toulouse (8.000 selon les organisateurs, 4.000 selon la police), Nantes, Rouen et Rennes.

Même si l’on prend pour argent comptant les estimations gonflées des syndicats, la présence de 300.000 personnes dans des défilés avant-hier reflète un effondrement de la participation de la classe ouvrière à ces manifestations par rapport à il y a cinq ans.

Cela reflète également la politique réactionnaire de la bureaucratie syndicale française qui, avec les organisations de la pseudo-gauche telles que le Front de gauche et le NPA (Nouveau Parti anticapitaliste), a appelé ouvertement à une victoire du PS aux élections présidentielles de 2012, contribuant ainsi à faire élire Hollande.

De larges secteurs de la bureaucratie syndicale, terrorisées par la colère de masse à l’égard du PS, s’opposent de façon hystérique à des protestations contre le gouvernement, même symboliques et impuissantes comme les manifestations d'hier.

La CFDT et un nombre de petits syndicats ont refusé de participer à la grève et à des marches de protestation, les ont dénoncées et ont soutenu ouvertement le PS. Deux jours avant la grève, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, déclarait qu' « il n'y a pas l'austérité en France. »

Mais surtout, la bureaucratie syndicale et les partis de la pseudo-gauche, partis de la classe moyenne aisée gravitant autour d'elle, se sont profondément aliénés de larges masses de travailleurs en France, comme dans toute l'Europe.

Quelques semaines seulement après son arrivée au pouvoir en Grèce, à l’issue des élections du 25 Janvier, Syriza a répudié son programme d'arrêter la campagne d'austérité imposée par les gouvernements précédents. Ayant conclu un accord avec l'UE en février, le gouvernement Syriza poursuit et approfondit la cure d'austérité des banques européennes et du FMI contre les travailleurs grecs.

Au cours de la dernière décennie, des masses de travailleurs en France ont manifesté dans des dizaines d’actions de protestation d'un jour soutenues par les condisciples français de Syriza, ce qui n'a rien fait pour arrêter ni l'assaut contre les coupes sociales ni les guerres impérialistes imposées par la bourgeoisie française.

Très nombreux sont ceux qui se souviennent de l'approbation donnée il y a trois ans à Hollande par les partis de la pseudo-gauche et par les syndicats. Ce qui se dessine est une situation politique explosive ayant des implications révolutionnaires et dans laquelle la colère de masse de la classe ouvrière ne peut, par nécessité, que trouver son expression à travers une action de masse en dehors des voies normales de l'establishment politique.

(Article original publié le 10 avril 2015)