À Séoul, Trump lance un ultimatum de guerre à la Corée du Nord

Par James Cogan
10 novembre 2017

Le discours du président Donald Trump à l'Assemblée nationale sud-coréenne mercredi était le dernier d'une longue liste d'ultimatums, lancés par les gouvernements américains à une série de gouvernements au cours des 25 dernières années, visant à fabriquer un prétexte à la guerre. La guerre du Golfe de 1991, l'attaque de 1999 contre la Serbie, l'invasion de l'Afghanistan en 2001 et l'invasion de l'Irak en 2003, pour ne citer que les plus importantes, furent précédées de demandes qui allaient – et Washington le savait – être rejetées.

Comme ses prédécesseurs, Trump a également présenté des demandes au régime nord-coréen, dirigé par Kim Jong-un, que la Maison-Blanche escompte seront rejetées d'emblée.

Le discours de Trump n'était, en aucun sens, destiné à encourager ou indiquer une voie vers une solution pacifique à l'impasse sur les programmes nucléaires et de missiles de Pyongyang. Il était au contraire belliqueux et provocateur. La Corée du Nord s'est vue offrir le choix d'une capitulation complète et inconditionnelle aux diktats américains ou d'une guerre totale.

Trump a résumé la position de Washington dans la section finale de son discours de 32 minutes, déclarant:

«Je suis également venu ici à cette péninsule pour transmettre un message directement au chef de la dictature nord-coréenne: les armes que vous acquérez ne vous rendent pas plus sûr. Elles mettent votre régime en grand danger. Chaque pas que vous prenez dans cette voie obscure augmente le danger devant vous. La Corée du Nord n'est pas le paradis envisagé par votre grand-père. C'est un enfer que personne ne mérite. Pourtant, malgré tous les crimes que vous avez commis contre Dieu et l'homme [...] nous offrirons un chemin vers un avenir bien meilleur. Cela commence par la fin de l'agression de votre régime, l'arrêt de votre développement de missiles balistiques et une dénucléarisation complète et vérifiable.»

Pyongyang a déclaré à plusieurs reprises qu'il n'accepterait pas de telles conditions, ce qui équivaudrait à un désarmement unilatéral et à l'ouverture du pays à des inspecteurs d’armes des États-Unis et des Nations Unies importuns et provocateurs. Les représentants nord-coréens ont, non sans raison, souligné le sort des régimes irakien et libyen, qui se sont pliés à des exigences américaines similaires, ce qui a eu comme résultat l’invasion et la destruction de leurs pays, et la traque et l’exécution de leurs dirigeants.

Trump, cependant, a carrément insisté sur le fait que ce sont les seules conditions dont les États-Unis sont prêts à discuter.

La Corée du Sud et son parlement servent de scène à une démonstration de propagande guerrière orchestrée. La marine navale américaine a organisé un exercice conjoint rare par trois groupements tactiques de porte-avions pour coïncider avec le discours de Trump, pour s'assurer que le président soit vu dans le contexte d'une démonstration massive de la puissance de feu destructrice de l'armée américaine. La Maison-Blanche avait prévu que celle-ci serait précédée d'une conférence de presse conjointe provocatrice, impliquant Trump et le président sud-coréen Moon Jae-in, à la frontière militarisée de la Corée du Nord. Le mauvais temps, cependant, a contraint son annulation, apparemment à la déception amère de Trump.

Le discours lui-même aurait été rédigé pendant plusieurs mois, avec la participation de membres clés du cabinet ministériel de Trump, tels que le secrétaire d'État Rex Tillerson et les anciens généraux militaires qui occupent les principaux postes de sécurité dans son gouvernement. Il a été livré quelques heures avant que Trump ne parte pour une visite d'État à Pékin, afin, comme l'a noté CNN, «de stipuler ses positions» au président chinois Xi Jinping.

Xi et Trump devaient se rencontrer plus tard dans des conditions où le président américain a déclaré qu'il ordonnerait une guerre totale à la frontière chinoise si la Corée du Nord ne capitulait pas ou si elle effectuait un autre essai nucléaire ou de missile à longue portée.

«Ne nous sous-estimez pas, ne doutez pas de notre volonté», a menacé Trump. L'histoire, a-t-il poursuivi, était pleine de «régimes mis au rebut» qui étaient entrés en conflit avec les États-Unis. Son gouvernement «ne permettrait pas» que les États-Unis ou ses alliés soient «soumis au chantage». Il ne permettrait pas que «des villes américaines soient menacées».

