Le Parti de gauche allemand : un parti du militarisme et de la guerre

Par Johannes Stern
15 septembre 2017

Le Parti de gauche tente de se présenter dans la campagne électorale fédérale allemande en tant que parti de paix et un adversaire du militarisme et de la guerre. Sa campagne exprime « le désir de justice sociale et de paix », déclare-t-il en gros caractères sur son site web électoral. L’une de ses affiches électorales déclare : « Paix. Désarmement ! Arrêtez les exportations d’armes ! » Les candidats du parti se présentent régulièrement dans les discours du dimanche en tant qu’opposants des interventions militaires à l’étranger et du militarisme allemand.

Un entretien récent accordé par le candidat principal Dietmar Bartsch à l’Association allemande des forces armées (DBwV) précise comment ces revendications doivent être envisagées. Le fait même que Bartsch ait donné un entretien au DBwV montre que le Parti de gauche, comme tous les partis capitalistes allemands, est pleinement intégré au militarisme allemand et joue un rôle central dans le retour de l’Allemagne à une politique étrangère agressive.

Le DBwV se considère comme « l’unité indépendante et l’organisation de pointe pour représenter au parlement, au gouvernement, devant la société et le public en Allemagne et dans toute l’Europe les intérêts généraux, spirituels, sociaux et professionnels de tous les soldats d’active et retirés des forces armées allemandes, des employés civils de l’armée, des réservistes et des volontaires militaires, ainsi que de leurs proches et des membres de leur famille qui leur survivent. »

L’association s’appuie sur une identité et une tradition explicitement militaristes et a été fondée en 1956 par des officiers qui avaient servi dans la Wehrmacht, les forces armées allemandes sous les nazis. Le premier directeur des opérations était le lieutenant-colonel Karl-Theodor Molinari, qui a été impliqué dans des crimes de guerre horribles pendant la Seconde Guerre mondiale. Peu de temps après que les forces alliées ont débarquées en Normandie, des soldats sous le commandement de Molinari ont exécuté par balles 100 prisonniers de la Résistance française emprisonnés dans une forêt près des Hauts Buttés dans les Ardennes.

Bien que Molinari ait été condamné à mort par un tribunal militaire français à Metz le 13 avril 1951, le DBwV continue de l’honorer à ce jour en tant que père fondateur. Il maintient la Fondation Karl-Theodor Molinari, qui, comme le DBwV dans son ensemble, est actuellement dirigée par le lieutenant-colonel Andrè Wüstner. Wüstner est l’un des éléments clés du virage militariste de la politique étrangère allemande et appelle constamment à un renforcement militaire majeur. Il a demandé que le budget de la défense soit augmenté à « au moins 45 milliards d’euros » immédiatement après les élections, et le nombre de soldats à 198 000. Les troupes ne sont actuellement « prêtes pour la défense et le déploiement que dans une certaine mesure », a-t-il affirmé.

Bartsch a qualifié le Parti de gauche dans l’entretien avec le DBwV de parti qui représenterait fermement les intérêts des soldats. À la question « Pourquoi les soldats devraient-ils voter pour le Parti de gauche ? » Bartsch a répondu : « Parce que nous avons le meilleur programme et le meilleur personnel. » Le parti de gauche « a toujours soutenu les soldats qui sont revenus et qui continuent toujours de revenir blessés des déploiements étrangers. Nous avons soutenu leurs revendications légitimes et continuerons de le faire, tout comme en général, nous défendons les besoins sociaux des soldats. »

Bartsch n’a pas présenté d’opposition de principe aux interventions de combat de l’armée, en aucun cas. Au contraire, lorsqu’on lui a demandé « est-ce que vous voyez des contributions positives des soldats, en particulier dans les interventions étrangères ? », il a répondu : « Les soldats accomplissent certainement des réalisations individuelles positives : le sauvetage des naufragés en Méditerranée en est un exemple. Nous ne doutons pas du fait qu’ils souhaitent faire “du bien”. »

