Portugal: Le Bloc de gauche appuie le gouvernement pro-austérité du Parti socialiste

Par Paul Mitchell
7 décembre 2015

Jeudi dernier, les votes du Bloc de gauche (BE), du Parti communiste (PCP), et du Parti vert (PEV) ont assuré le passage du programme pro-austérité et pro-Union européenne du nouveau gouvernement minoritaire du Parti socialiste (PS) à l'Assemblée nationale du Portugal.

Lors de la campagne pour les élections du 4 octobre, le Bloc de gauche s'est présenté comme une alternative à l'austérité. À présent, il est intervenu pour défendre le capitalisme portugais et européen contre la classe ouvrière. Il tente de sauver le PS, qui est discrédité pour son imposition de mesures d'austérité lorsqu'il était au pouvoir entre 2005 et 2011, et vient à la rescousse l'élite dirigeante portugaise.

Le 4 octobre, la coalition de droite du Parti social-démocrate (PSD) et du Centre démocratique et social – Parti populaire (CDS-PP) a perdu sa majorité parlementaire, passant de 50,4 pour cent de votes en 2011 à seulement 38,6 pour cent. Avec un taux de participation électorale ayant atteint un plancher record de 57 pour cent, le PS n'a pas réussi à obtenir la majorité: son vote n'augmentant que de 4 pour cent pour atteindre 32,3 pour cent. La Coalition démocratique unitaire du PCP et PEV n'a pas non plus été capable de faire grossir sa part du vote, qui a augmenté de moins d'un demi-pour cent pour atteindre 8,3 pour cent.

À l'opposé, le vote du BE a doublé et atteint 10,2 pour cent en conséquence du mécontentement de masse envers les partis officiellement associés à l'austérité.

Le président Aníbal Cavaco Silva a été incapable de former une grande coalition entre le PS et le PSD/CDS-PP. Le gouvernement minoritaire du PSD/CDS-PP n'a pas été en mesure de se maintenir au pouvoir et s'est effondré après 12 jours à la suite d'une motion de censure au parlement et de menaces de grève.

Le BE a réagi en offrant ses services au PS, doublant ses appels au dirigeant du parti Antònio Costa pour former un «gouvernement de gauche». Costa aurait menacé de quitter son poste en tant que dirigeant du PS pour permettre au PSD/CDS-PP de rester au pouvoir à condition que le BE et le PCP «s'entendent pour former une majorité sur la base du propre programme pro-UE des socialistes».

Pour qu'il y ait une entente, il fallait que le BE et le PCP acceptent d'appuyer l'austérité du PS. Le vice-président du groupe parlementaire du PS, Joao Galamba, a dit que son parti «dit clairement que les autres devraient accepter de travailler en dehors du plan budgétaire des socialistes».

Le BE a dûment suivi les directives. Ses promesses électorales de «restructuration de la dette», d'opposition aux politiques financières de l'UE et de retrait de la zone euro et de l'OTAN ont été promptement abandonnées.

De même, les critiques de la dirigeante du BE Catarina Martins selon laquelle le PS n'était «pas en faveur de la fin de l'austérité ni d'autres avancées dont dépend le pays» ont été abandonnées. Après avoir proclamé, «nous ne capitulerons pas devant la doctrine du “moindre mal”, pour devenir une parure sur la boutonnière du PS», c'est précisément ce que Martins a fait.

La semaine dernière, elle a visité le Palais présidentiel, disant aux journalistes qu'elle avait poussé le président à sélectionner Costa en tant que premier ministre parce qu’«il y a une solution stable et durable au parlement» et que «le pays ne devrait pas demeurer dans une situation d'instabilité et d'incapacité de gouverner».

Abandonnant 40 ans de refus de collaboration avec le PS, le secrétaire général du PCP Jeronimo de Sousa a fait de même.

Dopé par ces gestes d'appui, Costa n'a pas hésité à rassurer Cavaco Silva qu'il allait accepter les six préalables du président pour être nommé premier ministre. Celles-ci incluent le maintien de la stabilité du système financier, une adhésion continue à la discipline fiscale de la zone euro, la présentation d'un budget d'État pour 2016 et le maintien de la participation dans l'OTAN.

L'élite dirigeante a signalé son accord. Le commissaire des affaires économiques de l'UE Pierre Moscovici a dit qu'il était «rassuré».

