Le Rassemblement international en ligne du Premier Mai 2015

La crise mondiale du capitalisme et la course à la guerre mondiale

Par Nick Beams
6 mai 2015

Cette intervention fut prononcée par Nick Beams, membre de la direction du Socialist Equality Party (Australie), le 3 mai au rassemblement international en ligne du 1er mai organisé par le Comité International de la Quatrième Internationale. 

Près de sept ans ont passé depuis l’effondrement financier mondial de septembre 2008 déclenché par la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers.

L’analyse faite à l’époque par le Comité International de la Quatrième Internationale, que cet événement signifiait l’effondrement de l’ensemble de l’ordre économique capitaliste s’est vue confirmée de nombreuses fois.

Même des organisations officielles comme le Fonds monétaire International, qui joue un rôle crucial tant sur le plan idéologique qu’économique, ont maintenant abandonné la notion qu’une reprise économique serait imminente si seulement on mettait en place une politique correcte. Dans sa dernière évaluation de l’économie mondiale, le FMI admettait qu’il n’y aurait pas de retour aux conditions d’avant la crise.

L’un des principaux problèmes est la baisse de l’investissement productif – la principale source d’expansion économique – dans les grands centres capitalistes. En même temps, l’idée que la croissance en Chine et dans d’autres marchés émergents pourraient former une nouvelle base de stabilité pour le capitalisme mondial s’est avérée être une illusion.

Le trait dominant de l’économie mondiale d’aujourd’hui est la croissance permanente du parasitisme financier dont le siège se trouve aux Etats-Unis mais qui s’étend à toute la planète, y compris à la Chine. Ce fait est alimenté par la fourniture d’argent bon marché et par l’adoption de taux d’intérêt proches de zéro par les principales banques centrales mondiales.

D’une part, les craintes redoublent que ceci ne soit en train de créer de massives bulles financières et les conditions d’une nouvelle crise financière encore plus grave et de plus grande portée qu’en 2008.

D’autre part, les autorités financières regardent avec de plus en plus d’inquiétude un retour à ce qui était jadis considéré être une politique monétaire normale et prudente, craignant que ceci n’engendre des perturbations financières sans précédent.

Les conditions sociales auxquelles est confrontée la classe ouvrière et qui émanent de l’effondrement capitaliste prennent un caractère uniforme: baisse des salaires réels et coupes dans les dépenses publiques de domaines vitaux comme la santé, l’éducation et les retraites. Le chômage reste à des niveaux élevés et va de pair avec la multiplication des emplois occasionnels et précaires sans les droits nécessaires à une vie quotidienne moderne.

Parallèlement à la hausse du parasitisme financier on a vu une augmentation ahurissante de l’inégalité sociale. Tous les ans, la proportion de richesses et de revenu que s’approprient les couches supérieures de la société augmente. Cela a atteint un tel point que quelque 85 milliardaires disposent maintenant de plus de richesses que plus de la moitié du reste de la population mondiale.

Sans pouvoir sortir de la crise et craignant l’éruption de luttes sociales et de classe comme conséquence d’un effondrement financier dont elles savent qu’il aura lieu, les classes dirigeantes de tous les pays du monde sont en train de perfectionner leurs instruments de répression sociale et politique.

C’est là que résident les racines économiques de la militarisation de la police aux Etats-Unis et des meurtres policiers sans fin – une tendance traduite dans chaque pays par le slogan frauduleux de la « guerre contre le terrorisme. »

Comme c’était le cas avant 1914 et dans les années 1930, les contradictions économiques de plus en plus graves du capitalisme mondial sont en train de conduire à l’éruption d’une nouvelle guerre mondiale.

Au cours de ces dernières semaines on a assisté à une nouvelle désagrégation des structures de l’ordre économique d’après-guerre avec la décision prise par les principales puissances de défier Washington et d’adhérer à la Banque d’investissement pour l’infrastructure asiatique (AIIB) dans l’espoir de profiter des possibilités économiques qu’elle pourrait offrir.

Dans les conditions du déclin économique, la réaction des Etats-Unis, dans leur course pour sauvegarder l’hégémonie mondiale, sera d’avoir de plus en plus recours à la puissance militaire. Quant à la Grande-Bretagne, à la France et aux autres grandes puissances qui connaissent une stagnation économique et une récession persistantes, elles concluront que leur chasse au profit nécessitera l’usage de moyens militaires.

Une nouvelle guerre pour le partage et le repartage du monde est en train d’être planifiée et met en péril la survie de la civilisation.

Quel doit être le point de vue de la classe ouvrière internationale pour empêcher cette catastrophe? Que doit être son économie politique alors qu’elle est confrontée aux conséquences de la faillite de l’économie politique du système de profit ?

En Grèce, Syriza, qui est acclamé par toutes les tendances petites-bourgeoises et soi-disant de gauche dans le monde comme un modèle qu’elles ambitionnent d’imiter, met en avant la perspective de « sauver le capitalisme de lui-même. »

Le système capitaliste ne peut être sauvé – à moins qu’on ne considère comme une issue la guerre, les dictatures militaires et fascistes et l’appauvrissement des masses.

Le système doit être renversé par la classe ouvrière qui doit prendre le pouvoir politique et ouvrir la voie à un nouveau chapitre de l’histoire du développement de l’humanité – la mise en place d’une économie socialiste planifiée à l’échelle mondiale pour mettre fin à la guerre, à la pauvreté et à l’oppression, et basée sur la satisfaction des besoins humains et non sur les profits privés.

Karl Marx avait une fois remarqué que si les fondations d’une forme nouvelle et supérieure de la société n’existaient pas déjà dans l’ancienne, alors toute tentative de la renverser ne serait qu’un rêve utopique.

La perspective internationaliste du CIQI pour l’unification de la classe ouvrière mondiale et l’établissement d’une économie socialiste planifiée à l’échelle mondiale n’est pas une utopie. Elle est ancrée dans la réalité objective.

La mondialisation de la production est entrée dans un conflit frontal avec le système de profit de l’Etat-nation et crée des contradictions et des crises insolubles. Dans le même temps cependant, elle a créé les fondements objectifs d’une forme supérieure d’organisation socio-économique.

Le système financier international, qui suit le mouvement de l’argent et qui transmet des informations en temps réel en l’espace de nanosecondes, est source de crises qui s’aggravent en permanence.

Mais, le vaste et complexe système d’information qu’il a mis en place établit le cadre pour une économie planifiée, consciemment réglementée et placée sous contrôle démocratique des producteurs du monde, la classe ouvrière.

Il y a cent ans, alors que les contradictions du capitalisme, qui furent théoriquement dévoilées par Marx, prenaient physiquement forme dans la mort et le carnage des champs de bataille de l’Europe, Léon Trotsky écrivait que la seule façon pour la classe ouvrière de venir à bout de la « perplexité impérialiste du capitalisme » était d’y opposer « l’organisation socialiste de l’économie mondiale en tant que programme pratique du jour. »

Tel est le programme pour lequel la classe ouvrière internationale doit lutter en ce 1er mai.

(Article original paru le 5 mai 2015)