Suppression d'emplois miniers: l'anarchie destructrice du marché capitaliste

Par Nick Beams
28 juillet 2015

La déclaration de deux grands groupes miniers internationaux le 24 juillet qu’ils allaient sabrer des dizaines de milliers d’emplois est un signe de la crise montante de l’économie mondiale. Elle intervient alors que les économies avancées stagnent, que celle de la Chine et d’autres marchés dits émergents se ralentit, que l’instabilité augmente et que l’accroissement du parasitisme financier entraîne la destruction pure et simple de la capacité de production.

Anglo American, conglomérat minier basé au Royaume-Uni et cinquième plus grande compagnie minière du monde a annoncé l’élimination de 53.000 emplois dans les prochaines années, 35 pour cent de sa main-d’œuvre actuelle. Cela suit une perte de $3 milliards pour la première moitié de l’année, résultant surtout d’une baisse des prix du minerai de fer.

Le même jour, le producteur de platine Lonmin, qui a nombreuses opérations en Afrique du Sud, a dit qu’il envisageait de fermer ou suspendre la production dans plusieurs puits; les emplois d’environ 6000 travailleurs sont menacés. Le prix de ce métal aux nombreuses utilisations industrielles est tombé si bas que les activités de Lonmin sont considérées comme non rentables.

La principale raison des pertes d’Anglo American est une dépréciation de 3,5 milliards de la valeur de ses actifs, dont 2,9 milliards de dollars sur sa mine de fer de Minas-Rio au Brésil. Ce projet de 8,8 milliards de dollars avait été lancé l’an dernier seulement. Il avait été conçu pour tirer avantage du « super-cycle » des prix des matières premières dû aux investissements d’infrastructure en Chine; le prix du minerai de fer était monté jusqu’à $180 la tonne en 2011.

Le prix du minerai de fer est maintenant en dessous de $50 et menace de descendre encore plus bas. Les prix des matières premières industrielles chutent dans le monde entier. Dans la première moitié de cette année, le minerai de fer a chuté de 41 pour cent, le platine de 19 pour cent, le cuivre de 18 pour cent et le charbon à coke de 15 pour cent. Et cette chute n’est pas terminée.

Comme l’a déclaré le Wall Street Journal vendredi: « Les plus grandes sociétés minières du monde subissent une hémorragie d’emplois, car elles réduisent leurs effectifs pour faire face à un ralentissement en Chine et à une dépression prolongée des cours des matières premières dont elles n’attendent pas qu’elle se termine bientôt. »

L’article note que l’effondrement du prix des matières primaires des deux dernières années a déjà éliminé des dizaines de milliers d’emplois liés à l’exploitation minière: depuis les mines d’or d’Afrique du Sud et les mines de fer du Canada jusqu’aux aciéries des États-Unis. En Amérique, l’emploi dans le secteur minier est à son plus bas niveau depuis cinq ans, tandis qu’en Australie, il est tombé de 13 pour cent depuis un an.

La chute des prix des matières premières et les vastes suppressions d’emplois dans son sillage mettent en évidence certaines caractéristiques importantes de l’état du capitalisme mondial.

Près de sept ans après l’effondrement de Lehman Brothers, ces événements montrent bien que la crise financière qui l’a suivi n’était que le début d’un effondrement continu de l’économie mondiale. Malgré la mise à disposition de milliers de milliards de dollars d’argent ultra bon marché par les banques centrales du monde, les investissements productifs dans les grandes économies que sont les États-Unis, l’Europe et le Japon, restent à un niveau historiquement bas.

Le flot d’argent sur les marchés financiers ne fait qu’alimenter la spéculation sur les actions et les autres marchés, conduisant à une explosion de parasitisme. Cela compromet davantage encore l’économie réelle du fait d’opérations destructrices comme les fusions, les acquisitions et les rachats d’actions où les emplois sont détruits et les profits réalisés par des manipulations financières.

Dans un récent discours, la présidente de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen, a fait remarquer que la croissance productive était « faible » parce que les propriétaires et gestionnaires d’entreprises n’augmentaient pas leurs dépenses en capital. Les entreprises, au contraire, « détiennent de grandes quantités d’argent sur leurs bilans. »

La semaine dernière, l’économiste en chef de la Banque d’Angleterre, Andy Haldane, a dit que « la raison principale pour laquelle la croissance mondiale a été décevante est que les entreprises n’investissent pas suffisamment. » Il a cité des chiffres montrant que dans les années 1970 seuls 10 pour cent des bénéfices des sociétés étaient retournés aux actionnaires; ce chiffre se situe à présent entre 60 et 70 pour cent. « Les entreprises sont presque en train de se consommer, » a-t-il dit.

