L’administration de Trump accélère témérairement le conflit avec la Corée

Par Joseph Kishore et David North
18 avril 2017

Le danger d’un conflit militaire entre les États-Unis et la Corée du Nord a continué de se développer tout au long du week-end. Loin de chercher à atténuer les tensions entre les deux pays, l’Administration Trump a continué à employer une rhétorique qui signale la possibilité d’une action militaire imminente par les États-Unis.

Dimanche, la Corée du Nord aurait testé un missile balistique à moyen portée, mais ce lancement a échoué. Les médias américains spéculent qu’un sabordage caché organisé par les États-Unis peut en avoir été responsable. Les responsables de l’Administration Trump ont refusé de nier ou de reconnaître leur participation, mais les États-Unis développent des techniques de ce genre dirigées contre la Corée du Nord depuis plusieurs années.

Le conseiller national de sécurité de Trump, le lieutenant-général H. R. McMaster, a déclaré dimanche matin dans l’émission This Week [cette semaine] que : « la situation ne peut plus se poursuivre d’une telle manière ». Il a ajouté : « Le président a clairement indiqué qu’il ne va pas annoncer à l’avance exactement ce qu’il va faire. »

Cette ambiguïté délibérée au sujet des intentions américaines n’a d’autre but que d’augmenter les craintes nord-coréennes selon lesquelles une frappe militaire américaine préventive serait en cours de préparation. Cela augmente le risque que les événements s’échappent à tout contrôle.

Le fait que personne ne sache vraiment ce que l’administration Trump fera ensuite rend la situation encore plus dangereuse qu’au début de la guerre froide au début des années 1960. Au cours de la crise des missiles cubains de 1962, comme l’ont bien documenté les récits historiques : l’Administration Kennedy était extrêmement craintive que ses propres actes soient mal interprétés par l’Union soviétique ainsi précipitant un échange nucléaire.

Nulle préoccupation semblable n’est évidente aujourd’hui. En outre, le danger est intensifié par le fait que Trump s’est vanté d’avoir autorisé les commandants militaires locaux à ordonner les actions qu’ils jugent nécessaires. L’Administration a laissé savoir que la décision de la semaine dernière d’utiliser la « Bombe à effet de souffle d’artillerie lourde » (MOAB), la plus grande arme non nucléaire de son arsenal a été prise par des militaires en Afghanistan. Toute cible potentielle des États-Unis, que ce soit la Corée du Nord, la Chine, la Russie ou l’Iran, fait face aux innombrables décideurs potentiels, sans aucun moyen de déterminer qui est responsable.

Au-delà de l’administration Trump et des militaires, l’ensemble de l’establishment médiatique et politique aux États-Unis sont consommés par la fièvre guerrière. Les principaux journaux et réseaux de télévision ne font que reprendre la propagande gouvernementale. Il y a une absence totale d’évaluation critique de la rhétorique belliqueuse qui sort de Washington, et encore moins d’une évaluation franche des conséquences d’une guerre.

Le récit officiel du gouvernement entourant la confrontation avec la Corée du Nord est totalement incontesté. Dans la droite ligne de toutes les autres guerres lancées par les États-Unis au cours du dernier quart de siècle, le conflit s’explique dans les termes des plus absurdes et infantiles. Comme pour Noriega au Panama, Saddam Hussein en Irak, Milosevic en Serbie, Khadafi en Libye, Assad en Syrie et Poutine en Russie, Kim Jong-Un en Corée du Nord est présenté comme un « dictateur fou », provoquant une confrontation et menaçant la paix du monde. Le programme d’armes nucléaires et de missiles balistiques de la Corée du Nord est dénoncé comme une entreprise criminelle et folle, pour laquelle il n’existerait aucune explication rationnelle.

Dans ce récit frauduleux et cynique, il n’y a pas de référence à l’histoire de l’oppression impérialiste du peuple coréen : des 35 ans d’occupation coloniale japonaise brutale entre 1910 et 1945, ou de l’horrible prix que les États-Unis ont fait payer à la Corée du Nord pendant leur guerre entre 1950 et 1953 qui a entraîné environ 3 millions de morts coréens. Les médias américains ne font aucune référence au fait que pendant toute la guerre de Corée les militaires américains ont exercé une pression continue pour avoir le droit d’utiliser des armes nucléaires.

C’est un fait politique que la Corée du Nord est un petit pays, avec une longue histoire d’occupation et d’oppression des Grandes Puissances, qui est menacé de destruction par le plus grand État impérialiste du monde. Sans approuver de quelque manière que ce soit les politiques du régime de Pyongyang, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi il estime que les armes nucléaires sont essentielles pour sa survie. Dans un communiqué de l’agence de presse centrale coréenne de Pyongyang, un porte-parole de l’état-major général de l’armée populaire du Nord a déclaré : « Rien ne sera plus insensé si les États-Unis pensent qu’ils peuvent nous traiter comme ils ont traité l’Irak et la Libye, les misérables victimes de son agression, et la Syrie, qui n’a pas réagi immédiatement après avoir été attaquée. »

Derrière la menace américaine sur la Corée du Nord se trouve le conflit plus fondamental avec la Chine, que les responsables américains et les stratèges militaires considèrent comme un important concurrent économique et géopolitique à long terme. Au centre de la campagne sur la péninsule coréenne, on s’efforce d’imposer à la Chine, qui possède également des armes nucléaires, l’hégémonie américaine dans la région Asie-Pacifique.

Même si l’attention du monde se concentre sur l’Asie de l’Est, les États-Unis intensifient leur campagne contre la Syrie et la Russie, un autre point chaud qui pourrait susciter un conflit entre des puissances nucléaires.