Le dirigeant de la Banque d'investissement portugaise Fernando Ulrich est sorti d'une rencontre de banquiers importants pour déclarer son appui à un gouvernement «de gauche» pour garantir la stabilité financière. Le Trésor portugais a pu vendre pour 1,5 milliard d'euros en obligations, ce qui a été décrit comme étant la vente la plus réussie de l'histoire du pays.

Dans son discours inaugural le 26 novembre, Costa a encore soutenu que son nouveau gouvernement serait «modéré» et qu'il respecterait les obligations du Portugal à l'égard de l'Europe et du monde. Il a déclaré, «nous avons eu la chance de faire part au président de la République que le résultat du cadre des ententes entre le Parti socialiste, le Bloc de gauche, et le Parti communiste et les Verts, garantit l'existence d'un gouvernement PS avec un appui majoritaire au parlement et les conditions pour gouverner avec son programme» [c'est nous qui soulignons]. Il a remercié ses nouveaux partenaires pour des négociations menées dans un «esprit constructif, loyal, sérieux et responsable».

Le jour suivant, le nouveau ministre des Finances Mário Centeno, un conseiller spécial de la Banque centrale portugaise, a démenti la promesse de Costa selon laquelle ils allaient respecter «la volonté de la majorité des Portugais de tourner la page sur l'austérité».

Centeno a souligné que le but principal de la nouvelle administration PS est de réduire le déficit budgétaire et la dette publique encore plus que le demande la Commission européenne. Il a déclaré que le déficit budgétaire de 3 pour cent attendu cette année serait réduit à 1,5 pour cent du PIB en 2019, comparé à la cible de la commission de 2 pour cent. La dette publique serait réduite d'environ 124 pour cent du PIB en 2016 à 112 pour cent en 2019, comparé à la cible de 117 pour cent de la commission.

Le directeur de la société de gestion d'actifs Schroder, Alan Cauberghs, a dit à Reuters qu'il était peu probable que le gouvernement PS puisse réduire le déficit budgétaire et augmenter les dépenses publiques, affirmant que «les deux sont mutuellement exclusifs».

En s'alliant au PS, le BE trahit consciemment les travailleurs et les jeunes du Portugal, spécialement ceux qui y voyaient un moyen de s'opposer à l'austérité. Ainsi, il ne fait qu'imiter ses homologues grecs dans Syriza, qui se sont également présentés comme des adversaires de l'austérité pour ensuite imposer des mesures d'austérité pires encore que celles de ses prédécesseurs. Cette fois-ci, le BE, en appuyant le PS, s'est rangé derrière l'austérité sans la moindre apparence de lutte.

La capitulation abjecte du BE est entièrement appuyée par le Secrétariat unifié pabliste, qui a aidé a créer le bloc en 1999, et dont les membres remplissent les hautes fonctions au sein de l'organisation. Dans International Viewpoint, Catherine Samary s'indigne devant des remarques de Stathis Kouvelakis, un dirigeant de la Plateforme de gauche de Syriza, maintenant Unité populaire.

Kouvelakis, qui partage la pleine responsabilité politique pour la trahison de Syriza, a néanmoins décidé d'offrir les «conseils d'un camarade aux camarades de la gauche radicale portugaise».

Il a déclaré que les actions du BE étaient suicidaires, et qu'«il est complètement fou d'imaginer même pendant une seconde» que le PS puisse suive une voie anti-austérité. «L'expérience grecque a également démontré qu'il n'existe pas de voie intermédiaire entre une confrontation totale et la capitulation», a-t-il ajouté cyniquement.

Samary a agressivement défendu l'orientation du BE envers un gouvernement PS pro-austérité, protestant: «On ne peut pas faire face à ces dilemmes difficiles avec les recettes d'hier.» Les ententes du BE avec le PS étaient des «promesses de réelles ruptures avec les politiques en cours au Portugal, ouvrant de nouvelles possibilités», a soutenu Samary.

Les seules nouvelles possibilités ouvertes sont pour l'avancement personnel de la pseudo-gauche aux dépens de la classe ouvrière. Ils utilisent simplement les apparences «de gauche» et «anti-austérité» qui leur restent pour les mettre au service de la bourgeoisie portugaise et défendre les intérêts des sections privilégiées des universitaires, des bureaucrates syndicaux, des parlementaires et professionnels «de gauche» auxquels ils appartiennent également.

(Article paru d'abord en anglais le 5 décembre 2015)