Les États‑Unis et la Corée du Sud insistent sur leur alliance après l’essai de missile nord‑coréen

Par Ben McGrath
16 mai 2017

Les relations entre Washington et le nouveau gouvernement sud-coréen du président Moon Jae-in ont été vite mises à l’épreuve après que la Corée du Nord a lancé un missile balistique dimanche matin, le même jour qu’un forum économique parrainé par la Chine à Beijing. Au cours de la campagne électorale de Moon, et dans la semaine de son élection, lui et son Parti démocrate de Corée (DPK) ont exprimé l’espoir de discussions avec Pyongyang, ce qui a conduit à la spéculation que la nouvelle stratégie de Séoul pourrait entraver son alliance avec les États-Unis.

Le tir d’essai du Nord a eu lieu à 17 h 27, sur un site situé à environ 100 kilomètres au nord de Pyongyang. C’est le même endroit où un autre tir d’essais avait eu lieu le 12 février, d’un missile balistique de portée intermédiaire Pukguksong-2. Ce dernier missile, qui selon Pyongyang pourrait être équipé d’une ogive nucléaire, a volé sur 700 kilomètres pendant environ 30 minutes avant de s’écraser en mer du Japon. Les autorités japonaises ont déclaré qu’il avait atteint une altitude de plus de 2000 kilomètres et ont suggéré qu’il pourrait s’agir d’un nouveau type de projectile.

Soulignant l’imprudence des actions du régime nord-coréen, des sources américaines ont affirmé que le missile s’est écrasé à peine à 100 kilomètres de la côte de la ville russe de Vladivostok. CNN a signalé que la Russie avait mis ses systèmes de défense antimissiles et de représailles en état de « préparation au combat ».

Washington et Séoul ont rapidement dénoncé ce tir. La Maison Blanche a qualifié la Corée du Nord de « menace flagrante ». Elle a ajouté : « Laissez cette dernière provocation servir d’appel à toutes les nations pour mettre en place des sanctions beaucoup plus fortes contre la Corée du Nord ». La déclaration a également souligné que les États-Unis travaillaient en étroite collaboration avec la Corée du Sud et le Japon pour « maintenir notre engagement dur comme fer de rester aux côtés de nos alliés ».

Bien que la rhétorique soit conforme aux déclarations précédentes de Washington, elle est un peu moins belliqueuse que le mois dernier où l’administration Trump avait menacé des frappes militaires sur le Nord s’il devait effectuer un autre essai nucléaire ou de missile balistique intercontinental (ICBM). Nikki Haley, l’ambassadrice des États-Unis aux Nations Unies, a déclaré au programme This Week de ABC : « Faire un essai de missile n’est pas une façon de s’asseoir avec le président, car il ne le fera absolument pas. Jusqu’à ce que [le chef nord-coréen Kim Jong-un] accepte nos conditions, nous ne nous asseyons pas avec lui ». Elle a menacé que les États-Unis allaient « serrer la vis » à Pyongyang.

Tout en ne nommant pas Séoul, Haley a de nouveau écarté dans un tweet la notion de discussions avec Pyongyang pour l’instant : « Il n’y a pas d’excuses qui justifient les actions de la Corée du Nord. C’était proche de la Russie. La Chine ne peut pas s’attendre à un dialogue. Cette menace est bien réelle. »

Trump et le président Moon ont tous deux proposé la possibilité de dialoguer avec le Nord, mais seulement dans les bonnes conditions. Le tir pourrait être une réponse aux récentes discussions dites « Track 2 » entre d’anciens responsables américains et des représentants nord-coréens en Norvège. L’administration Trump exige que la Corée du Nord accepte d’abandonner ses programmes nucléaires et antimissiles avant des discussions formelles – un prix que Pyongyang semble estimer comme trop élevé.

Au cours d’une séance du Conseil national de sécurité de Séoul, Moon a déclaré : « La porte reste ouverte pour dialoguer avec la Corée du Nord, mais nous devons agir de manière décisive contre les provocations nord-coréennes afin de ne pas nous tromper dans nos calculs ». Il a ajouté : « Nous devons montrer que le dialogue est possible lorsque le Nord change d’attitude. » Lui et le DPK au pouvoir considèrent depuis longtemps le développement de relations plus étroites avec Pyongyang comme un moyen d’accéder à une main-d’œuvre nord-coréenne bon marché, comme ce fut le cas au Complexe industriel de Kaesong, qui fut fermé sous l’ancien président Park Geun-hye.

La situation reste instable et imprévisible. L’administration Trump, confrontée à la pression intense du Parti démocrate et des médias, lors du limogeage du directeur du FBI James Comey et des allégations de liens avec la Russie, pourrait bien s’engager dans une aventure militaire contre la Corée du Nord pour détourner l’attention de ses crises intérieures. Une provocation majeure par le Nord, comme l’essai d’un engin nucléaire, pourrait également déclencher un conflit ouvert.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré qu’il « s’oppose aux activités de lancement pertinentes de la Corée du Nord qui sont contraires aux résolutions du Conseil de sécurité », mais a appelé toutes les parties à faire preuve de retenue et à éviter une nouvelle escalade des tensions dans la région.

