Le plan d'abrogation de la «neutralité du Net» par le FCC donnera aux géants des télécommunications le contrôle de l'accès public à Internet

Par Kevin Reed
27 novembre 2017

Ajit Pay, nommé président de la Commission fédérale des communications (FCC) par Donald Trump, a rendu publique mercredi la version finale d'une décision qui permettra aux fournisseurs privés d'accès à Internet (FAI) de contrôler l'accès public au contenu en ligne.

Le projet ouvertement antidémocratique visant à déréglementer l'infrastructure américaine du Net fera l'objet d'un vote lors d'une audience publique du FCC le 14 décembre. On s'attend à ce qu'elle soit adoptée par une majorité de 3 contre 2.

Depuis la nomination de Pai en janvier, l'abrogation des réglementations d'Obama sur la neutralité du Net représente une priorité pour la Maison-Blanche et le Parti républicain, en ligue avec les monopoles géants des télécommunications tels que AT&T, Verizon, TimeWarner et Comcast.

Le concept de la neutralité du Net veut dire que tout le contenu sur Internet est considéré de façon égale, que les fournisseurs d'accès à Internet n'ont pas le droit d'ajuster ou de prioriser, en fonction de considérations commerciales, le type de données ou le contenu web que les personnes ou organisations échangent en ligne.

Les réglementations de neutralité du Net qui sont entrées en vigueur le 15 juin 2015, interdisaient aux fournisseurs de service à grande vitesse de stopper ou ralentir la transmission de sites web aux clients ou de vendre différents tarifs pour la qualité de données, comme les transmissions de vidéo par Internet vers des résidences ou entreprises.

Bien que les représentants des FAI le nient, ce que le FCC veut mettre en place permettrait que l'accès à certains types d'information ou de données soit entièrement bloqué ou sujet à des tarifs supérieurs ou frais additionnels selon les intérêts de profit du fournisseur en question.

Avec une hypocrisie typique, Pai a publié la dernière version de son plan «Restaurer la liberté Internet», en affirmant que «Sous ma proposition, le gouvernement fédéral ne se mêlera plus de la microgestion de l'Internet.» Comme l'admettent de nombreux experts de l'industrie et défenseurs de l'accès au Net, le projet du FCC n'est pas pour la liberté, mais pour le contrôle du contenu et la limitation des données basés sur le type de service pour lequel paie un client.

Une fausse prémisse centrale du retrait des réglementations de la neutralité du Net est que les règles imposées par le gouvernement sur les gros fournisseurs sont «lourdes et superflues» et étranglent l'investissement et l'innovation dans l'infrastructure Internet. En fait, les entreprises de la téléphonie et du câble utilisent leur influence à Washington pour raviver l'intérêt de Wall Street en leurs entreprises. Comparé à l'investissement présent chez des géants du contenu comme Google, Amazon, Netflix et Facebook, l'industrie des FAI stagne et perd de la valeur sur Wall Street.

L'un des objectifs des monopoles FAI est d'entrer dans le marché du contenu en développant leurs propres programmes, à travers l'acquisition de chaînes télévisées ou d'autres organisations médiatiques. En éliminant les régulations de la neutralité du Net, les FAI peuvent améliorer l'accès à leur «propre» contenu et limiter la performance du contenu de leurs compétiteurs, ou même le bloquer.

Sous Obama, les réglementations de la neutralité du Net pour réglementer les entreprises de l'infrastructure Internet étaient basées sur le titre II du Telecommunications Act adopté par Franklin D. Roosevelt le 19 juin 1934. Depuis l'élection de Donald Trump, l'offensive républicaine a exploité les limitations du cadre désuet de l'ère des lignes téléphoniques terrestres pour abolir entièrement toute régulation gouvernementale des aspects sous propriété privée de l'infrastructure Internet.

Le contexte de l'annonce du président du FCC Pai qui avance le nouveau projet de façon agressive est significatif. Malgré l'opposition publique de masse au retrait de la neutralité du Net – l'écrasante majorité des 22 millions de réponses sur le site web du FCC s'opposent au projet – le FCC va de l'avant pour des raisons ouvertement politiques.

La permission aux FAI de contrôler les flux du contenu en ligne est mise de l'avant dans le cadre de l'escalade d'une campagne étatique – avec le plein appui des entreprises des télécommunications, Internet et médias sociaux – qui vise à censurer l'accès à l'opposition politique socialiste aux États-Unis. Donner aux FAI carte blanche pour contrôler le flux du contenu étend cette censure au niveau le plus fondamental de la technologie Internet.

Ces mêmes FAI – AT&T et Verizon en particulier – ont une longue histoire de collaboration avec l'establishement militaire et de renseignement, dans l'espionnage du public et la collecte de données des activités en ligne de la population mondiale.

Personne ne peut prendre au sérieux l'opposition de Google, Amazon et Facebook envers l'attaque sur la neutralité du Net par l'administration Trump et leurs compétiteurs dans les industries de l'infrastructure de l'Internet. Ces mêmes entreprises ont collaboré étroitement avec l'État au cours de l'an dernier pour bloquer et censurer l'accès du public au contenu socialiste et de gauche en ligne sous prétexte de combattre les «fausses nouvelles», et des accusations sans preuve d'intervention de la Russie dans les élections américaines de 2016. Cette campagne a été dirigée par le Parti démocrate.

Les sites de gauche, et le World Socialist Web Site en particulier, ont été les cibles principales de cette campagne de censure. Les dernières modifications des politiques du FCC visent à intensifier cette censure et à préparer d'autres attaques contre les droits démocratiques de toute la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 23 novembre 2017)