Élections législatives françaises : Mélenchon se rapproche de Macron

Par Kumaran Ira
3 juin 2017

Moins de deux semaines avant le premier tour des élections législatives françaises, la perspective d’opposition au programme du président Emmanuel Macron proposé par Jean-Luc Mélenchon, chef de file de la France insoumise (FI), s’effondre. C’est ce qui ressort d’un examen de son entretien mardi dans Le Parisien.

Bien qu’il ait reçu 7 millions de voix au premier tour des élections présidentielles grâce à ses critiques de la guerre, Mélenchon a rejeté une politique révolutionnaire de mobilisation d’une lutte de la classe ouvrière contre le nouveau président. Bien que la plupart de ses partisans se soient prononcés pour un refus de voter à la fois pour Macron et la candidate néo-fasciste Marine Le Pen, il a refusé d’appeler à un boycott – la position avancée par le Parti de l’égalité socialiste (PES). Dans une abdication de responsabilité politique éhontée, Mélenchon a refusé de prendre position sur le deuxième tour de l’élection présidentielle.

Au lieu de cela, il a proposé une stratégie parlementaire, affirmant, malgré toute preuve du contraire, que la FI gagnerait les élections législatives et formerait un gouvernement, afin que Mélenchon puisse mener une lutte militante contre Macron en tant que Premier ministre. Cette semaine, cependant, Mélenchon abandonne de plus en plus ces prétentions et vire rapidement vers la droite. Il a précisé dans Le Parisien qu’il se prépare à agir en minorité à l’Assemblée nationale et à fournir des conseils amicaux sur l’ordre du jour législatif de Macron.

Dans une situation où les sondages donnent à la FI seulement 12 pour cent d’intentions de vote, en baisse par rapport au score de 20 pour cent à l’élection présidentielle, Mélenchon a déclaré que : « si son mouvement n’emportait pas la majorité, il se poserait en leader de l’opposition dans un pays qui est, selon lui, « une poudrière ». » C’est-à-dire qu’il vend des illusions selon lesquelles il peut obtenir des concessions de Macron même si la FI n’a qu’une poignée de députés à l’assemblée.

Mélenchon a déclaré qu’il rencontrerait le ministre de la Justice de Macron, François Bayrou, pour discuter de la loi de « moralisation » de la politique française : « On va être proposant et conquérants. Je dois voir M. Bayrou demain matin (ce mercredi). Je vais proposer une mesure simple, c’est de donner au peuple le pouvoir de révoquer des élus. C’est dans mon programme. S’il reprend ma mesure, je dirai bravo et je voterai la loi ! S’il ne la prends pas […] on attendra de voir ce qu’il y a dedans. »

L’objectif d’une telle réunion est de fournir une couverture politique pour la propagande creuse pro-Macron dans les médias, qui affirme que Macron renouvelle la politique française et la purge de la corruption financière. Cela fut lancé alors que cette propagande se heurtait à son premier obstacle majeur : des allégations selon lesquelles l’assistant et ministre de l’urbanisme de Macron, Richard Ferrand, aurait profité de façon inappropriée d’affaires immobilières il y a six ans, alors qu’il gérait une caisse d’assurance publique en Bretagne.

Dans Le Parisien, Mélenchon a précisé que son mouvement « travaillerait avec le gouvernement Macron à l’Assemblée nationale, en particulier si La République en marche (REM) de Macron gagnait une majorité législative. « Si c’est M. Macron qui l’emporte, nous proposerons la formation d’un véritable Front populaire, de résistance sociale et de proposition. Avec les forces syndicales, associatives, politiques et culturelles. Cette résistance commence d’abord à l’Assemblée nationale. » a déclaré Mélenchon.

Mélenchon est bien conscient que Macron a l’intention d’imposer son programme par ordonnances, il veut des coupes claires dans les emplois et les avantages sociaux, faire des augmentations majeures des dépenses militaires et un retour du service militaire obligatoire – d’une manière autoritaire, par décret, sous l’état d’urgence. Ce programme est largement impopulaire en France, et en particulier dans la classe ouvrière. Avec la montée de la colère sociale en France et en Europe, Mélenchon sait qu’il doit se préparer à une éruption de la lutte des classes.

