L'OTAN ordonne l'envoi de quatre bataillons supplémentaires à la frontière russe

Le secrétaire général de l’OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord), Jens Stoltenberg, a confirmé lundi que celle-ci allait envoyer 4.000 soldats supplémentaires en Europe de l'Est, prétendument pour rassurer la Pologne et les Etats baltes. « Nous nous mettrons d'accord pour déployer par rotation quatre bataillons multinationaux robustes dans les Etats baltes et en Pologne », a-t-il déclaré à des responsables de l’alliance.

Les États-Unis, l'Allemagne et la Grande-Bretagne contribueront chacun 1.000 soldats et le Canada doit confirmer son propre contingent de 1.000 soldats. Ces déploiements sont une des actions les plus provocantes prises par le haut commandement de l'OTAN dans le cadre de son renforcement militaire anti-russe, qui dure déjà depuis bien plus d’un an. De plus en plus irresponsables, les Etats-Unis et les élites dirigeantes européennes sèment les germes de la guerre sur tout le continent eurasien. 

L'annonce de ces nouveaux déploiements survient au moment où se déroule l'opération Anaconda 2016, plus de 30.000 soldats de l'OTAN mobilisés dans le plus grand exercice de guerre en Pologne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Quelque 12.500 de ces 30.000 soldats sont américains. 

Sous couvert de « déploiements rotatifs », l'OTAN a mis en place une force militaire permanente en Europe de l'Est. Présenté au public comme une réponse à « l'ingérence » russe en Ukraine et aux provocations alléguées de l'armée russe aux frontières d’Etats membres de l'OTAN, le but réel de ce fer de lance de l'OTAN est de préparer une invasion terrestre à la frontière occidentale de la Russie. 

Depuis le coup d'Etat de Kiev en février 2014, l'alliance impérialiste dominée par les Etats-Unis a exacerbé sans cesse la confrontation avec Moscou et jeté les bases d'une guerre à l'échelle du continent, visant à vaincre et à démembrer la Fédération de Russie. 

Le rassemblement massif et continu de troupes occidentales le long de la frontière russe réalise l’engagement du président américain Barack Obama de septembre 2014 que les puissances de l'OTAN et les États-Unis apporteraient une aide militaire « éternelle » aux pays baltes. Obama avait alors engagé l'alliance militaire la plus puissante du monde à mener une guerre contre la Russie si l'un des petits Etats baltes se disait attaqué par Moscou.

Une telle guerre, qui soulèverait immédiatement la perspective d'un affrontement entre les deux plus grandes puissances nucléaires au monde, serait lancée ostensiblement pour défendre certains des pays les plus petits et les moins peuplés d'Europe, gouvernés par des régimes d'extrême-droite et fanatiquement anti-russes. 

Les gouvernements des pays baltes encouragent activement les déploiements et appellent l’OTAN à l’envoi d’encore plus de matériel militaire en sus des vastes stocks de chars, d'artillerie et d'armes lourdes pré-positionnés par l’alliance dans toute l'Europe de l'Est depuis 2014. Soutenues par l'OTAN, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie mettent leurs pays sur un pied de guerre. Ils mettent leurs forces armées en état ​​d'alerte élevée, dans l’attente d’un appel à mobiliser contre la Russie.

Lundi, le responsable lituanien de la Défense, Juozas Olekas, a dit au journal britannique Daily Express que la Russie « pouvait mener des exercices sur les frontières, puis passer à l'invasion en quelques heures ». L'enjeu en Lituanie était « la crédibilité de l'ensemble de l'alliance », a déclaré le ministre lituanien des Affaires étrangères, Linas Linkevicius.

Le chef militaire de l'Estonie a déclaré que la défense de l'espace aérien estonien par l'OTAN devait être « avant toute autre chose » à l'ordre du jour de l'alliance et a exigé une présence permanente des troupes de l'OTAN dans le pays. « Ces forces sont en Estonie pour envoyer un message clair et sans équivoque à l'adversaire: ne cherchez pas de noises à l'OTAN », a-t-il dit.

L'accusation d’une « agression russe » visant l'Europe est un des principaux mensonges employés par l'impérialisme d’aujourd’hui. S’emparant de la sécession de la Crimée de l’Ukraine et de son intégration à la Fédération de Russie, suite au coup d’état occidental en Ukraine, l'OTAN a cherché à justifier ses préparatifs de guerre en les présentant comme une précaution défensive face au gouvernement Poutine, prétendument prêt à envahir l'Europe centrale.

Si les rodomontades militaires de la Russie, qui alternent avec des tentatives de compromis avec l'Occident, ne font qu'ajouter au danger de guerre, elles ont essentiellement un caractère défensif.

Lundi, citant des sources anonymes de l'OTAN, les médias britanniques ont accusé la Russie de « contourner l'accord de Vienne et de renforcer la quantité de ses troupes dans des lieux sensibles aux portes de l'Europe. » Annonçant des plans d’augmentation des dépenses militaires de 3 milliards de dollars par an, le secrétaire général de l'OTAN, Stoltenberg, a déclaré: « Voici qui enverra un signal clair que l'OTAN est prête à défendre tous ses alliés. »

L'impérialisme américain et européen est résolu à défendre les pays baltes car ils leur fournissent un prétexte et une zone de transit pour des opérations secrètes et militaires sur le flanc occidental de la Russie.

A Washington et dans certaines capitales européennes, des éléments puissants au sein de la bourgeoisie impérialiste conspirent activement pour concevoir de nouvelles provocations et des opérations de déstabilisation visant la Russie.

L'intégration à l'OTAN de l’ancienne république soviétique de Géorgie doit être une question centrale au sommet de l'OTAN, à Varsovie, le mois prochain. La Russie et le gouvernement pro-occidental de la Géorgie sont brièvement entrés en guerre en 2008 et Moscou s’est bruyamment opposé à l’adhésion de ce pays à l'alliance atlantique, dominée par les Etats-Unis.

L'intégration de la Géorgie faciliterait grandement une projection de la puissance des Etats-Unis et de l'OTAN sur le flanc sud de la Russie, dans le Caucase et le bassin de la Mer caspienne. L'annonce la semaine dernière d’opérations militaires américaines intensifiées en Afghanistan est elle, liée à des préparatifs pour frapper à partir de ce pays « le ventre mou » de la Russie, en Asie centrale, visant particulièrement les intérêts russes au Kazakhstan.

Le renforcement de l'OTAN en Europe de l'Est mène à un degré de frénésie militariste que l’on n’avait pas vu en Europe depuis les années 1930. Pendant les exercices de guerre en Lituanie cette semaine, alors que les forces armées allemandes et danoises s’entraînaient à prendre d’assaut la frontière russe, le colonel danois Jakob Larsen déclarait aux médias: « Vous voyez les choses différemment quand vous vivez ici. Nous devons réapprendre à mener la guerre totale. »

(Article paru en anglais le 14 juin 2016)

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