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L‘invitation de Trump au 14 juillet annonce une escalade du militarisme

Par Alexandre Lantier
4 juillet 2017

L‘invitation la semaine dernière par Emmanuel Macron du président américain Donald Trump au traditionnel défilé militaire du 14 juillet à Paris, une semaine après la réunion du G20 à Hambourg, et l‘acceptation par celui-ci, ont fait l‘objet de multiples interrogations dans les médias français.

L‘invitation avait déjà été faite au sommet de l‘Otan fin mai, mais elle a surpris alors que les relations entre les Etats-Unis et l‘Europe sont marquées par des antagonismes croissants entre le gouvernement américain et les principaux pouvoirs continentaux européens.

Mis à part le spectacle réactionnaire que constitue Trump, président américain le plus impopulaire de l‘histoire moderne, qui préférait voir la dirigeante néo-fasciste Marine Le Pen élue présidente, marquant l'anniversaire de la prise de la Bastille aux côtés d’un représentant de la grande banque, nostalgique de la monarchie, l’invitation de Trump – dans la foulée de l‘annonce du démantèlement du droit du travail et de la pérennisation de l'état d‘urgence – est une insulte aux travailleurs.

Elle est aussi un camouflet aux électeurs qui ont clairement montré pendant la campagne présidentielle qu‘ils s‘opposaient à la guerre en propulsant Mélenchon dans les sondages dès qu‘il a critiqué les frappes françaises en Syrie, début avril.

Les déclarations des gouvernements américain et français avant d’annoncer l’invitation en milieu de semaine, montrent que ce « coup politique et médiatique », selon un commentateur, est avant tout le signal d‘une escalade de la guerre au Moyen-Orient, en particulier en Syrie et d’un engagement militaire accru de la France dans la région. Washington et Paris déclaraient en début de semaine qu‘une nouvelle « attaque chimique » déclencherait une réaction militaire commune de leur part.

Le porte-parole de la Maison-Blanche Sean Spicer a dit le 27 juin dans des remarques rappelant les « Armes de destruction massives » imputées à Saddam Hussein par l‘administration Bush avant son invasion de l‘Iraq, que si Assad « effectuait un autre assassinat de masse avec des armes chimiques, lui et son armée devraient payer un prix élevé ». L’Elysée annonçait le lendemain que les deux pays « travaillaient à une réponse commune en cas d’attaque chimique en Syrie ».

« La position du président a été extrêmement claire sur ce point. Il s'agit de la démonstration que l'accord de 2013 sur le démantèlement de l'arsenal chimique syrien, passé sous l'égide de la Russie notamment, est une fois de plus violé délibérément, » a commenté le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian dans une interview au Monde du 30 juin.

Dans l’article, Le Drian indique aussi les visées de la diplomatie impérialiste française qui tente de prendre l‘initiative en Syrie où elle est ancienne puissance coloniale, en jouant le rôle d‘intermédiaire entre les Etats-Unis et l‘alliance russo-iranienne. « Avec la Russie il y a une fenêtre d'opportunité » a dit Le Drian.

Plus généralement, l‘invitation de Trump par Macron a lieu dans le contexte d’un effondrement géostratégique au sein de l‘Otan. La stratégie de l‘impérialisme américain à la suite de la dissolution de l‘Union soviétique au début des années 1990, de compenser son déclin économique par l‘utilisation de la force militaire a échoué et n‘a pas permis d‘empêcher la montée de rivaux économiques. Ceux-ci, entre autres les pouvoirs impérialistes européens, préparent à présent des défis de grande envergure vis-à-vis de la domination mondiale des Etats-Unis. Un de ces défis est la politique militaire commune de l’UE.

« La prise de conscience par les Européens de la nécessité de pouvoir assurer eux-mêmes leur défense est en cours. Elle s'est manifestée au sommet de l'OTAN, à Bruxelles, et lors du Conseil européen. Il y eut à cette occasion un véritable saut qualitatif vers une défense commune... Ce sont des avancées considérables, » commente Le Drian dans son interview au Monde.

Mais si l‘Allemagne, la France et l‘Italie en particulier organisent une politique militaire commune opposée aux Etats-Unis elles ont des intérêts antagonistes en Europe comme dans le monde. Les puissances impérialistes qui sont en train d’intervenir à nouveau dans leurs anciennes colonies, entrent aussi en compétition les unes avec les autres.

Certains commentateurs ont ainsi pointé le fait qu‘en invitant Trump, Macron essayait de prendre l‘ avantage politique vis-à-vis des autres pouvoirs européens de l‘OTAN. « Emmanuel Macron semble vouloir combler un vide temporaire du leadership en Europe: Theresa May a été affaiblie par sa victoire de justesse aux élections britanniques et sa gestion du Brexit, Angela Merkel doit affronter des législatives en septembre. Le président français cherche donc à profiter du moment pour s'affirmer en Europe », écrit le site web d‘Europe 1. L’invitation suit la décision de Trump de ne pas aller à Londres du aux manifestations prévues, hostiles à son égard.

Les préparatifs de la bourgeoisie allemande pour redevenir une puissance militaire au niveau mondial et son affirmation du leadership militaire en Europe surtout fait s’agiter Paris. Le site Web Atlantico écrit: « L’invitation du président-séducteur-stratège Macron - encore plus audacieux que Nicolas Sarkozy dans la poursuite d’un leadership européen et « global» – permet… de prendre une sorte de leadership stratégique de l’Union européenne dans une concurrence claire avec l’Allemagne de Merkel (qui tente trop de sortir de son leadership économique). »

La transformation des rapports de pouvoir au sein de l’impérialisme, le réarmement de l‘Allemagne et son retour au militarisme mettent de plus en plus la France dans une position similaire à celle déjà connue au 20e siècle: un impérialisme pris en étau entre les Etats-Unis et l‘Allemagne dans le conflit opposant l‘Europe à l‘Amérique. Suite à l‘offensive allemande pour devenir la nouvelle puissance dominante en Europe, au Brexit et à l'élection de Trump, Paris essaie de se ménager un espace entre les deux camps. Macron a invité Trump et celui-ci a accepté au motif qu‘il s‘agissait de commémorer l'entrée des Etats-Unis dans la Première Guerre mondiale en 1917 aux côtés de la France, contre l'Allemagne.

Les déclarations de Trump concernant la France se sont considérablement adoucies ces derniers temps contrastant avec celles faites à l‘encontre de l‘Allemagne qu‘il a traité de « mauvaise », menaçant de couper les exportations allemandes vers les USA. Acceptant de venir à Paris, Trump a en revanche traité la France d'allié et loué les relations économiques franco-américaines.

Dans un bras de fer avec Berlin, Paris n‘est pas de force. Macron a pris le parti de ménager sa relation avec Washington pour faire contrepoids dans la nouvelle situation.