Des démocrates parlent de «catastrophe» en 2016 et tendent la main à la pseudo-gauche

Par Eric London
10 novembre 2017

Un an après l’élection générale de 2016, le parti démocrate fait face à une crise historique. Des divisions profondes font surface alors que le parti cherche à répondre à la défaite électorale de Hillary Clinton.

À la fin d’octobre, un groupe de politiciens démocrates associés à la campagne de Bernie Sanders a publié une «autopsie» de l’élection de 2016 qui tient sur 34 pages . Qualifiant la campagne démocrate de «naufrage», les auteurs concluent que le parti doit réagir à un mécontentement grandissant, car «beaucoup considèrent le parti comme étant souvent au service d’une oligarchie rapace et de plus en plus déconnecté des gens de sa propre base».

Les auteurs déplorent le fait que «depuis la victoire d’Obama en 2008, le Parti démocrate a perdu le contrôle des deux chambres du Congrès et plus de 1000 sièges législatifs des États. Le GOP (Parti républicain) contrôle maintenant les sièges de gouverneur ainsi que l’ensemble de la législature dans 26 États». 

D’un point de vue historique, l’effondrement des démocrates est extraordinaire. En dehors du renouveau républicain de l’après-guerre (1919-1923) et de la catastrophe à mi-parcours de 1894, le déclin démocrate de 2008 à aujourd’hui est sans précédent dans la période de l’après-guerre civile.

Après les élections de 2008, le Parti démocrate a remporté 60 des 100 sièges du Sénat américain et une majorité en sièges de 79 à la Chambre des représentants (257 contre 178). Au niveau des États, il a occupé 29 des 50 sièges de gouverneur tout en contrôlant les deux chambres des assemblées législatives des États dans 27 États contre 14 pour les Républicains, avec 8 États partagés. Le parti avait une cote favorable de 62 pour cent contre 31 pour cent défavorable.

Neuf ans plus tard, les démocrates ont été balayés des grandes majorités dans les deux chambres du Congrès alors que, au niveau des États, les pertes des Démocrates sont encore plus révélatrices. Le parti contrôle seulement 15 sièges de gouverneur et détient la majorité des deux assemblées législatives de l’État dans seulement 14 États, qui sont tous situés (sauf le Nouveau-Mexique et l’Illinois) sur les côtes du Pacifique ou du Nord-Est. Entre la Californie et New York, il n’y a pas un seul État avec un gouverneur démocrate et des majorités démocrates dans les deux législatures des États, et seulement 7 au total. C’est le plus bas niveau de contrôle démocrate des États depuis au moins les années 1920.

Selon un sondage de CNN publié le 7 novembre, le Parti démocrate est tout aussi détesté que Donald Trump, avec une cote favorable de seulement 37 pour cent. Cinquante-quatre pour cent des personnes considèrent le parti de manière défavorable, la pire cote pour les démocrates depuis que le sondage sur la cote des partis a commencé en 1992.

Le rapport «Autopsie du parti démocrate» soutient que le déclin historique de l’appui pour les démocrates parmi les travailleurs et les jeunes menace de transformer le parti en croupion permanent et d’ouvrir la voie à une opposition indépendante sur sa gauche. Les auteurs préviennent que les démocrates seront balayés s’ils ne font pas appel aux sentiments populistes: «Nous vivons une période d’agitation et de cynisme justifié envers ceux qui sont au pouvoir; les démocrates ne pourront gagner s’ils continuent à manier l’arme blanche contre les armes à feu des populistes».

Selon les auteurs de l’Autopsie, le défi fondamental pour le parti est de se présenter comme de gauche et d’empêcher ainsi son effondrement électoral.

Il y a deux éléments majeurs qui permettent d’accomplir cette tâche, soutiennent-ils. Le premier est une réforme du processus des élections primaires afin d’éliminer la conception populaire selon laquelle le parti est corrompu. En outre, les auteurs suggèrent que le parti devrait embaucher plus d’entrepreneurs et de personnel politique appartenant aux minorités, apporter des changements aux règles de financement des partis pour paraître «anti-corporatif» et attirer les partisans de Sanders dans la machine officielle du parti. Les partisans de Sanders (comme en témoigne le nouveau livre de Donna Brazile, l’ancienne directrice par intérim du comité national démocrate) craignent que la domination de l’appareil du parti par la famille Clinton ne soit une condamnation à mort électorale.

Le deuxième élément de la réorientation proposée est une alliance avec l’appareil des syndicats et des «mouvements sociaux», y compris des éléments de la pseudo-gauche.