Il a dit au Parisien : « S’il [Macron] gagne, je pronostique qu’il fera l’objet rapidement d’un rejet très violent de la part de la société. Car une augmentation de la CSG ou la « superloi » El Khomri qu’il veut faire sur le Code du travail conduiront à un choc social de première grandeur. »

Le programme de Mélenchon n’envisage cependant pas de s’opposer à l’état d’urgence et d’armer les ouvriers avec une perspective pour les luttes explosives et amères qui s’annoncent. Plutôt, il a insisté sur l’idée que l’opposition sociale devait être canalisée par les députés de la FI à l’Assemblée nationale. « Nous travaillerons avec des syndicats, des ONG, des forces politiques et culturelles », a-t-il déclaré. « Cette résistance commence d’abord à l’Assemblée nationale. Je pense que personne n’aura de majorité absolue. »

Un fossé de classe sépare le PES, la section française du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), de la perspective de Mélenchon. Le PES a appelé à un boycott actif du second tour des élections présidentielle entre Macron et Le Pen pour proposer une ligne politique indépendante pour la classe ouvrière et l’avertir des politiques réactionnaires, militaristes et antidémocratiques que Macron mènerait une fois président. Elle proposait le développement d’une l’opposition révolutionnaire à la guerre et à l’austérité dans la classe ouvrière et cherchait à lui donner une perspective socialiste et internationaliste.

Déjà, quelques semaines seulement après l’élection de Macron, une grève des chauffeurs de camions-citernes a commencé en France. Pourtant, Mélenchon, comme les bureaucraties syndicales, ne demande pas une lutte plus large de la classe ouvrière à l’appui des chauffeurs, mais cherche à négocier des ajustements dans la politique de Macron. Il n’y a qu’une qualification correcte de cette stratégie : c’est un piège pour la classe ouvrière.

Mélenchon ne représente pas une alternative à Macron ni au parti socialiste discrédité (PS) de l’ancien président François Hollande, mais une faction de cette élite dirigeante discréditée. Un ancien étudiant radical qui a rejoint l’Organisation communiste internationale (OCI) après qu’elle avait rompu avec le trotskysme et le CIQI en 1971 dans le but d’aider à construire le PS, Mélenchon a ensuite rejoint le PS. Dans les années 1980, il est devenu sénateur, puis ministre, avec des liens de haut niveau avec les milieux du renseignement et de l’armée.

Les forces avec lesquelles Mélenchon formerait sa prétendue alliance contre Macron, comme le Parti communiste français (PCF) stalinien, ont des liens depuis des décennies avec le PS et ne s’opposent pas à Macron, comme le sait bien Mélenchon. En fait, au milieu des luttes de factions avec le PCF sur l’opportunité d’organiser une alliance législative commune, Mélenchon a envoyé un SMS aux responsables du PCF les dénonçant comme des outils de Macron.

Il a écrit : « Vous créez la confusion dans tout le pays en vous appropriant mon portrait et mon nom sans parler du logo front de gauche ! Bravo « l’identité communiste ». Tout ça après des mois d’injures et de manœuvres pouf [sic] saboter ma campagne. Et vous recommencez ! Vous êtes la mort et le néant. 10 mois pour me “soutenir”, 10 minutes pour soutenir Macron. Sans oublier les accords que vous ne respectez pas. J’en ai assez. »

Maintenant, cependant, Mélenchon propose de créer un regroupement de l’ensemble du milieu de la bourgeoisie supérieure des bureaucrates syndicaux, des fonctionnaires des ONG et des médias et des fonctionnaires politiques dont le PCF fait partie intégrante, mais supposément pour s’opposer à Macron. C’est une fraude politique.

Les travailleurs doivent être prévenus : malgré sa rhétorique occasionnellement radicale, Mélenchon s’oppose au socialisme et à toute tentative de dresser un bilan politique de la faillite du PS. Dans son livre L’Ère du peuple, publié pour la première fois en 2014, il a déclaré la fin du socialisme, de la classe ouvrière et de la gauche, et a prôné un nationalisme populiste. Il s’est opposé à la construction d’un mouvement de gauche fondé sur la classe ouvrière contre le capitalisme.

La préparation essentielle aux luttes à venir contre le programme de guerre de Macron et de la réaction sociale est une rupture politique consciente avec cette perspective démoralisée et en faillite.

À lire également :

De la pseudo-gauche à la nouvelle droite : le parcours de Jean-Luc Mélenchon

[18 octobre 2014]

(Article paru en anglais le 2 juin 2017)