Les commentaires racistes de Trump déclenchent une condamnation internationale

Par James Cogan
15 janvier 2018

La révélation que le président Trump a qualifié certaines des nations les plus opprimées et les plus appauvries de « pays de merde » a porté un coup supplémentaire au statut international déjà terni du gouvernement américain. Le dégoût et la colère face aux propos ouvertement racistes du président américain exprimés lors d’une réunion avec les dirigeants du Congrès jeudi s’intensifient suite aux tentatives tardives de Trump de nier qu’il avait dit ce qui a été rapporté par de multiples sources, dont certaines qui étaient présentes à la réunion.

Les remarques ont été faites lors d’une conférence à la Maison Blanche avec des parlementaires démocrates et républicains chargés de la politique d’immigration. En réponse à une discussion sur le « statut de protection temporaire », qui permet aux personnes originaires de pays ravagés par des catastrophes naturelles ou des guerres, comme Haïti et El Salvador, de vivre et de travailler aux États-Unis, Trump a déclaré : « Pourquoi accueillons-nous des Haïtiens chez nous ? Pourquoi voudrions-nous tous ces gens d’Afrique ici ? Pourquoi voudrions-nous tous ces gens des pays de merde ? Nous devrions avoir plus de gens de pays comme la Norvège. »

La diatribe de Trump a été divulguée au Washington Post et rendue publique. Des dénonciations internationales n’ont pas tardé de suivre.

Le porte-parole des Nations Unies pour les droits de l’homme, Rupert Colville, a déclaré lors d’une conférence de presse : « Il n’y a pas d’autre mot qui convient que celui de raciste. Vous ne pouvez pas traiter des pays et des continents entiers, dont les populations entières ne sont pas blanches, et donc pas les bienvenues, de « pays de merde ». »

Le gouvernement d’Haïti, d’où des centaines de milliers de personnes ont émigré aux États-Unis pour échapper à la pauvreté et à la répression politique, a publié une déclaration disant qu’il « condamne sans réserve ces remarques odieuses et détestables ». Son ambassadeur aux États-Unis a exigé des excuses publiques.

D’autres dirigeants politiques se sont également sentis obligés de faire des déclarations. Le président du Salvador a tweeté que Trump a « porté atteinte à la dignité des Salvadoriens ». Lundi dernier, le gouvernement Trump avait supprimé le statut protégé de plus de 250 000 personnes du Salvador qui vivent depuis des décennies aux États-Unis, leur donnant 18 mois pour plier bagage et partir, après quoi ils seront expulsés.

Vicente Fox, l’ancien président du Mexique, a tweeté à Trump : « Votre bouche est le plus infecte des endroits merdiques du monde. » Lors des élections de 2016, Trump a calomnié des millions d’immigrants mexicains aux États-Unis, affirmant : « Ils apportent de la drogue. Ils apportent le crime. Ce sont des violeurs. »

Le gouvernement du Congrès national africain en Afrique du Sud a qualifié cette remarque d' « extrêmement choquante ». Les médias du pays étaient plein de dénonciations et de moqueries à l’égard de Trump. Un quotidien, le Daily Maverick, a écrit que les réceptions à la Maison Blanche « devraient à ce rythme bientôt inclure des capuches et des torches [du Ku Klux Klan]. »

Le gouvernement du Botswana a qualifié ces propos de « répréhensibles et racistes » et aurait convoqué l’ambassadeur des États-Unis pour savoir si le pays était considéré comme un « pays de merde » par Washington. Dans toute l’Afrique, Trump a été condamné et les puissances impérialistes, y compris les États-Unis, ont déclaré être responsables de l’héritage de pauvreté et de sous-développement du continent.

Sans surprise, il n’y a pas eu de fortes déclarations de condamnation par les gouvernements européens ou par le Japon ou l’Australie. Les politiques de toutes les puissances impérialistes sont discriminatoires envers les gens des régions les plus pauvres du monde.

L’Union européenne cherche à fermer ses frontières pour bloquer les réfugiés d’Afrique et du Moyen-Orient, ce qui conduit des milliers de personnes à perdre la vie en tentant de traverser la Méditerranée. L’immigration au Japon est effectivement impossible depuis la majorité des pays. L’Australie maintient une liste noire de dizaines d’États dont les citoyens se voient systématiquement refuser mêmes des visas touristiques. Bien qu’ils ne soient pas officiellement étiquetés comme des « pays de merde », c’est bien ainsi que leurs populations sont traitées.

Dans une grande partie du monde, cependant, les responsables du gouvernement Trump montent désespérément au créneau pour contenir les répercussions diplomatiques. Le Département d’État et les ambassades ont émis des propos rassurants affirmant que les États-Unis apprécient leurs relations avec les pays d’Afrique, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud.

