Trump intimide son “allié” australien

Par Mike Head
6 février 2017

L’appel téléphonique menaçant du président américain Donald Trump au premier ministre australien Malcolm Turnbull cette semaine, qui a été divulgué aux médias, a encore révélé le caractère de voyou du nouveau gouvernement et le visage grossier de l’impérialisme américain.

Pendant l’appel, prévu pour durer une heure, Trump a réprimandé Turnbull au sujet d’un accord d’échange de réfugiés qui avait été négocié avec le gouvernement d’Obama, et puis a brusquement terminé la conversation après 25 minutes.

Cela avait pour but d’envoyer un message indéniable que « rendre sa grandeur à l’Amérique » signifie que les États-Unis vont imposer la loi tant à leurs ennemis qu’à leurs alliés.

Avant de raccrocher, Trump a expliqué à Turnbull, qui dirige le gouvernement de l’un des partenaires militaires les plus proches de Washington, que la conversation téléphonique était « de loin la pire » des cinq appels passés aux dirigeants mondiaux le jour même, y compris au président russe Vladimir Poutine.

Deux semaines après sa prise de fonctions, le nationalisme économique et le militarisme agressifs de « l’Amérique d’abord » de Trump envoient des ondes de choc politiques partout dans le monde. Non seulement le nouveau président a lancé des provocations et des menaces contre l’Europe, le Mexique, l’Iran et la Chine, il a délibérément posé un point d’interrogation sur un certain nombre de partenariats clés de Washington, notamment avec l’OTAN, l’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud et maintenant l’Australie dans la région Asie-Pacifique.

Trump a déclaré que le « pivot » militaire et stratégique américain vers l’Asie pour se confronter à la Chine, initié par son prédécesseur, Barack Obama et sa secrétaire d’État Hillary Clinton, n’a pas réussi à arrêter la montée en puissance de la Chine.

En raison de son emplacement stratégique, l’Australie est devenue un élément clé du « pivot » et une plate-forme pour les plans de guerre de Washington contre la Chine. Il abrite plusieurs bases critiques telles que l’installation d’espionnage par satellites à Pine Gap en Australie centrale et le port de Darwin au nord du pays, où un nombre croissant de marines américains arrivent par roulement chaque année.

Trump et son secrétaire d’État nouvellement confirmé, Rex Tillerson, ont déjà menacé de bloquer l’accès de la Chine aux îlots qu’elle contrôle dans la mer de Chine méridionale, ce qui constituerait un acte de guerre. Un tel conflit, qui serait un désastre pour les intérêts financiers des entreprises australiennes, pourrait rapidement se transformer en une guerre nucléaire.

Au cours du dernier quart de siècle, les gouvernements américains ont lancé une série interminable de guerres dans une tentative de contrer par des moyens militaires le déclin économique des États-Unis. Le gouvernement Trump représente une nouvelle étape qualitative dans ce processus. Son appel téléphonique à Turnbull visait à intimider Canberra, indiquant clairement qu’un gouvernement Trump ne tolérera aucune déviation dans sa préparation à la guerre contre ses cibles prioritaires, en premier lieu la Chine.

Au milieu de 2010, après que le Premier ministre travailliste australien Kevin Rudd eut suggéré que Washington soit plus commode au regard de la croissance économique et de l’influence croissante de la Chine, il fut écarté par un putsch du Parti travailliste orchestré par des éléments proches de l’ambassade américaine, dont l’actuel dirigeant travailliste Bill Shorten. En novembre dernier, Obama a délibérément divulgué le fait qu’il avait personnellement réprimandé Turnbull pour avoir omis de consulter Washington avant qu’une société chinoise se soit vue octroyée un bail de 99 ans pour exploiter le port de la marine marchande stratégique de Darwin dans le nord de l’Australie.

Trump et ses conseillers sont conscients du fait que Turnbull ait exprimé des réserves dans le passé sur le « pivot » en raison de ses implications pour les relations de l’Australie avec son principal partenaire commercial, la Chine. Jusqu’à présent, alors que les États-Unis ont envoyé des navires et avions de guerre dans les zones territoriales autour des îlots chinois de la mer de Chine méridionale, sous le faux prétexte de défendre la « liberté de navigation », le gouvernement de Turnbull, tout en adhérant soigneusement aux lignes principales du « pivot », s’est abstenu de faire de même.

Depuis 2010, chaque gouvernement australien a été conscient qu’il pourrait être rapidement déstabilisé et écarté par Washington. L’animosité publique de Trump envers Turnbull a déclenché les sonnettes d’alarme partout dans les médias et l’establishment politique en Australie et ailleurs dans le monde.

L’éditorial de samedi de l’Australian Financial Review a commencé : « Donald Trump est le visage mondial hideux du recul de la mondialisation et son remplacement par un nouveau nationalisme étroit. Deux semaines après son entrée en fonction, le nouveau président américain n’a pas tardé à faire la guerre contre le système d’accords commerciaux multilatéraux et les alliances militaires qui ont sous tendu la prospérité de l’Australie en une période de paix et de sécurité depuis la Seconde Guerre mondiale. »

Aux États-Unis, des éléments de l’establishment politique et militaire comme l’ancien candidat à la présidence du Parti républicain, le sénateur John McCain, ont critiqué l’hostilité de Trump envers Turnbull et se sont précipités pour assurer le gouvernement australien qu’il reste une partie intégrale du réseau stratégique et militaire américain. Même certains des membres du cabinet ministériel de Trump se sont sentis obligés de limiter les dégâts.

Le secrétaire à la Défense James « Mad Dog » Mattis, un ancien général, a déclaré qu’il veillerait à ce que l’Australie continue à « avoir une voix à Washington. » En réponse, Trump a publié un tweet hier en niant son mauvais traitement de Turnbull et en le remerciant pour « avoir dit la vérité à propos de notre conversation très civile au sujet de laquelle les médias FAKE NEWS (les fausses nouvelles) ont menti. »

De telles manœuvres sont entrées dans le mode opératoire de gangsters du gouvernement Trump. Mais quelles que soient les divisions dans les cercles dirigeants, la tendance sous-jacente est de plus en plus claire : Washington est sur la voie de la guerre.

En Australie, comme en Europe, les principaux commentateurs des médias, ainsi que les Verts et divers groupes de pseudo-gauches, cherchent à canaliser l’hostilité populaire généralisée aux politiques de Trump dans une direction nationaliste de « l’Australie d’abord ». Le rédacteur en chef de Fairfax Media, Peter Hartcher, jusqu’ici un partisan juré de la confrontation avec la Chine, a appelé hier à une politique étrangère plus « indépendante », déclarant « réveille-toi, l’Australie ! »

Ces appels, qui sont invariablement liés à des propositions de dépenses militaires accrues, ne servent qu’à subordonner les travailleurs et les jeunes australiens aux intérêts de profit et aux préparatifs de guerre de l’élite dirigeante nationale et à les opposer à leurs homologues ouvriers à l’échelle internationale.

Les travailleurs de tous les pays, y compris l’Australie, les États-Unis et la Chine, sont confrontés à la nécessité d’unifier leurs luttes à l’échelle internationale pour mettre fin à la source de la guerre – le système de profit capitaliste. Les travailleurs de tous les pays sont confrontés à la même menace de conflit militaire, accompagné d’assauts incessants contre leurs emplois, leurs conditions sociales et leurs droits démocratiques, auxquels on ne peut répondre que par le développement d’un mouvement mondial anti-guerre fondé sur un programme internationaliste, anticapitaliste et socialiste.

(Article paru en anglais le 4 février 2017)