Trump a clairement indiqué qu'il était prêt à autoriser l'utilisation d'armes nucléaires. Dans une phrase particulièrement terrifiante, il a attiré l'attention sur les trois groupements tactiques de porte-avions américains, «chargés au maximum de chasseurs à réaction F-35 et F-18». Il a ajouté ensuite: «Les sous-marins nucléaires sont également bien positionnés.» Les sous-marins américains de classe Ohio portent une charge de 24 missiles balistiques, chacun capable de lancer huit ogives nucléaires distinctes.

Il ne fait aucun doute que les médias accorderont une attention considérable à la manière dont Trump dénonce le caractère répressif et les actions du régime nord-coréen.

L'appareil stalinien en Corée du Nord est, sans aucun doute, une dictature réactionnaire qui sert les intérêts d'une élite et de caste d’officiers corrompues. Cependant, la déclaration faite par Trump lors de sa conférence de presse de mardi, selon laquelle la Corée du Nord était une «menace mondiale», est un mensonge.

Au cours des 64 dernières années, la Corée du Nord n'a pas été impliquée dans un conflit militaire, à l'exception des escarmouches sur sa frontière avec la Corée du Sud. L'impérialisme américain, à l'opposé, a mené des dizaines d'intrigues, d'interventions et de guerres à grande échelle, massacré des millions de personnes, décimé des pays entiers, renversé des gouvernements et installé des régimes fantoches.

Maintes fois, les atteintes aux droits de l'homme – à la fois réelles et inventées – ont été utilisées par la machine de propagande impérialiste américaine pour justifier ses opérations prédatrices et néocoloniales, dont l’objectif a été de protéger les intérêts financiers de Wall Street et la domination stratégique du capitalisme américain, et non pas la «paix» et la «démocratie».

La conviction du régime nord-coréen selon laquelle, en acquérant une poignée d'armes nucléaires, il empêcherait une attaque américaine s'est certainement révélée délirante. Mais c'est une conclusion tirée, non seulement du sort réservé à l'Irak et à la Libye, mais aussi du caractère totalement impitoyable de la guerre de Corée de 1950-1953 menée par l'impérialisme américain. Pratiquement toutes les villes importantes en Corée du Nord furent réduites en ruines par les États-Unis; on estime que 1,5 million de civils nord-coréens furent tués ou blessés; et l'armée du petit pays a subi au moins 770 000 morts, blessés ou disparus.

Les victimes et les horreurs de la guerre de Corée d’il y a 70 ans pourraient faire pâle figure comparées à celles d'une seconde guerre de Corée, en 2017.

La Corée du Nord est un pays d'à peine 25 millions d’habitants, avec une économie qui est 40 fois inférieure à celle de la Corée du Sud et plus de 600 fois inférieure à celle des États-Unis. Une grande partie de sa population mène une existence de subsistance, et de nombreuses personnes sont chétives à cause de la malnutrition subie pendant leur enfance: à cause de la famine et des sanctions imposées par les États-Unis. L'armée du pays est équipée d'avions, de défenses antiaériennes et de véhicules blindés obsolètes, et est en grande partie immobile en raison d'un manque de carburant et de pièces de rechange. Comme en Irak en 1991 et en 2003, les formations de troupes nord-coréennes seront massacrées par l'US Air Force, dans ce que ses pilotes qualifient de «partie de chasse».

Le discours de Trump était autant un ultimatum pour Pékin et Moscou, qui ont tous deux travaillé par la voie diplomatique pour tenter d'empêcher une attaque américaine contre la Corée du Nord. Trump a déclaré que «le temps des excuses est passé» et que le monde «ne peut tolérer un régime voyou». En désignant spécifiquement la Chine et la Russie, il a insisté sur le fait que tous les pays doivent «isoler» la Corée du Nord, qu’ils «ne peuvent la soutenir ni l'approvisionner» et ils doivent «rompre tous les échanges commerciaux».

Le gouvernement de Xi Jinping a opposé à de telles exigences américaines sa propre proposition. Il a appelé à des pourparlers basés sur le compromis des deux côtés, où Pyongyang suspendrait ses programmes d'armement en échange de la fin des exercices constants des États-Unis avec l'armée sud-coréenne pour une attaque contre la Corée du Nord. Le discours de Trump à Séoul équivalait à un rejet catégorique et non négociable de la position de la Chine.

L'intensification délibérée des tensions avant la visite de Trump à Pékin ne fait que souligner que l'objectif ultime de la guerre de Washington contre la Corée du Nord est d'utiliser la force militaire pour imposer la domination des États-Unis – surtout contre l'influence croissante de la Chine en Asie et dans le monde.

La question qui se posera aux cercles dirigeants chinois au cours des prochains jours est de savoir s'ils resteront à l'écart si la Corée du Nord est attaquée, ou s'ils lanceront leur propre ultimatum au gouvernement Trump pour lui faire savoir que sa position est inacceptable pour Pékin.

(Article paru en anglais le 8 novembre 2017)