Bernie Sanders cherche à détourner l’opposition grandissante de la classe ouvrière au capitalisme

Par Patrick Martin
18 janvier 2018

Le sénateur du Vermont Bernie Sanders a publié un appel, dimanche dans le Guardian, pour un effort mondial visant à surmonter l’inégalité économique croissante. Il cite des indices d’inégalités de richesse flagrantes, mais ne propose pas la moindre perspective d’une véritable lutte contre le système économique qui a produit cela – voire, il cherche à empêcher un tel mouvement.

Ce qui est le plus remarquable dans la déclaration de Sanders, c’est qu’au cours de près de 1200 mots, il n’y a pas une seule mention du capitalisme ou du socialisme.

Sanders note que « les six personnes les plus riches de la planète possèdent maintenant plus de richesses que la moitié inférieure de la population mondiale, soit 3,7 milliards de personnes. De plus, le 1 % les plus riches a maintenant plus d’argent que les 99 % les plus pauvres ».

Il poursuit : « alors que les milliardaires affichent leur opulence, près d’une personne sur sept lutte pour survivre avec moins de 1,25 dollar (1 euro) par jour et – horreur – quelque 29 000 enfants meurent chaque jour de causes évitables comme la diarrhée, le paludisme et la pneumonie. »

Sanders continue avec une litanie des terribles réalités auxquelles sont confrontés les travailleurs à l’échelle mondiale. Mais que propose-t-il de faire à ce sujet ?

Sanders propose la plus abstraite des abstractions, « un mouvement progressiste international nouveau » qui s’engage à « s’attaquer aux inégalités structurelles entre et au sein des nations ». Il doit viser à élever le niveau de vie des pauvres et des travailleurs tout en cherchant à « limiter le pouvoir des grandes entreprises ».

Qui rejoindra et dirigera ce mouvement progressiste international ? Quel rôle joueront les partis, les syndicats et les dirigeants politiques existants ? Sanders ne le dit pas.

Il existe une myriade de formations politiques prétendant être « progressistes », allant des groupes de pseudo-gauches comme Syriza en Grèce, qui depuis ses trois ans au pouvoir a agi en tant que policier de l’austérité et de l’inégalité au compte de l’Union européenne, aux partis ouvertement pro-impérialistes comme le Parti démocrate aux États-Unis, dont le sénateur Sanders a voulu décrocher la nomination présidentielle en 2016.

Sanders évite prudemment de prononcer le moindre nom d’un partenaire potentiel dans son « mouvement progressiste international », à l’exception du pape François, chef de l’Église catholique romaine, l’une des institutions les plus réactionnaires de la planète, pilier de l’ordre social qui a produit les ravages de conditions sociales citées dans la chronique de Sanders.

Peut-être que Sanders aspire à devenir une version laïque de ce pape, offrant des homélies pompeuses sur la justice sociale, tandis que dans la vie quotidienne il collabore avec le leader démocrate du Sénat, Charles Schumer, qui a reçu plus d’argent de Wall Street que tout autre membre du Congrès.

Le sénateur est tout à fait conscient des sujets qu’il évite. Il a basé sa carrière politique sur des déclarations d’« indépendance » politique et de soutien au « socialisme démocratique ». Cette position a attiré le soutien de millions de personnes dans la campagne primaire de 2016, ce qui a choqué et consterné non seulement l’establishment politique bourgeois, mais le sénateur Sanders lui-même.

Sanders fut le bénéficiaire d’un mouvement vers la gauche de larges sections de travailleurs et de jeunes, mais il ne représentait pas ce sentiment. Sa tâche était de canaliser l’opposition derrière le Parti démocrate, aboutissant à son approbation d’Hillary Clinton, la candidate préférée de Wall Street et de l’armée. Pour ses services rendus, Sanders a reçu une position de premier plan dans le groupe du Parti démocrate au Sénat américain.

Depuis un an, les démocrates ont cherché à collaborer avec le gouvernement Trump sur sa politique intérieure réactionnaire, dont les réductions d’impôts sur les sociétés et une escalade de l’assaut sur les immigrants. Sanders a exprimé son soutien à ce dernier lorsqu’il a déclaré la semaine dernière : « Je ne pense pas que quiconque soit en désaccord sur le fait que nous avons besoin d’une sécurité frontalière forte. Si le président veut collaborer avec nous pour faire en sorte que nous avions une sécurité frontalière forte, faisons-le. »

Un jour après la chronique de Sanders, le New York Times a rapporté que les dirigeants démocrates se préparaient à collaborer avec les républicains pour supprimer toutes les restrictions restantes sur les banques imposées après le krach de 2008.

Fait peut-être le plus significatif, Sanders ne dit rien sur le risque grandissant d’une guerre impérialiste mondiale, qui serait menée avec des armes nucléaires. Il ne fait aucune référence à la Corée du Nord, l’Iran, la Syrie et d’autres points chauds mondiaux, ni au bilan du Parti démocrate sous Obama, qui a attaqué la Libye, intensifié la guerre en Afghanistan et mené ses guerres à l’aide de drones, un élément essentiel de la politique étrangère américaine. « Militaire » est un autre mot qui n’apparaît pas dans sa chronique du Guardian, du fait que Sanders est un partisan de l’impérialisme américain.

La dernière chose que Sanders veut voir est un mouvement de masse anti-impérialiste et anticapitaliste qui se développerait parmi les travailleurs aux États-Unis et dans le monde entier. C’est pourquoi il commence sa chronique par un rejet des « révolutions », qui prétend-il n’ont rien changé. L’année a déjà vu des manifestations importantes de la colère de la classe ouvrière, dont des manifestations et des grèves en Iran, en Grèce, en Tunisie, en Allemagne et en Inde. La classe dirigeante américaine est bien consciente de la croissance substantielle du sentiment de gauche et cherche désespérément à le détourner de la politique révolutionnaire.

D’où le caractère passif et anémique de ses appels à « l’action ». Il implore : « Retirons le pouvoir aux milliardaires. » Eh bien Non. Il ne devrait plus y avoir de milliardaires. La classe ouvrière internationale doit renverser la classe dirigeante et lui prendre sa richesse. Les sociétés géantes et les banques doivent être transformées en entités publiques possédées et contrôlées démocratiquement par l’ensemble de la population, pas une poignée de personnes super-riches.

Sanders incarne le type de fraude politique longtemps associée à la politique du Parti démocrate, combinant une rhétorique « progressiste » creuse avec une politique pro-capitaliste. La seule différence, c’est qu’à côté de Sanders, les personnalités précédentes de cette tradition ressemblent à des révolutionnaires. Tous ceux qui ont promu ses lettres de noblesse socialistes et de gauche – les magazines Jacobin et Nation, les Socialistes démocratiques d’Amérique, l’Organisation Socialiste Internationale, Alternative Socialiste – sont complices de cette fraude.

Un véritable mouvement contre l’inégalité sociale doit être fondé sur la seule force sociale qui soit irrémédiablement opposée, par sa position dans la société, au système de profit : la classe ouvrière internationale. Le World Socialist Web Site a toute confiance en la croissance d’un mouvement mondial de la classe ouvrière contre le capitalisme et pour le socialisme.

Ce mouvement doit être politiquement éduqué dans la lutte contre ceux qui, sous l’apparence d’être ses « amis », cherchent à administrer des sédatifs politiques à la classe ouvrière. Ceux qui souhaitent devenir des participants conscients de cette lutte politique devraient rejoindre le Parti de l’égalité socialiste, aux États-Unis et dans d’autres pays, unis en tant que sections du Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article paru en anglais le 17 janvier 2018)