Canada: Des élèves du secondaire payés 2000$ pour une formation militaire

Par Ashley Tseng
9 mai 2015

Avec l'appui enthousiaste du gouvernement de la Saskatchewan, l’armée canadienne, en partenariat avec les commissions scolaires des écoles publiques et catholiques de Regina, offre un entraînement militaire de base à des étudiants du secondaire.

Les étudiants qui réussissent le programme d’enseignement coopératif de la Première réserve de l’Armée canadienne obtiendront 2000 $ et deux crédits d’études secondaires. D'après un communiqué de presse du gouvernement de la Saskatchewan, après avoir terminé le programme, les étudiants seront admissibles aux forces régulières de réserve de l'Armée canadienne, que l’armée décrit comme une «composante à temps partiel totalement intégrée à l'Armée canadienne».

Actuellement, le «Programme coopératif de réserve » est uniquement offert à Regina. Mais il existe des plans pour l'introduire dans d'autres villes de la Saskatchewan.

L'introduction de ce qui est pratiquement une campagne de recrutement militaire intégrée au programme scolaire de la Saskatchewan est un exemple flagrant du tournant militariste de l'élite canadienne. Jusqu'à récemment, les Forces armées canadiennes étaient présentées au public comme des «gardiens de la paix». Maintenant, le premier ministre Harper décrit le Canada comme une «nation guerrière» et met régulièrement de l'avant l'argument réactionnaire et manifestement faux selon lequel les Canadiens doivent leur «liberté» à l’armée.

Depuis la fin du siècle dernier, le Canada, sous des gouvernements libéraux et conservateurs, s'est joint aux guerres des États-Unis l'une après l'autre, incluant contre la Yougoslavie en 1999, l'Afghanistan et la Libye. En ce moment même, des avions de guerre canadiens bombardent l'Irak et la Syrie. Le mois dernier, le gouvernement conservateur, qui a déjà déployé des avions en Europe de l'Est et des navires dans la mer Noire pour se joindre à l'escalade militaire de l'OTAN contre la Russie, a annoncé qu'il enverrait 200 entraîneurs militaires en Ukraine.

La prime de 2000 $ pour la participation au programme coopératif vise avant tout des jeunes de familles à bas revenu de la classe ouvrière qui autrement ne souhaiteraient pas rejoindre l’armée, mais trouvent qu'il est de plus en plus difficile de se trouver une carrière ou une porte de sortie aux emplois précaires à temps partiel. Pendant que le gouvernement de droite de la Saskatchewan, un proche allié du gouvernement conservateur à Ottawa, gaspille des ressources dans l'entraînement militaire, des parents de Regina se plaignent du fait qu'ils doivent payer des centaines de dollars supplémentaires pour que leurs enfants puissent bénéficier d'enseignement de cours enrichis, tels que «médias et communications» ou «études environnementales».

Le colonel Ross Ermel, un commandant de 38e Groupe-brigade du Canada, qui comprend des unités de réserve de la Saskatchewan, du Manitoba, et de l'Ontario, a déclaré à des journalistes: «nous cherchons toujours de nouvelles façons de développer notre capacité à rejoindre les Canadiens, afin de trouver de nouvelles recrues et s'assurer d’un développement durable».

Il a présenté la carrière de réserviste comme étant une «excellente occasion» pour acquérir de nouvelles connaissances et de «l'expérience au service du Canada». Comme le remarque le site Web de l’armée canadienne, «Depuis 2000, plus de 4000 soldats de la Première réserve ont été déployés dans des opérations des Forces armées canadiennes en Afghanistan, Haïti et d'autres opérations expéditionnaires internationales.»

Le colonel Ermel a ensuite fourni sa propre vision sinistre de guerres sans fin. «Nous vivons dans un monde de conflits perpétuels», a-t-il dit. «Les opérations de l’armée varient de conflits intenses à des opérations humanitaires et au pays.» Cette dernière référence est toute aussi inquiétante. Bien que ce soit peu mentionné publiquement, l'une des fonctions principales de l’armée est «d’offrir du soutien au pouvoir civil», en d'autres mots, réprimer les troubles civils.

Le Programme coopératif de réserve, qui a enrôlé sa première cohorte en février, donne l'opportunité à ses participants de gagner deux crédits: un crédit de base en histoire du Canada et un crédit optionnel pour la partie du programme dédiée à l'entraînement militaire.