Les dégâts se propagent néanmoins au plan international, comme l’indique l’annonce par la Maison Blanche hier que Trump annule une visite en février au Royaume-Uni. Il ne fait aucun doute qu’il aurait été accueilli par des manifestations encore plus grandes que prévu en raison de la répulsion populaire en Grande-Bretagne envers ses commentaires. En fait, où que Trump voyage dans le monde, la classe dirigeante américaine se retrouve face à la perspective de voir son chef d’État accueilli par une opposition de masse à sa présence.

Après moins d’un an au pouvoir, Trump est sans doute plus honni que George W. Bush, le président criminel de guerre qui avait menti sur les « armes de destruction massive ». Le président américain actuel est considéré par des milliards de personnes comme un va-t-en-guerre instable, raciste et menteur. Dans la classe ouvrière américaine, l’une des plus diversifiées ethniquement et culturellement sur la planète, l’opposition croissante aux politiques d’immigration racistes et aux visions fascistes de Trump fait la jonction avec la colère croissante face à la chute du niveau de vie, à la détérioration des infrastructures et à la répression policière.

La réaction de l’establishment politique et médiatique américain aux propos de Trump affiche un air de désespoir. Il y a une certaine compréhension de la part de la classe capitaliste et ses représentants que, avec le gouvernement Trump, la perte prolongée de l’autorité et de la crédibilité des États-Unis, tant sur la scène mondiale qu’au pays, a atteint un point de rupture.

Résumant le sentiment dans les coulisses du pouvoir, Mike Simpson, républicain de l’Idaho, a déclaré à l’Associated Press : « C’est un gros problème. L’influence et la puissance de l’Amérique dans le monde ont été vraiment liées à notre capacité à convaincre, en rapport avec notre autorité morale, et lui, il détruit cela. »

En même temps, les condamnations de Trump sont entachées d’hypocrisie, surtout de la part du Parti démocrate et de ses partisans. En dernière analyse, Trump a simplement exprimé avec grossièreté la façon dont l’administration d’Obama avait déjà considéré et traité les migrants des nations qu’il a étiquetés comme des « pays de merde ».

Sous Obama, au moins 2,5 millions de personnes ont été expulsées – au moins 1 000 par jour – en particulier des gens venant du Mexique, d’Amérique centrale et des Caraïbes. Si Hillary Clinton avait été élue en 2016, la persécution brutale des immigrants soi-disant « illégaux » se serait poursuivie sans relâche également.

Le but des récriminations contre Trump parmi l’establishment américain est d’essayer de présenter le président actuel comme une simple aberration, une tache sur un corps politique autrement sain et démocratique. Tous les moyens sont employés pour promouvoir la conception que si une nouvelle personnalité était installée à la Maison Blanche, les choses retrouveraient leur cours « normale ».

C’est là une contre-vérité absolue. Trump est le produit d’un long processus de plusieurs décennies, caractérisé par un déclin important de la position économique mondiale du capitalisme américain et la très forte montée des antagonismes de classe et de l’inégalité sociale aux États-Unis.

Les mensonges de la guerre froide et la propagande selon laquelle l’impérialisme américain était synonyme de « liberté », de « démocratie » et de « droits de l’Homme » ont été largement mis à nu au cours des 25 dernières années. Washington manigance des intrigues ou des invasions directes contre des pays et inflige la mort et la destruction afin que les banques et les sociétés américaines puissent piller les ressources et dominer les marchés. Aux États-Unis, le niveau de vie de la classe ouvrière a été dévasté pour protéger et accroître la richesse d’une infime partie de la population – la classe capitaliste et sa périphérie de la classe moyenne supérieure.

C’est au sein de l’environnement politique dégénéré produit par ces processus que Trump a été capable – par des appels démagogiques à l’immense aliénation de couches de la population, et grâce au vide politique crée par la politique anti-ouvrière de droite des démocrates – de remporter la présidence. Son gouvernement a œuvré pour avancer les intérêts de l’oligarchie capitaliste à travers des réductions massives d’impôt sur les sociétés américaines et des intrigues militaristes intensifiées au niveau international.

Trump est l’expression toxique du déclin et de la décadence du capitalisme américain et de sa classe dirigeante. La présence au sommet du pouvoir d’un raciste pur et simple, qui exprime ouvertement et brutalement le contenu réactionnaire de la politique étrangère et intérieure des États-Unis, mine la capacité de l’impérialisme américain à dissimuler son agression et son pillage dans le monde sous le cache-sexe de « la démocratie » et les « droits de l’homme ».

La xénophobie, le racisme et le nationalisme anti-immigrés sont le corollaire inévitable du militarisme et de l’approfondissement des attaques contre la classe ouvrière. Dans tous les pays, c’est de cette façon que la classe capitaliste cherche à diviser et à désorienter les masses et à défendre sa propriété et son contrôle sur la richesse et sur la capacité de production de la société.

La réponse de la classe ouvrière au racisme et au chauvinisme doit donc être développée en opposition totale au système capitaliste et à tous ses partis et défenseurs politiques. Aux États-Unis et dans le monde, il faut y répondre par la lutte pour l’unité internationale de la classe ouvrière dans la lutte commune pour le socialisme mondial.

(Article paru en anglais le 13 janvier 2018)