Les auteurs mettent en garde contre «de nombreux signes de cynisme profond parmi les électeurs» durant la campagne qui «reflétaient le mécontentement si manifestement exprimé lors des récentes manifestations». L’appareil du parti a reconnu l’hostilité populaire à Hillary Clinton, parmi les résidents de Flint par exemple, lors de son passage pendant sa campagne électorale ainsi que le refus de la mère d’une victime de violence policière de partager une plateforme avec la candidate.

Les auteurs notent que l’adoption par Sanders du slogan «Nous sommes les 99 pour cent», popularisé par Occupy Wall Street, a donné des résultats électoraux significatifs. Ils affirment: «Les dirigeants du Parti démocrate au sein de son comité national (DNC) et dans tout le pays doivent établir des relations avec les mouvements sociaux sur la base d’une véritable coopération et de la mise en place de coalitions».

Ils s’expliquent: «Les flux et reflux des mouvements sociaux offrent une vague qui peut soulever les candidats du Parti démocrate en cours de route, si le parti est capable d’embrasser le large sentiment populaire que de tels mouvements incarnent... [M]ais, un échec à faire véritablement cause commune avec les perspectives à la base pourrait miner l’enthousiasme des bénévoles, la participation en ligne, les contributions récurrentes des petits donateurs et le taux de participation au moment des élections».

Quelles sont les forces avec lesquelles cette faction du Parti démocrate propose de «construire une relation»? Cela est précisé dans le document. Le rapport voit une leçon clé dans la «campagne pour un salaire minimum de quinze dollars», qui aurait «montré le pouvoir de l’action syndicale faisant équipe avec des activistes non-syndiqués qui défendent les travailleurs... Cela aiderait certainement à élargir la classe moyenne et avec elle, la base de soutien pour le parti».

La campagne pour un salaire minimum de quinze dollars est une coalition qui réunit des bureaucraties syndicales et des «activistes non-syndiqués» comprenant des groupes de la pseudo-gauche comme Socialist Alternative (SA), qui a joué un rôle central dans la campagne des bureaucraties pour attirer les travailleurs du secteur des services dans le giron syndical.

Le document «d’autopsie» explique également que les démocrates devront «bâtir une relation» avec des groupes qui se disent socialistes:

«Les jeunes rejettent de plus en plus la politique capitaliste», note le rapport en critiquant la direction démocrate pour son «incapacité à exploiter ce sentiment». Les auteurs craignent que «les jeunes électeurs se déplacent vers la gauche, mais s’identifient moins avec un grand parti officiellement à gauche».

L’opposition populaire à la guerre menace également de casser l’emprise politique du parti démocrate. Le rapport reconnaît que l’ancien secrétaire à la Défense Leon Panetta a été interrompu par des cris de «Jamais plus la guerre!» lancés par de jeunes délégués et ajoute: «Alors que le soutien public à la guerre continue de s’effriter sur plusieurs fronts, les hauts dirigeants du Parti démocrate continuent à le soutenir pleinement. Cette déconnexion diminue non seulement l’enthousiasme et le soutien – reflétés dans les dons, les énergies bénévoles, la participation et les votes – de la base traditionnelle du parti; il sape également la capacité des démocrates à attirer des électeurs qui s’identifient comme indépendants ou qui ont été attirés par un autre parti».

Le rapport ne propose pas, bien sûr, que le parti se transforme en parti antiguerre, mais suggère plutôt que les démocrates distinguent entre les guerres inutiles et la «défense de notre pays».

Le lecteur sent un ton nerveux quand «l’Autopsie du parti démocrate» fait référence aux jeunes et aux travailleurs qui gravitent autour d’autres partis, ne s’identifient pas comme démocrates et s’intéressent de plus en plus au socialisme. Les auteurs s’inquiètent que le Parti démocrate ait perdu de vue son rôle moderne fondamental, qui remonte au populisme industriel et agricole de la fin des années 1800, à savoir de canaliser l’opposition populaire, d’étouffer les éléments qui menacent la propriété privée et le profit, et de conserver une légitimité électorale et politique en promulguant certaines réformes limitées.

Les représentants de la pseudo-gauche ont depuis longtemps défendu une alliance avec la «gauche» du Parti démocrate sur cette base, en parlant de la nécessité d’avoir accès à un «espace politique», etc. Mais les démocrates reconnaissent maintenant le but réel d’une telle alliance, à savoir de soutenir l’un des deux partis de la classe dirigeante précisément au moment où il est rejeté à juste titre par la population, afin d’empêcher que l’opposition sociale montante prenne une direction socialiste révolutionnaire.