La France se prépare à augmenter les dépenses militaires

Par Kumaran Ira
3 avril 2015

En rédigeant sa stratégie militaire révisée, le gouvernement PS prépare une escalade militaire majeure. Le gouvernement a récemment convoqué un Conseil de défense pour examiner le budget militaire, augmenter les opérations militaires à l'étranger et pérenniser le stationnement de troupes à travers le territoire national après l'attentat contre Charlie Hebdo en janvier.

Selon le gouvernement, une révision de la loi de programmation militaire 2014-2019 (LPM) aura lieu cet été, afin d'assurer que les forces armées reçoivent le financement prévu. Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a souligné la nécessité de « crédibiliser et sanctuariser les ressources financières nécessaires à la Loi de Programmation militaire ».

L'armée préservera jusqu'à 23.000 postes dont l'élimination était prévue pour 2019, afin de renforcer sa présence en France et à l'étranger. Les mesures proposées comprennent l'augmentation du nombre de réservistes de 28.000 à 40.000, le renforcement des opérations de cyberguerre et l'embauche de 500 spécialistes du renseignement.

Alors que la classe dirigeante ne propose rien aux jeunes chômeurs, elle s'apprête à les utiliser comme de la chair à canon pour accelérer ses guerres impérialistes. Le gouvernement encourage aussi le service militaire dans les DOM-TOM pour les jeunes sans diplôme. Environ un millier de postes seraient ouverts dans l'armée « d'ici l'automne 2015 ».

Ces projets pour une présence militaire permanente en France soulignent la profonde inquiétude de la classe politique face à la montée du mécontentement social. Discréditée par ses politiques d'austérité et ses guerres impopulaires, l'élite dirigeante française élargit les mesures sécuritaires destinées à intimider et réprimer le mécontentement social.

Dans le cadre de la stratégie militaire révisée, le président François Hollande a souligné que 10.000 soldats mobilisés dans les rues en France après l'attentat du 7 janvier contre Charlie Hebdo y resteront indéfiniment. C'est la première fois que le gouvernement déploie simultanément autant de troupes à l'intérieur de la France qu'à l'étranger.

Selon un communiqué de l'Elysée, "“La menace d’attaque terroriste contre notre pays demeurant élevée, le chef de l’Etat a décidé de maintenir l’engagement des armées sur le territoire national à hauteur de 10 000 militaires en soutien des forces de sécurité du ministère de l’Intérieur”.

Tout en prétendant qu'il n'y a pas d'argent pour les services publics essentiels tels que la santé et l'éducation, le gouvernement dépense environ un million d'euros par jour sur l'Opération Sentinelle , une opération sécuritaire à l'échelle nationale, afin de mobiliser ces troupes.

La stratégie militaire révisée intervient alors que les tensions géopolitiques entre les puissances mondiales s’intensifient. Le conflit avec la Russie sur l'Ukraine après le coup d'Etat fasciste soutenu par l'OTAN en février dernier soulève la menace d’une guerre nucléaire. Avec le «pivot vers l'Asie », les États-Unis fomentent une marche vers la guerre qui vise la Chine. Les tensions inter-impérialistes en Europe explosent dans le cadre d'une vaste campagne de réarmement marquée par la résurgence des ambitions militaires de l'impérialisme allemand.

La classe dirigeante française regarde anxieusement la montée de l'armée allemande. L’Allemagne prévoit d'augmenter son budget de la défense de 6,2 pour cent au cours des cinq prochaines années, les portant à plus de 35 milliards euros en 2019 afin de moderniser son armée. Entre 2010-2014, les dépenses militaires allemandes ont augmenté de sept pour cent, passant à € 32,4 milliards, tandis que celles de la France diminuaient de 2,5 pour cent, chutant à 31,4 milliards euros.

La classe dirigeante française réagit en intensifiant son propre réarmement. La décision de Hollande à revoir la stratégie militaire intervient alors que de hauts officiers militaires ont publiquement dénoncé la décision du gouvernement de réduire le budget militaire l'année dernière. En même temps, le Front national néo-fasciste (FN), bénéficiant de la faillite d’un PS discrédité, réclame le réarmement de la France, tout en lançant des appels politiques à l'armée.

La dirigeante du FN, Marine Le Pen, a appelé à un arrêt des compressions budgétaires de la défense, au maintien d'un budget militaire minimum de deux pour cent du PIB, et l'augmentation des dépenses de la défense de 2 milliards euros par an, pour une durée indéterminée. (Voir: Le Front National appelle au réarmement de l’impérialisme français )

La politique de réarmement est un avertissement à la classe ouvrière. Alors qu'on pille les droits sociaux et les niveaux de vie des ouvriers pour payer l'escalade militaire, le capitalisme européen prépare une course aux armements entre les puissances européennes qui, au siècle dernier, ont plongé par deux fois le continent dans une guerre mondiale.

Face à son déclin économique et à un déficit commercial croissant, l'impérialisme français cherche à surmonter sa crise par des moyens militaires. Tout en participant aux guerres menées par les USA au Moyen-Orient, la France mène des opérations militaires en Afrique, notamment au Mali et en République centrafricaine, pour rétablir son ancienne sphère d'influence coloniale.

En vertu de la stratégie révisée, 10.000 soldats seront mobilisés pour les opérations extérieures. Le gouvernement prévoit d'intensifier ses opérations militaires en Afrique et au Moyen-Orient. La France monte actuellement des opérations militaires majeures, dont celle de Sangaris en République centrafricaine (RCA), Barkhane en Mauritanie, au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad, et Chammal en Irak.

Le gouvernement PS se prépare également à renforcer les troupes françaises uu Sahel. 3.000 soldats français ont été déployés dans la région. Selon Le Drian, la France « allait augmenter légèrement » le nombre de soldats participant à l'opération anti-jihadiste barkhane et réduire le nombre de soldats en RCA « pour nous donner les moyens de soutenir » la lutte contre Boko Haram.

Sans donner de chiffres spécifiques concernant le nombre de soldats, Le Drian a dit que Paris n'interviendrait pas contre Boko Haram, mais a ajouté que « nous envisageons fournir un soutien logistique et de renseignement aux forces du Tchad, du Niger et du Cameroun sur le terrain ».

Il a déclaré que la nouvelle base de Madama situé près de la frontière libyenne dans le désert du nord du Niger serait pleinement opérationnel en juillet, prétendument pour lutter contre la circulation des armes et des djihadistes de la Libye voisine vers le Mali ou le Nigeria.