Mais la question n’est pas « morale, mais politique : est-il bon de charger des soldats d’opérations de sauvetage pour lesquelles ils ne sont pas formés ? Ou de les mettre dans la situation impossible en Afghanistan où ils essaient de faire de la médiation au niveau local, même s’ils sont considérés comme faisant partie de la bande guerrière de l’OTAN ? »

Les commentaires de Bartsch en disent long sur le caractère pro-militariste du Parti de gauche. Comme les partis gouvernementaux allemands et les Verts, il dépeint les forces armées comme une « armée de paix humanitaire », qui « sauve » et qui « assure la médiation ». Pourtant, le Parti de gauche sait très bien que la Bundeswehr, comme ses prédécesseurs – le Heer sous le Kaiser et la Wehrmacht sous Hitler – est une armée interventionniste impérialiste qui attaque des pays pour poursuivre des intérêts géopolitiques et économiques précis et qui commet des crimes de guerre horribles.

La principale peur de Bartsch en Afghanistan c’est une intensification de la résistance à l’occupation étrangère. Par exemple, il affirme que la dernière attaque terroriste contre l’ambassade d’Allemagne à Kaboul montre que « les soldats allemands sur les déploiements étrangers ne sont finalement pas considérés comme des sauveteurs, des médiateurs ou des foreurs de puits, mais souvent comme quelque chose de différent ». Bartsch est préoccupé par l’opposition populaire croissante à la guerre en Allemagne. Si l’affaire « Franco A. » – c’est-à-dire la découverte des réseaux terroristes néo-nazis dans les forces armées – n’est « pas complètement éclaircie » et que « des conséquences dans le personnel » ne suivent pas, cela va nuire « à la confiance de la société dans la composition démocratique de l’armée. »

Bartsch n’a laissé aucun doute que, en tant que partie d’une coalition rouge-rouge-vert dirigée par le candidat social-démocrate au poste de chancelier Martin Schulz, le Parti de gauche était prêt à assurer la « confiance » dans l’armée et à assumer la responsabilité militaire. « Si, après les élections, une coalition sans les partis conservateurs CDU-CSU est mathématiquement possible, nous serons disponibles pour des pourparlers », a promis Bartsch. « Plus le résultat obtenu par le parti de gauche lors des élections sera bon, plus notre mandat sera renforcé pour une politique étrangère et de défense différente. »

Le programme caché derrière cette politique étrangère et de défense « différente », ou rouge-verte-rouge, se voir dans l’entretien que Schulz a accordé au DBwV. « Nous avons besoin d’une armée où les meilleurs cerveaux prennent des décisions et des troupes préparées aux crises sont prêtes à se déployer. Pour cela, nous devons mieux équiper l’armée en personnel et en matériel », a déclaré le candidat social-démocrate, avec lequel Bartsch est tellement désireux de former une coalition. Il est clair que « l’armée aura besoin de plus d’argent, des milliards », a ajouté Schulz

Toutes les phrases du Parti de gauche sur « la paix » et le « désarmement » ne peuvent dissimuler le fait que le parti soutient ce programme de réarmement massif. « L’objectif est de mettre l’armée dans une position où elle peut s’acquitter de ses obligations conformément à la Loi fondamentale [constitution] et à la défense nationale », a souligné Bartsch. Mais assurer la « défense nationale » est le mot de code pour le renforcement militaire majeur prévu pour les années à venir !

Selon les « Directives conceptuelles préliminaires du ministère de la Défense pour le profil de la capacité de la Bundeswehr », l’objectif principal devrait être « un renversement radical de l’accent mis par la Bundeswehr sur les interventions à l’étrange r », déclare un article sur le site Web du DbwV.

Les tâches devraient être « dirigées principalement vers la défense nationale et de l’alliance ». Concrètement, cela signifie que « la Bundeswehr, dans les domaines de l’armée terrestre, de l’armée de l’air et de la marine, doit se développer sensiblement pour être à la hauteur des nouvelles exigences. Selon ce document, il faudrait des capacités de défense globales sur terre, en mer, dans l’air, dans l’espace et dans le cyberespace ».

(Article paru en anglais le 14 septembre 2017)