Même si le crédit de base se trouve dans la liste des cours d’histoire sur le Canada, le cours sera intégré à au programme de réserve afin qu’il renforce la pensée militariste en glorifiant les interventions militaires du Canada dans le dernier siècle, incluant le rôle majeur qu’il a joué en tant que belligérant des deux guerres mondiales impérialistes. Le cours d’entraînement militaire sera composé de 23 journées entières d’entraînement de base, incluant le maniement d’une arme à feu, des cours d’entraînement physique, des exercices militaires et des cours de premiers soins.

Les responsables militaires justifient le programme en le présentant comme un programme de développement du leadership et en mettant l’accent sur le rôle des forces de réserve lors de désastres naturels. Cependant, ce qui est présenté comme une l’occasion de recevoir une formation sur le leadership pour les jeunes serait mieux décrit comme un vulgaire outil utilisé pour les conditionner à se soumettre aux guerres impérialistes auxquelles le Canada participe et obéir aux autorités sans les critiquer.

En appuyant le programme lorsqu’il a été présenté au Parlement, les sociaux-démocrates du NPD de la Saskatchewan se sont dévoilés encore plus comme des défenseurs du militarisme canadien en expansion. «Certainement, le NPD, en plus d’être fier et éternellement reconnaissant envers les Forces armées canadiennes, les soutient. Le programme donne la chance aux élèves d’en apprendre concrètement sur les Forces armées canadiennes», s’est enthousiasmé le député du NPD, Trent Wotherspoon.

Même si le programme est en train d’être mis en oeuvre, plusieurs organisations pacifistes ont exprimé leur opposition. PeaceQuest Regina et le Conseil de Regina pour la paix ont lancé une pétition dans le but de retirer le programme du système d’éducation public. Des activistes pour la paix ont critiqué le programme parce qu’il fait la promotion de la violence comme méthode de résolution de conflit. Ils ont défendu l’idée que le respect et la discipline peuvent être enseignés par des méthodes qui n’impliquent pas l’appui au militarisme. Plusieurs se souviennent de la période, avant l’émergence d’un mouvement contre la guerre du Vietnam aux États-Unis et au Canada, où c’était commun pour les élèves des écoles secondaires canadiennes d’être obligés de faire partie des cadets, qui font de l’entraînement militaire.

Des parents et des professeurs de la commission scolaire catholique de l’école se sont aussi opposés au programme. À la mi-février, la réunion annuelle des membres électeurs de la division scolaire catholique de Regina a passé une motion informant le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, qu’elle ne veut pas de programme d’entraînement militaire dans ses écoles secondaires. Ceux qui sont contre le programme disent que les études sur la paix devraient remplacer le programme militaire actuel, déclarant qu’un programme qui enseigne aux élèves comment manier des armes et se soumettre à l’autorité sans la critiquer ne montre pas aux élèves comment devenir des leaders, mais a plutôt l’effet inverse. Cependant, malgré une vive opposition de la part de la communauté scolaire, le comité de direction n’est pas légalement contraint de faire appliquer la volonté de ses membres.

Dans une déclaration qui montre le fort appui pour le programme d’entraînement militaire aux plus hauts échelons du gouvernement de la Saskatchewan, le président de la commission scolaire des écoles catholiques, Rob Bresciani, a dit au Regina Leader – Post que la motion avait mis la commission dans une position «ingrate», parce qu’il a besoin d’entretenir de bonnes relations avec le gouvernement provincial.

L’invitation par le gouvernement Wall de l’armée dans les écoles fait partie d’une initiative plus large dans laquelle les conseils scolaires se font demander de faire des partenariats avec l’industrie et d’autres employeurs.

Au même moment, le gouvernement provincial, qui justifie ses actions par la chute des prix du pétrole ainsi que des redevances gouvernementales et revenus découlant de l’industrie pétrolière, coupe dans le financement de l’éducation et des dépenses sociales destinées aux jeunes et aux familles. Dans le budget déposé le mois dernier, le gouvernement a réduit l’admissibilité à un programme qui bonifie les revenus des familles à faibles revenus. Il a aussi coupé le «programme pour les familles actives» qui fournit des subventions aux parents pour inscrire leurs jeunes dans des activités sportives et artistiques. Le soutien pour les élèves postsecondaires a aussi été coupé.

(Article paru d’abord en anglais le 25 avril 2015)