La Troïka revient à Athènes

Par Christoph Dreier
23 juillet 2015

Mardi, les représentants de la Troïka (Banque centrale européenne, Union européenne et Fonds monétaire international) étaient de retour à Athènes pour y négocier un accord de crédit avec le gouvernement grec. Les pourparlers devraient commencer ce jeudi et prendront fin le 20 août.

La suppression de la supervision de la politique budgétaire grecque par la troïka avait été une revendication centrale de la campagne électorale de Syriza. Mais en acceptant de négocier un troisième programme de crédit, Syriza a également accepté la reprise des visites de la troïka.

Alors que les représentants de la Troïka n’ont rien promis et qu’un éventuel accord de crédit peut capoter à tout moment, le gouvernement Syriza a décidé de mettre en œuvre un certain nombre de mesures qui affaiblissent sa propre position dans des négociations et aggravent encore la situation sociale du pays.

Le gouvernement fait, une fois de plus, du paiement des intérêts et du capital de la dette sa plus haute priorité, comme il l’avait déjà fait ces derniers mois. Même au moment où le système de soins de santé s’effondre et que la faim se répand dans Athènes, le gouvernement grec a transféré, lundi, plus de €6 milliards aux institutions de la troïka.

La BCE a reçu €4,2 milliards (dont 700 millions de paiements d’intérêts). €2 milliards sont allés au FMI et quelques centaines de millions à la Banque Nationale grecque. Le gouvernement utilise à cet effet un prêt-relais du Mécanisme européen de stabilité financière, le fonds de sauvetage de l’UE. Le crédit spécial totalise 7 milliards d’euros et a une durée maximum de trois mois. Il reste difficile de savoir si le paiement sera assez important pour durer jusqu’à ce qu’un accord soit obtenu en août.

Dans un accord avec l’eurogroupe, le gouvernement grec s’est engagé à faire passer certaines lois au Parlement avant le début de négociations. Avant que la troïka ne commence à négocier avec des représentants du gouvernement, le Parlement devait avoir passé deux réformes mercredi.

D’une part, le Parlement doit mettre en œuvre des directives de règlement et des règlements nationaux pour la mise en œuvre d’une union bancaire du type décidé par le Parlement européen et le Conseil européen en mai de l’an dernier.

De plus, les procédures judiciaires civiles doivent être accélérées. Selon l’ancien ministre grec des Finances Yannis Varoufakis, qui a participé à la négociation de l’accord, l’objectif principal de cette mesure est de simplifier la « saisie, l’expulsion et la destruction de milliers de foyers et d’entreprises qui ne sont pas en mesure de payer leurs crédits. »

Le gouvernement a déjà fait passer de sévères coupes sociales et une augmentation massive de la TVA au Parlement ces dernières semaines. Auparavant, les aliments transformés et emballés ainsi que le transport public local avaient un impôt réduit de 13 pour cent. Maintenant, ils seront imposés au taux plein de 23 pour cent.

Cela a entraîné une augmentation immédiate du coût de la nourriture qui affectera surtout sur les plus pauvres parmi les pauvres. Les détaillants vont augmenter le prix des denrées de 20 pour cent en moyenne. Dans un pays où seulement la moitié des jeunes ont du travail et dans lequel jusqu’à 40 pour cent des travailleurs n’ont plus d’assurance maladie, cette augmentation du coût de la vie signifie pour eux une misère sociale abjecte.

Parce que la BCE a augmenté les crédits d’urgence pour les banques grecques de seulement 900 millions d’euros jeudi dernier, les restrictions sur les retraits bancaires restent en vigueur même si la Grèce a payé ses arriérés de la dette. Les banques ont rouvert leurs portes, mais les titulaires de compte normaux sont toujours limités à seulement 420 euros de retraits par semaine. Le contrôle des capitaux reste en vigueur jusqu’à nouvel ordre.

L’opposition aux mesures d’austérité s’accroît dans la population qui les avait déjà rejetées au référendum à une majorité de plus de 60 pour cent. Le syndicat ADEDY avait annoncé une manifestation de protestation des travailleurs de la fonction publique devant le bâtiment du Parlement mercredi soir.

Le Premier ministre Alexis Tsipras avait déjà dû compter sur les votes des partis d’opposition la semaine dernière. La Nouvelle Démocratie (ND) conservatrice, le PASOK social-démocrate et To Potami, parti économiquement néolibéral, avaient permis d’assurer une majorité parlementaire confortable au plan d’austérité.

La coalition gouvernementale de Syriza et les populistes de droite, les Grecs indépendants (Anel), n’ont pas obtenu de majorité à eux seuls, parce que 32 des 149 représentants de Syriza avaient voté contre la loi et six s’étaient abstenus.

Même si Tsipras a retiré leurs postes gouvernementaux aux rebelles durant le weekend, il avait peur que le nombre de « non » puisse augmenter une fois de plus mercredi. Le quotidien Avgi, affilié à Syriza, a suggéré lundi que Tsipras envisagerait de démissionner si les « non » augmentaient dans sa propre fraction. Tsipras avait peur de tomber en dessous du seuil de soutien de 120 représentants de son propre parti, nécessaires pour gagner un vote de confiance avec seulement présent le nombre minimum de députés requis pour un tel vote.

Ce mardi, le gouvernement a annoncé qu’il renonçait, en accord avec les créanciers, à un vote sur la suppression d’avantages fiscaux des agriculteurs et à un vote sur la suppression de la retraite anticipée. Pour ce qui était de la première loi, certains députés de Syriza et des députés de ND avaient annoncé leur opposition. Le vote sur ces deux lois est maintenant censé avoir lieu dans les premières semaines d’août.

Dans ces conditions, il est même possible que le nombre des « non » diminue. Le chef de la Plate-forme de gauche au sein de Syriza, Panagiotis Lafanzanis, avait voté contre l’accord la semaine dernière. Il a été limogé comme ministre de l’Environnement et de l’Énergie par Tsipras. Même après cette humiliation, il a promis de soutenir le gouvernement. Selon le quotidien To Vima, il a affirmé qu’il n’était pas déçu et continuerait de faire pression pour que le parti reste uni.

En même temps, les représentants de la troïka ont clairement fait savoir qu’aucun accord concret n’avait encore été conclu. Même le montant d’un troisième programme de crédit n’est pas encore déterminé. Il pourrait atteindre 86 milliards d’euros, mais pourrait aussi être plus petit.

Une expulsion de la Grèce de la zone euro n’est pas encore écartée. Le chef adjoint de la fraction chrétienne-démocrate et chrétienne sociale (CDU-CSU) au parlement allemand, Arnold Vaatz, prévoit de déposer une plainte auprès de la Cour constitutionnelle allemande si de nouveaux crédits à hauteur de plusieurs milliards d’euros étaient prévus pour la Grèce. « Je ne vois pas la stabilité de la zone euro menacée par l’élimination de la Grèce, » a déclaré Vaatz à la revue Super Illu.

La ministre autrichienne de l’Intérieur Johanna Mikl-Leitner veut combiner un nouveau programme de crédit à des mesures plus sévères contre les réfugiés. « Un système stable de l’asile en Grèce devrait être la condition d’un plan d’aide pour la Grèce, » a dit la politicienne conservatrice au journal Kurier. Elle veut exiger du gouvernement grec qu’il enregistre les réfugiés et prenne leurs empreintes digitales. En outre, cette représentante du Parti populaire, de droite, veut que le gouvernement grec travaille plus étroitement avec l’Agence d’asile AESA et l’agence de protection des frontières Frontex.

(Article paru d'abord en anglais le 22 juillet 2015)