En d’autres termes, les forces et les ressources productives, créées par le travail de milliards d’ouvriers, sont en train d’être détruites par l’appétit insatiable de profit de l’oligarchie financière qui domine l’économie mondiale.

Cette vague destructrice n’est pas le produit d’une mentalité particulière des chefs d’entreprise ou des gestionnaires. Elle est due à la pression incessante générée par le mur d’argent sur les marchés financiers pour un taux de rendement toujours plus élevé. C’est là un des principaux facteurs qui expliquent la décision d’Anglo American.

Un article récent de Reuters, publié avant l’annonce des dernières suppressions d’emplois, notait que « les investisseurs » craignaient que les efforts des entreprises pour se restructurer – brader des actifs productifs – fussent « à court de vapeur » et que « certains actionnaires commencent à perdre patience. » On peut mesurer les résultats de l’impatience de l’oligarchie financière à la déclaration du 24 juillet.

L’effondrement des prix des matières primaires a brisé le mythe, promu assidûment après la crise financière, que la Chine et d’autres marchés émergents pouvaient constituer une nouvelle plate-forme pour la croissance économique mondiale. Comme pour souligner la faillite de cette conception, la déclaration d’Anglo American est venue le même jour que les données en provenance de Chine montrant l’augmentation la plus faible dans la fabrication depuis plus d’un an.

Une des principales panacées idéologiques des défenseurs du système du profit est celle de la « magie du marché » qui seule peut organiser l’utilisation rationnelle des forces productives dans le monde.

Après la décision d’Anglo American, il ne reste rien d’une telle affirmation, elle montre que le marché fonctionne en fait comme un outil mondial de démolition.

Au zenith du boom « super-cycle » des matières premières, créé par la décision du gouvernement chinois d’effectuer après 2008 un plan de relance de 500 milliards de dollars et d’élargir le crédit d’un montant équivalant à l’ensemble du système financier des États-Unis, Anglo American avait décidé d’investir massivement dans sa jeune opération brésilienne, croyant que les prix des matières primaires continueraient d’augmenter. La bulle spéculative s’est effondrée et l’industrie minière mondiale est frappée par une crise de surcapacité, passant du jour au lendemain de l’expansion à la crise.

Au lieu d’organiser rationnellement sa production, l’industrie est déchirée et des dizaines de milliers d’emplois sont détruits. Dans une guerre férocement concurrentielle, les grands producteurs comme BHP Billiton et Rio Tinto augmentent leur production dans le but d’éliminer du marché les producteurs aux coûts plus élevés comme Anglo American.

Une déclaration du Syndicat des mineurs (NUM) en Afrique du Sud met en évidence la situation de la classe ouvrière. Celui-ci a déclaré que les suppressions d’emplois décidées par Lonmin constituaient un « bain de sang. »

Ce terme a plus qu’un sens métaphorique. En août 2012, ce même syndicat avait été partie prenante dans l’attaque violente par la police, organisée par la société et le gouvernement du Congrès national africain et ayant entraîné la mort par balle d’au moins 34 mineurs lors d’une grève sur les salaires. Des mesures violentes similaires seront employées pour imposer les suppressions d’emplois, avec la pleine collaboration de la bureaucratie syndicale, que ce soit en Afrique du Sud ou dans le reste du monde.

Cependant, la crise de l’industrie minière n’est que symptomatique de la crise à laquelle la classe ouvrière fait face dans tous les secteurs et dans le monde entier alors que, dans leur quête incessante du profit, les élites financières et industrielles imposent la destruction sociale.

Cette anarchie destructrice ne peut et ne sera pas atténuée par des « réformes. » Il faut y mettre un terme par une lutte globale et unifiée de la classe ouvrière pour un programme socialiste international, basé sur l’expropriation des grands groupes industriels et financiers, ouvrant ainsi la voie à une planification économique sur la base des besoins humains.

(Article paru d'abord en anglais le 27 juillet 2015)