Les donateurs du Parti démocrate acheminent des millions de dollars à des groupes de protestation

Par Tom Hall
17 octobre 2017

Un article du New York Times intitulé «La ''résistance'' et beaucoup d'argent bousculent les politiques libérales» détaille comment les donateurs milliardaires et millionnaires du Parti démocrate donnent des millions à des groupes de protestions prétendument de gauche et progressistes qui gravitent autour du parti démocrate.

«Cela a commencé comme un mouvement de protestation combatif de la base contre le président Trump» amorce l'article, «mais maintenant la prétendue résistance attire des chèques de 6 à 7 chiffres de la part d'importants donateurs libéraux, posant un risque réel aux plus vénérables institutions de la gauche – et au Parti démocrate lui-même».

L'article fait la lumière sur les efforts d'un groupe particulier, la Democracy Alliance, que le Times décrit comme «un club de libéraux fortunés» qui a donné plus de 600 millions $ depuis 2005 et «a contribué à former la gauche institutionnelle». Depuis l'élection de Trump, le groupe a changé ses priorités de financement des organisations bien établies qui ont appuyé Hillary Clinton lors des primaires de 2016 vers un ensemble de nouveaux groupes «anti-Trump». Leur but est de renforcer les prétentions de gauche du Parti démocrate, d'endiguer l'opposition sociale et de bloquer le développement d'un intérêt envers le socialisme parmi des dizaines de millions de travailleurs et de jeunes.

«La Democracy Alliance a fait connaître son “réseau de la résistance” à ses donateurs en juillet, incluant de nouveaux groupes centrés sur la canalisation du mouvement anti-Trump en gains électoraux, tels que Flippable, Swing Left et Sister District, également les groupes de défense des droits et autres qui servent à mobiliser les protestataires, comme la Marche des femmes et Indivisible», note l'article.

Indivisible, indique le Times, a été capable de s'étendre, partant de rien de plus qu'un simple document texte en ligne détaillant comment «résister» à l'administration Trump, à une organisation nationale de «40 employés permanents, avec plus de 6000 centres de bénévolat à travers le pays», ainsi que deux organisations à but non lucratif qui lui sont associées et ont amassés 6 millions $ en dons.

L'article du Times continu : «Pour le moment, Indivisible a également reçu du financement de l'entrepreneur en technologie Reid Hoffman, de même que de fondations ou de coalitions liées aux donateurs de la Democracy Alliance, incluant le milliardaire Herbert Sandler, l'héritière new-yorkaise de l'immobilier Patricia Bauman et l'héritière du pétrole Leah Hunt-Hendrix». Un représentant du groupe a affirmé qu'ils accepteraient «volontiers» du financement de l'investisseur milliardaire George Soros, un important bailleur de fonds du Parti démocrate.

Voilée sous des attaques rhétoriques contre la prétendue aile «néolibérale» et «établie» du Parti démocrate, une lutte féroce se déroule quant à la division du butin. Le Center for American Progress, observe le Times, «a engendré du ressentiment de la part d'autres groupes de gauche en se présentant comme le dirigeant du mouvement anti-Trump et en recueillant des fonds sous la bannière de la résistance», par exemple en vendant des T-shirts présentant le terme «resist» sur leur site web.

Seules les personnes politiquement naïves croiront que ces millionnaires et milliardaires de Wall Street ne chercheront pas un «retour sur investissement» pour leurs dons. Tous les groupes «de gauche» qui reçoivent des millions en dons cherchent, d'une façon ou d'une autre, à camoufler le caractère du Parti démocrate comme parti de l'oligarchie financière et de l'armée et à promouvoir l'illusion que les démocrates peuvent, sous la pression populaire, tourner à gauche.

L'objectif politique derrière ces efforts de collectes de fonds est de stimuler la crédibilité en lambeaux du Parti démocrate, largement perçu comme le parti de Wall Street et de l'armée, et de diriger l'opposition populaire à l'administration Trump derrière les démocrates afin d'éviter qu'elle échappe à la classe dirigeante.

Les travailleurs et les jeunes qui sont tombés sous l'illusion voulant que les démocrates puissent passer d'un parti de Wall Street en un «parti du peuple» devraient considérer le fait que les mêmes groupes faisant la promotion d'une pression sur les démocrates sont eux-mêmes directement soutenus et financés par Wall Street.

«La résistance est plus forte quand tout le monde a accès à nos ressources», selon David Brock, fondateur de Media Matters et partisan majeur de Clinton, indique le Times. «Ces groupes de la base jouent un rôle différent, unique, et leur énergie est quelque chose que le mouvement progressiste n'a pas vu depuis des décennies», indique un représentant du Center for American Progress. Le Times cite également la porte-parole du Comité national démocrate, Xochitl Hinojosa, qui a louangé le travail de ces groupes lors des campagnes électorales démocrates.

Ce genre de financement de groupes protestataires supposément de gauche n'est pas apparu seulement après les élections présidentielles de 2016. En octobre dernier, la fondation Ford annonçait qu'elle dépenserait 100 millions $ sur six ans pour Black Lives Matters.

La perspective politique identitaire de genre et de race à laquelle ces groupes adhèrent correspond aux intérêts d'une mince couche privilégiée de la classe moyenne supérieure qui a bénéficié directement, durant les 30 dernières années, de la hausse des marchés financiers et dont les gains ont été aux dépens de la classe ouvrière, toutes races confondues.

La masse des partisans de «gauche» de la classe moyenne supérieure a soutenu la primaire de Bernie Sanders, qui a combiné une phraséologie progressiste et même socialiste à un silence complet sur le rôle réactionnaire du Parti démocrate. Après avoir brusquement capitulé devant Clinton, Sanders s'est engagé dans une tournée nationale postélectorale avec le président du Comité national démocrate, Thomas Perez, afin de sauver l'image du Parti démocrate comme parti des «travailleurs». Sanders a constamment tenté de masquer l'expérience de l'administration Obama pour entretenir des illusions dans les démocrates.

Le résultat des efforts de Sanders a été désastreux pour la classe ouvrière. Loin de faire tourner le Parti démocrate à gauche, ce parti a ignoré les 13 millions de votes accordés à Sanders et a promis de négocier avec Trump sur tout, en passant par des baisses d'impôt pour les riches aux déportations de masse, et a lancé une campagne nationaliste visant à attiser l'hostilité envers la Russie, jetant le blâme de la victoire de Trump sur une «ingérence russe». La direction du Parti démocrate espère maintenant qu'en mobilisant des donateurs fortunés elle puisse appliquer un vernis populaire sur leur programme proguerre et pro-entreprise et bloquer le développement d'un mouvement pour la révolution socialiste.

(Article paru en anglais le 11 octobre 2017)