Le maire stalinien de La Courneuve fait démanteler un campement de Roms

Par Kumaran Ira
10 septembre 2015

À la demande de Gilles Poux, maire communiste de La Courneuve, dans la banlieue nord de Paris, les CRS ont attaqué et démantelé un campement habité par environ 300 Roms la semaine dernière. 

Le campement Samaritain, situé près de l'autoroute A86 dans une zone industrielle de La Courneuve, est l'un des plus grands bidonvilles de France. Il date de 2007. La municipalité PCF (Parti communiste français) de La Courneuve a demandé l'expulsion du campement en 2013, afin de préparer la conférence internationale sur le climat qui se tiendra au Centre des Expositions du Bourget du 30 novembre au 11 décembre. 

Suite à l'ordonnance d'évacuation du tribunal du 15 août, deux unités de la police antiémeute ont expulsé les Roms le 27 août et détruit les abris de fortune, sans aucun avertissement préalable. Sous une pluie battante, les Roms ont été sommés de quitter le campement en une heure. Ils ont dû laisser leurs affaires, y compris des documents essentiels tels que des contrats de travail et des certificats de scolarité des enfants. 

Un homme de 33 ans qui habitait le campement a dit à France-Télévisions : « J'étais au travail et j'ai reçu un coup de téléphone de ma femme. Elle m'a appris que la police était là et qu'elle devait quitter le camp immédiatement. Dans un sac, elle n'a pu prendre que des affaires pour notre fille, qui a 20 mois, et nos papiers ». 

Un employé de l'organisation humanitaire Médecins du Monde a dit: «Ils n’ont eu que peu de temps pour rassembler leurs affaires et partir. C’est malheureux, c’est dans ces situations où ils perdent le peu de papiers d’identité qu’ils ont". 

Après, 12 familles identifiées comme vulnérables, avec des femmes enceintes, des nourrissons ou des personnes handicapées, ont été relogées dans des hébergements d'urgence, pour quelques jours. Cela comprenait environ 60 personnes en tout. Les autres sont devenus des sans-abri, même si certains ont été accueillis en tant qu'invités de militants d'ONG caritatives. Beaucoup d'enfants risquent de manquer la rentrée des classes. 

Poux a versé des larmes de crocodile sur «la détresse des familles roms » dans une déclaration de sa commune, puis défendu l'expulsion auprès du Parisien : « Une commune comme la nôtre, qui compte 53 pour cent de logements sociaux, ne peut plus gérer les bidonvilles.C’est la raison pour laquelle j’ai engagé cette procédure d’expulsion, comme je l’ai fait à chaque fois. Ces deux dernières années, nous avons eu recours 20 fois à la force publique pour évacuer des bidonvilles ». 

Il s'est plaint également que « les habitants du Samaritain campent depuis vendredi dans les jardins de la mairie ! Il faut trouver une réponse globale, politique, au niveau national, voire international ».

Ce sont des gesticulations creuses pour défendre la politique raciste de la classe dirigeante. Des centaines de milliers de personnes ne peuvent pas trouver un logement décent et abordable à Paris, comme dans d'autres grandes villes à travers l'Europe. La bourgeoisie, qui roule sur l'or, insiste que ce problème ne peut être résolu et cherche à détourner la colère sociale en faisant des Roms la cible de dénonciations des médias, de la répression et du nettoyage ethnique.

Le PCF a une longue histoire d'adaptation au nationalisme français, enracinée dans le rejet stalinien du programme de la révolution socialiste mondiale. Il a conclu des alliances avec divers politiciens bourgeois, de Léon Blum lors du Front populaire de la fin des années 1930 à Charles de Gaulle dans la période immédiate d'après-guerre. Ces alliances, qui visaient à empêcher une révolution socialiste, étaient basées sur l'acceptation du régime brutal de la France dans ses colonies.

Les implications racistes de ses politiques sont ressorties même plus crûment après que le PCF a bloqué une révolution pendant la grève générale en 1968, et que le déclin industriel de la France a commencé aux années 1970. Dans cette période, le PCF a formé une alliance politique avec le Parti socialiste (PS) et a préparé son soutien à la restauration du capitalisme en URSS par la bureaucratie stalinienne.

Aux élections présidentielles de 1981, Georges Marchais, le chef du PCF, a mené une campagne anti-immigration pour diviser la classe ouvrière sur des lignes nationales. Le PCF a voté en faveur de la limitation de l'immigration. En 1980, Marchais avait soutenu le maire PCF de Vitry-sur-Seine, dans la banlieue sud-est de Paris, qui avait rasé au bulldozer une maison où s'abritaient des travailleurs immigrés maliens.

Un autre maire stalinien, Robert Hue, a organisé une manifestation hostile devant la maison d'une famille marocaine à Montigny-lès-Cormeilles en 1981, pour après devenir secrétaire national du PCF.

En persécutant les Roms, Poux rassemble ce bilan réactionnaire et l'intensification de la crise du PS sous François Hollande. Afin d'imposer des coupes sociales profondes et de mener des guerres impopulaires à l'étranger, le PS fomente systématiquement des préjugés anti-immigrés et piétine les droits démocratiques fondamentaux.

Depuis l'arrivée au pouvoir du PS et de Hollande en 2012, le PS intensifie les attaques contre les Roms, en démantèlant leurs camps et en les expulsant massivement de la France.

Le PS a expulsé environ 20.000 Roms en 2013, deux fois plus que en 2012, selon un rapport de 2014 de la Ligue des droits de l'homme et du Centre rom des droits européens . En 2013, selon l'étude, « les autorités ont démantelé 165 des 400 camps connus en France, en expulsant 19,380 personnes, en comparaison à 9,404 en 2012 et 8,455 en 2011 ».

Le PS a défendu le démantèlement des campements et l'expulsion des Roms. Le Premier ministre Manuel Valls a laissé entendre que la France devrait pratiquer le nettoyage ethnique des Roms, déclarant en 2013, que « les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie ».

(Article paru en anglais le 9 septembre 2015)