Pékin se préoccupe à juste titre du fait que Washington utilise chaque action belliqueuse prise par la Corée du Nord pour augmenter sa présence militaire dans la région, qui a inclus l’envoi de groupes d’attaque navals, tels que celui mené par le porte-avions USS Carl Vinson ; et l’installation de la batterie antimissile THAAD en Corée du Sud. La supposée menace de la Corée du Nord fournit également la justification au gouvernement d’Abe à Tokyo pour accélérer la remilitarisation de l’impérialisme japonais.

Depuis que Moon a pris ses fonctions le 10 mai, il souligne l’alliance avec Washington en tant que « fondation » des politiques diplomatique et de sécurité de la Corée du Sud. Il a parlé avec Trump pour son premier appel téléphonique avec un leader étranger après les élections, déclarant : « L’alliance États-Unis-Corée du Sud est plus importante qu’à tout autre moment, compte tenu des incertitudes croissantes sur la situation de sécurité de la péninsule coréenne ». Les deux camps ont missionné des envoyés pour ouvrir la voie à un sommet et Moon envisage de rencontrer Trump à Washington dans les plus brefs délais.

En même temps, Moon tente de réparer les liens avec la Chine sur le placement de THAAD en Corée du Sud, ce qui a mis en colère Pékin et conduit à des actions économiques de représailles. Celles-ci incluent la fermeture de magasins appartenant à la Corée du Sud en Chine et une baisse des ventes pour d’autres entreprises sud-coréennes.

« Je suis conscient des intérêts de la Chine (concernant THAAD), et nous devrions travailler ensemble pour mieux nous comprendre », a déclaré Moon au président chinois Xi Jinping, le deuxième chef étranger avec lequel a parlé par téléphone. « J’espère que vous faites attention à nos entreprises en difficulté en Chine. La question de THAAD serait plus facilement résolue seulement si la Corée du Nord ne mène pas d’autres provocations », a-t-il affirmé, faisant écho à la demande de Washington que Pékin exerce davantage de pression sur le Nord.

Après l’élection de Moon, le gouvernement chinois a invité une délégation sud-coréenne à assister au Forum Belt and Road pour la coopération internationale qui a lieu dimanche et lundi. (One Belt, One Road – OBOR, est présenté comme la « nouvelle route de la Soie » par la Chine). Séoul a décidé d’y envoyer un groupe dirigé par Park Byeong-seok du DPK au pouvoir. Les deux parties devraient discuter de THAAD et de la Corée du Nord en marge de l’événement. Park a également parlé brièvement avec Kim Yong-jae, le chef de la délégation de Pyongyang.

Les milieux gouvernementaux des États-Unis craignent que ou la Corée du Nord ou la Chine puissent amener des divergences entre Washington et Séoul. Écrivant dans la revue Foreign Policy, Jon Wolfsthal, ancien haut responsable de la non-prolifération du Conseil de sécurité nationale, et Abraham Denmark, ancien sous-secrétaire adjoint de la défense, ont mis en garde : « Un élément clé de la plate-forme électorale de Moon était de redémarrer une politique d’engagement envers la Corée du Nord » qui « entreraient immédiatement en conflit avec la volonté croissante de Washington d’étouffer et d’isoler la Corée du Nord comme jamais auparavant ». Ils ont conseillé à l’administration Trump de continuer sa stratégie coordonnée avec Séoul, en disant que, sans Séoul, il serait impossible de mettre une « pression réelle » sur Pyongyang.

Cependant, dans un autre signe du programme militariste de Washington, la CIA a annoncé mercredi dernier qu’elle avait mis en place un Centre de mission en Corée visant à exploiter « les ressources, les capacités et les autorités de l’Agence », contre la Corée du Nord. L’ancien analyste principal de la CIA, John Nixon, a déclaré qu’il croyait que la coopération avec le Service national de renseignement du Sud serait « très élevée ».

Les Forces américaines de Corée ont aussi créé récemment une nouvelle unité, le 524 Bataillon de renseignement militaire, visant à rassembler des informations humaines sur le Nord, supposément par des contacts, tels que des transfuges et d’autres personnalités politiques de haut niveau d’autres pays qui ont visité la Corée du Nord.

L’annonce de la CIA pourrait également expliquer les raisons de la visite de son directeur, Mike Pompeo, en Corée du Sud fin avril. L’impérialisme américain appuie des opérations encore plus coordonnées avec l’armée sud-coréenne et les agences de renseignement, car il continue de se préparer à la perspective de la guerre avec la Corée du Nord et, en fin de compte, avec la Chine.

(Article paru en anglais le 15 mai 2017)