Des représentants étudiants défendent la liberté d'expression à l'Université Humboldt de Berlin

Par Christoph Dreier
13 juin 2015

Les représentants d’étudiants de trois facultés de l’Université Humboldt de Berlin – Histoire, Formation des enseignants et Etudes de genre – ont publié une déclaration commune défendant les étudiants critiques et critiquant leur attaque par les médias. Ces groupes fonctionnent comme des organismes de la base dans les différentes facultés.

La déclaration est dirigée contre un article paru le 17 mai dans la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung attaquant et diffamant les étudiants. L’auteur, Friederike Haupt, y brossait un tableau absurde de professeurs intimidés vivant dans la peur constante de leurs élèves. Elle alla jusqu’à associer la critique argumentée d’idées politiques à « des menaces à la bombe et des appels au meurtre. »

Cette attaque visait différentes initiatives de la part d’étudiants critiquant des professeurs, en particulier « Münkler-Watch » et Les Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale (EJIES).

Le blogue « Münkler-Watch », fondé au début de l’année par des étudiants en sciences politiques, documente et critique régulièrement les conférences du politologue Herfried Münkler. L’EJIES s’est systématiquement opposé à la propagande de guerre à cette université et a critiqué Münkler et l’historien de l’Europe de l’est Jörg Baberowski pour leur minimisation des crimes historiques du militarisme allemand.

La déclaration commune déclare que les représentants des trois facultés « rejettent de façon décisive la représentation unilatérale et généralisée de la critique estudiantine » par Haupt. Elle défend « la critique sur le campus » et souligne que cela inclut « la critique ‘d’en bas’ qui est la critique des enseignants par leurs élèves. » Elle rejette l’attaque de la forme de liberté d’expression exercée par les étudiants et exigent au contraire que l’accent soit mis sur « le contenu principal. »

Ils ont encore défendu spécifiquement le droit des étudiants à exprimer leurs critiques de manière anonyme. « Münkler-Watch » s’est vu attaqué plusieurs fois sévèrement parce que les auteurs ont publié leurs critiques de façon anonyme sur Internet.

« Le reproche visant l’anonymat n’est pas tenable si on l’examine de plus près », dit la déclaration. « D’une part, parce qu’il y a une longue tradition du commentaire anonyme dans la pratique universitaire.... D’autre part, les groupes mentionnés par Haupt n’agissent pas tous dans un anonymat complet. » Elle cite l’exemple du groupe « Connaissance contre ignorance », qui est intervenu en partie publiquement contre un professeur de formation des enseignants.

En ce qui concerne l’EJIES, la déclaration dit: « Les critiques de l’historien Jörg Baberowski sont également membres d’un groupe, à savoir l’organisation de jeunesse du PSG (Partei für Soziale Gleichheit — Parti de l’égalité sociale), qui se place dans la tradition trotskyste. Les responsables ne sont donc pas inconnus. Leurs porte-parole sont des étudiants connus par leur nom et quiconque les cherche peut les trouver distribuant régulièrement des tracts sur le campus. En outre, un de leurs représentants a été élu au Parlement étudiant au printemps. Par conséquent, il ne peut être question d’anonymat ici; bien au contraire : le groupe recherche le débat public et la discussion avec Jörg Baberowski. »

Baberowski n’a jamais répondu aux critiques formulées par l’EJIES. Au contraire, il a fait appel à l’administration de l’Université pour les censurer. Le chef du Département d’histoire et le président de l’université ont appelé à une action contre les étudiants critiques. Un professeur a demandé à un membre de l’EJIES de rendre des comptes et celui-ci doit craindre que son travail universitaire ne soit plus évalué objectivement.

Il est significatif que les représentants étudiants des trois facultés fassent allusion explicitement à la « relation de dépendance » des étudiants vis-à-vis de leurs enseignants et fassent remarquer que les professeurs évaluent les élèves et qu’ils exercent donc sur eux un pouvoir considérable.

La déclaration se termine par un appel à une université plus critique. Elle dit: « L’Université vit de la diversité des perspectives. ‘Apprendre à penser’ ne signifie pas seulement être d’accord avec des opinions différentes, mais aussi entrer en conflit avec elles, tester des positions contraires, mettre en question les traditions et les conventions et, le cas échéant, se mettre en rupture avec elles. On est censé être éduqué dans les universités et l’éducation est impensable sans sa composante réflective critique. »

La déclaration est d’une importance cruciale, car elle s’oppose à une campagne de dénigrement qui n’est pas limitée aux pages de la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung. Au cours des dernières semaines, des articles ont paru dans tous les grands journaux qui attaquent sévèrement « Münkler-Watch » et l’EJIES et qui cherchent à nier aux étudiants le droit de critiquer leurs professeurs.

Münkler a lui-même comparé ses détracteurs aux nazis. Baberowski a qualifié les étudiants de « dérangés » et a demandé qu’on leur interdise le campus et qu’ils soient poursuivis en justice. Le Président de l’Université, Jan-Hendrik Olbertz, a publié deux déclarations dans lesquelles il a soutenu les professeurs et a diffamé les étudiants.

L’intention de cette campagne est de faire taire ceux qui osent critiquer les positions droitières et militaristes de professeurs. La déclaration commune indique clairement que les étudiants ne sont pas prêts à l’accepter. Bien que les auteurs disent qu’ils ne veulent pas porter de jugement sur les différentes positions des divers groupes étudiants, ils défendent courageusement les droits démocratiques à l’Université.

Les représentants étudiants des trois facultés ont publié leur déclaration trois jours avant la prochaine session du parlement étudiant de l’Université Humboldt. La défense de la liberté d’expression a déjà été mise à l’ordre du jour. L’EJIES a présenté une résolution qui défend « Münkler-Watch » et exige le retrait des déclarations de l’administration universitaire. L’EJIES appelle tous les étudiants à participer à la séance publique prévue et à appuyer cette résolution.

(Article paru d'abord en anglais le 10 juin 2015)