Dans la primaire, le PS fait appel à Macron et à Mélenchon

Par Anthony Torres
19 janvier 2017

Craignant un effondrement du PS aux élections présidentielles et une éventuelle défaite de l'ex-premier ministre Manuel Valls aux second tour des primaires PS, des sections de plus en plus larges du PS font appel à l'ex-ministre de l'économie Emmanuel Macron ou à l'ex-dirigeant du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon. C'est ce qui ressort du deuxième débat à la primaire du PS, deux fois moins suivi que le débat d'ouverture de la primaire PS avec 1,75 millions de téléspectateurs.

Macron et Mélenchon ont refusé de se présenter aux primaires PS. Toutefois, conscients que le PS se dirige vers une débâcle, avec un score pour le futur candidat PS inférieur à celui de Macron et Mélenchon, l'attention des candidats à la primaire du PS se focalise sur qui appuyer entre Macron et Mélenchon en vue de l'après présidentielle. En particulier, de larges sections du PS qui soutiennent le président Hollande tentent d'échapper à la débâcle en se liquidant vers une politique plus franchement à droite menée par l'ex-ministre de l'économie, sans étiquette.

Commentant pour Le Figaro le débat de dimanche soir, Thomas Guénolé, politologue et maître de conférences à Sciences Po affirme que « si ça continue comme ça dans les deux prochains débats, alors oui, Jean-Luc Mélenchon et Macron vont gagner la primaire du PS. ».

Manuel Valls, sur la station radio Europe 1, assure que s'il sort vainqueur de la primaire, il parlera avec Emmanuel Macron «pour créer les conditions du rassemblement».

Vincent Peillon, ancien ministre de l'éducation nationale, souhaite vouloir un rassemblement qui irait de «Macron à Mélenchon, en passant par Jadot. On n'est pas obligé quand on fait de la politique de ne penser qu'à sa boutique. Il y a l'intérêt de la France».

A propos de Mélenchon,Vincent Peillon souligne que «Jamais la gauche ne gouverne quand elle commence à faire des excommunications. ... Et je le dis aussi pour Jean-Luc Mélenchon, parce que si à un moment il veut entrer dans un rassemblement, c'est-à-dire pas uniquement faire l'idiot utile de la campagne de la droite et de l'extrême-droite, en faisant perdre la gauche, il faudra qu'il cesse de dire au parti auquel il a appartenu pendant plus de 20 ans qu'ils sont historiquement inutiles».

Macron et Mélenchon n'ont pour l'instant montré aucune volonté officielle de négocier avec le futur candidat du PS. Macron avait déjà refusé l'appel du dirigeant du PS, Jean-Christophe Cambadélis, à se présenter à la primaire organisée par le PS.

Selon Challenges, « L'entourage de Macron affirme notamment que les élus socialistes, par centaines, prennent contact pour se rallier le jour venu, la page de la primaire tournée, quand les sondages confirmeront que le candidat officiel du PS pourrait freiner Macron dans son accession au second tour de la présidentielle et ainsi servir de marchepieds au duo Fillon-Le Pen. ».

Toujours selon le magazine, « Quelques hiérarques socialistes "modérés" qui, en principe, auraient dû contribuer à sa campagne (Valls), laissent entendre et font comprendre qu'ils ont d'ores et déjà choisi l'ex-ministre de l'Economie- pas seulement Ségolène Royal et Jean-Marc Ayrault qui partagent une identique détestation de Valls. ».

Ségolène Royal, ministre de l'écologie, a confié qu'« une fois désigné le vainqueur de la primaire, je verrai en fonction de tout: de l'ambiance, du niveau de la primaire, de ce qui se passe, de ce qui se dit. Je n'ai aucune contrainte. Je ferai ce qui me semble le plus utile à la victoire de la gauche ».

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, n'écarte rien non plus : « Lorsque nous y verrons plus clair, lorsque toutes les candidatures seront sur la table, que les candidats auront leurs signatures, alors il y aura des choix à faire »

Selon certains de ses proches, le chef de l'Etat qui était au théâtre dimanche soir plutôt qu'à regarder le second débat de la primaire, pourrait lui-même être tenté par un tel ralliement. « François Hollande va probablement soutenir Macron », a déclaré au JDD un de ses vieux amis, l'avocat Dominique Villemot, un commentaire dont il s'est distancié quelques heures après.

Ceci met à nu les discussions internes au PS montrant la crise profonde dans laquelle se trouve se parti. Des sections plus larges du PS qui s'attendent à une débâcle de leur futur candidat se servent de la campagne des primaires organisé par le PS pour promouvoir une candidature plus à droite comme Valls, mais surtout Macron qui jouit du soutien du patronat et des médias comme alternative à Fillon et Marine Le Pen.

La difficulté rencontrée par les candidats à la primaire du PS pour stabiliser le PS et proposer un candidat capable d'être au second tour de la présidentielle a pour cause l'impopularite de la politique antiouvrière, antidémocratique et proguerre de François Hollande. Durant son quinquennat, ce dernier a mené une politique de guerre, d'assassinats ciblés inconstitutionnels et d'austérité, en s'appuyant sur la mise en place d'un Etat policier pour réprimer l'opposition des travailleurs à sa politique, notamment avec la loi travail.

Les candidatures à la primaire de Montebourg et de Hamon représentent les courants « frondeurs » du PS, qui ont mollement critiqué la politique de Hollande afin de lui donner une couverture sur sa gauche. Dans cette primaire, Montebourg et Hamon jouent le même rôle, à savoir, présenter le PS faussement comme un parti au sein duquel des forces continuent à mener une politique de gauche.

Benoit Hamon et Arnaud Montebourg considèrent qu'il faut discuter avec le candidat écologiste Yannick Jadot et Mélenchon, mais ne souhaitent pas négocier avec Macron pour évoquer une candidature unique.

Selon Benoit Hamon, Macron « ne peut pas se déclarer de gauche en remettant en cause les 35 heures, en développant les emplois précaires ou en remettant en cause l’ISF ».

Sur RTL, Mélenchon a attaqué « primaire d'anciens ministres". "Je ne partage pas le bilan du gouvernement Hollande (...) Ceux-là n'assument rien. Ils viennent et vous expliquent qu'il faudra voter pour eux parce qu'ils ne sont pas d'accord avec le type dont ils ont appliqué la politique. »

Ce commentaire souligne le peu de distance qui sépare Mélenchon, lui-même un ex-ministre PS de longue date, des candidats qui s'orientent vers le Hollande ou vers Macron. Ayant appliqué des politiques de guerre et d'austérité du président François Mitterrand aux années 1980 et 1990, avec lesquelles il prétendait ne pas être d'accord, Mélenchon a ensuite appelé à voter Hollande en 2012. Le discrédit qui pèse sur le PS touche donc également sa candidature.