Il y a une semaine à peine que l’Administration Trump ait lancé des frappes militaires contre la Syrie, s’emparant d’allégations toujours sans preuves selon lesquelles le gouvernement syrien aurait mené une attaque aux armes chimiques. Vendredi, les ministres des Affaires étrangères russe, iranien et syrien ont publié un communiqué déclarant que toute nouvelle attaque contre le gouvernement syrien aurait : « de graves conséquences, non seulement pour la sécurité régionale, mais aussi mondiale », ce qui pourrait provoquer une guerre mondiale.

La témérité de la politique étrangère américaine doit être vue dans le contexte d’une crise internationale plus large du système capitaliste mondial.

De plus en plus, la classe dirigeante américaine considère la guerre comme la seule solution pour sortir d’une série de crises internationales et domestiques interconnectées. Malgré les fanfaronnades sur la croissance économique, l’élite dirigeante est terrifiée par la possibilité d’une implosion déflationniste des bulles d’actifs qui se sont développées après la crise économique de 2008. Déjà, il y a des indications que les marchés commencent à piquer du nez et la volatilité financière augmente.

Les tensions économiques intensifient les conflits entre les grandes puissances impérialistes. L’Union européenne et l’alliance de l’OTAN se dégradent. L’Allemagne se réaffirme dans son rôle de puissance économique et militaire européenne et mondiale. Les forces nationalistes sont à la hausse dans le sillage de Brexit.

Des sections puissantes des élites dirigeantes américaines et européennes estiment que les pressions centrifuges qui menacent de détruire l’ordre mondial existant peuvent être contrées en identifiant et ciblant un ennemi commun. C’est un motif qui sous-tend la position de plus en plus agressive prise par les États-Unis et les principaux États européens envers la Russie.

Il y a encore un autre facteur critique qui conduit les États-Unis vers la guerre. La classe dirigeante est parfaitement consciente de l’énorme niveau de mécontentement social. La guerre est considérée comme un moyen de diriger les tensions sociales vers l’extérieur, tout en créant le cadre pour la répression et la criminalisation de l’opposition sociale et politique.

En dépit de la propagande implacable des médias de l’establishment, il y a une opposition à la guerre, et une méfiance profonde envers le gouvernement. Mais le sentiment anti-guerre ne trouve aucune expression dans le cadre de la politique officielle. Le Parti démocrate mène la campagne hystérique contre la Russie et exige l’escalade des opérations militaires en Syrie. La semaine dernière, les démocrates se sont précipités pour soutenir les frappes aériennes en Syrie, la campagne contre la Corée du Nord et le largage de la bombe massive MOAB en Afghanistan.

La grande majorité de la population mondiale sait que la guerre est une folie et qu’un conflit impliquant des armes avancées – nucléaires ou non-nucléaires – doit conduire à une catastrophe. La perspective d’une guerre majeure est tellement horrible que les gens ordinaires ne peuvent pas penser que cela peut arriver. D’une manière ou d’une autre, veulent-ils croire, les gouvernements s’éloigneront du précipice.

Mais cet espoir est une illusion. Le danger de la guerre est enraciné dans la nature même du capitalisme, de l’impérialisme et du système des États-nations. La témérité des dirigeants politiques, leur volonté de prendre des risques incroyables avec la vie de millions de gens, est une expression subjective d’une crise objective.

Un quart de siècle de guerre sans fin et quinze ans de « guerre contre le terrorisme » se transforment en un affrontement impliquant des puissances nucléaires majeures. Même si les crises actuelles n’engendrent pas une telle guerre, une autre crise suivra.

L’opposition à la guerre impérialiste doit être enracinée dans la classe ouvrière, aux États-Unis et à l’international. C’est la classe ouvrière qui paiera la guerre en vies et en moyens de subsistance.

Les dépenses consacrées à l’appareil militaire massif seront payées par la destruction des soins de santé, des retraites, des salaires et des programmes sociaux. La classe ouvrière, unifiée à l’échelle internationale sur un programme anticapitaliste, est la seule force sociale qui puisse mettre un terme à la folie qui menace toute la race humaine.

Il n’y a qu’une seule façon de stopper la guerre, et c’est grâce à la mobilisation politique de dizaines de millions de travailleurs et de jeunes aux États-Unis et dans le monde entier contre les bellicistes capitalistes et impérialistes.

Le Parti de l’égalité socialiste et les Jeunes et Étudiants internationaux pour l’égalité sociale, en solidarité avec ses organisations fraternelles à travers le monde, appellent à l’organisation de rassemblements de protestation et de réunions dénonçant les politiques de guerre des élites dirigeantes. Il est essentiel de construire un mouvement anti-guerre international, s’appuyant sur une politique socialiste. La lutte contre la guerre doit être portée à toutes les manifestations et manifestations d’opposition, y compris les manifestations coordonnées à l’échelle internationale le 22 avril contre l’attaque de la science. La défense de la science, de la raison, du progrès et de l’humanité elle-même est inséparable de la lutte contre la guerre.

Le 30 avril, le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) organise son rassemblement international annuel de la Journée internationale des travailleurs. Au cœur de ce rassemblement se trouve la lutte contre la guerre impérialiste. Le CIQI appelle tous les lecteurs du World Socialist Web Site à y assister et à construire ce rassemblement. Organisez des réunions et des manifestations contre la guerre dans les universités et dans vos quartiers. Aidez à lutter contre la guerre dans tous les usines et lieux de travail.

Les mêmes contradictions qui produisent la guerre impérialiste produisent également la base objective de la révolution socialiste. La nécessité urgente est d’organiser et de mobiliser politiquement la classe ouvrière, de relier la lutte contre la guerre à la lutte contre les inégalités sociales, la répression politique et le système capitaliste.

(Article paru d’abord en anglais le 17 avril 2017)