Les leçons politiques du faux «shutdown» du gouvernement américain

Par Eric London
26 janvier 2018

Le vote lundi des démocrates du Sénat américain pour mettre fin à la « shutdown » (ndt :arrêt des activités gouvernementales, lorsque le Congrès échoue à autoriser le financement des opérations gouvernementales) de trois jours du gouvernement basé sur un accord qui n'offre aucune protection aux 800 000 jeunes immigrés visés par l'Action différée pour les arrivées d'enfants (DACA) a laissé des millions personnes en colère.

Charles Schumer, le chef de la Minorité démocrate, a pris la parole au Sénat pour accuser Trump pour son «opiniâtré», et annoncé d'un ton sombre: «Dans ces négociations longues et compliquées, les démocrates ont toujours cherché à être raisonnables, à agir de bonne foi et à faire du concret.»

Le sénateur démocrate Richard Durbin a tenté d'enjoliver la promesse creuse du chef de la majorité sénatoriale Mitch McConnell de tenir un vote sur l'extension de la DACA au Sénat avant la fin du programme le 5 mars, remerciant vivement McConnell d'avoir permis que le vote ait lieu. L'accord «prépare le terrain pour notre collaboration», a-t-il dit servilement.

La fermeture du gouvernement est le dernier épisode en date de l'opposition factice des démocrates à Trump. Ce n'était pas le produit d'une impasse entre les démocrates et républicains, mais une charade dès le départ, orchestrée pour donner aux démocrates un vernis d'opposition pendant que les partis élaboraient leurs divergences sur la géostratégie impérialiste. Le shutdown a eu lieu au cours du week-end afin d'avoir un impact minime, et la bourse a réagi en atteignant des records lundi. Les décideurs ont compris que le shutdown n'était qu'un conflit en trompe-l'oeil.

Vendredi après-midi, moins d'une semaine après la sortie de Trump sur les pays du tiers monde «merdiques», Schumer rencontra Trump à la Maison Blanche pour négocier le budget. Schumer a qualifié cette rencontre d'«excellente réunion préliminaire». Schumer s'était déjà rendu plusieurs fois au bureau de Trump, surtout pour mendier de l'argent. Dans l'administration Trump, il y a de nombreux ex-donateurs aux campagnes du Sénat de Schumer, y compris Trump ($9.000), les enfants de Trump Eric, Donald Jr. et Ivanka ($6.800 entre eux), et Jared Kushner ($4.000). Trump a donné $125.000 au Comité de campagne démocrate du Sénat de New York, dont la principale responsabilité depuis 1998 a été de faire élire Schumer.

Le comportement de Schumer reflète son caractère politique. C'est l'incarnation du poseur politique. Marx décrit ce type de politicien sans scrupules dans son portrait de Lord Palmerston, le Premier ministre britannique libéral du 19ème siècle, qui, selon Marx, sait «apparaître comme l'agresseur quand il est de connivence, et comme le défenseur là où il trahit ... comment se trouver, au moment opportun, du côté du plus fort contre le faible, et il sait prononcer des paroles courageuses en s'enfuyant.» Et Palmerston était un géant politique comparé à l'insignifiant Schumer.

La lâcheté avec laquelle les démocrates traitent la situation de centaines de milliers de jeunes immigrés contraste fortement avec les efforts du parti pour poursuivre les intérêts géopolitiques des agences militaires et de renseignement. Sur des questions d'importance urgente pour les masses de la population, le Parti démocrate gémit comme le lâche lion du Magicien d'Oz. Mais quand il s'agit de faire appliquer une politique étrangère anti-russe belliqueuse, le parti, soutenu par l'armée, le renseignement et le patronat, rugit comme une bête puissante.

Mardi, quelques heures à peine après que les démocrates du Sénat avaient accepté la résolution des Républicains, on a su que les Démocrates faisaient campagne pour attaquer Trump en tant que conspirateur dans «l'ingérence électorale russe»: le procureur spécial Robert Mueller avait interrogé le procureur général de Trump Jefferson Sessions et l'ancien directeur du FBI James Comey à propos des liens de la campagne Trump avec la Russie. Selon le Washington Post, Mueller prévoit d'interroger Trump lui-même dans les semaines à venir, et les démocrates ont fait appel à Facebook et à Twitter pour qu'ils enquêtent sur «les trolls russes» en ligne.

Au cours de la première année de mandat de Trump, les démocrates ont mené une lutte impitoyable contre Trump sur ses prétendus liens avec la Russie, consacrant de vastes efforts politiques et ressources financières pour stimuler l'hystérie anti-russe.

En revanche, les démocrates ont évité de s'opposer aux politiques réactionnaires de Trump.

En décembre 2017, quand le démocrate Al Green a présenté une motion pour reprendre des articles de destitution sur la base des commentaires pro-nazis de Trump et de ses attaques contre les immigrés, les démocrates ont voté, 126 à 58, contre les mesures à la Chambre.

Nancy Pelosi, chef de groupe démocrate dans la Chambre de représentants, et Steny Hoyer, «whip» (chef disciplinaire) de la minorité démocrate, ont publié une déclaration conjointe demandant aux démocrates de la Chambre de rejeter les articles de destitution: «Les commissions du Congrès continuent d'enquêter sur les actions du président. avant et après son inauguration. L'enquête de l'avocat spécial progresse également, et ces enquêtes devraient être autorisées à continuer. Ce n'est pas le moment de considérer les articles de destitution.»

Au début de la présidence de Trump, les démocrates ont promis de travailler avec lui; Obama a déclaré que Trump, les républicains et les démocrates étaient «dans la même équipe." Les démocrates ont voté pour approuver la nomination de John Kelly à la tête du département de la sécurité intérieure. Kelly est maintenant le chef de cabinet de Trump et l'architecte de ses mesures anti-immigrés les plus brutales.

Grâce aux votes des démocrates dans la Cour suprême, une version de l'interdiction de voyager de Trump contre les immigrants est en place. Les démocrates ont promis d'augmenter les effectifs de la force de déportation, voté des milliards de dollars pour l'armée, et soutenu l'extension des pouvoirs d'écoutes sans mandat de la FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act – Loi de renseignement et de surveillance). Les démocrates n'ont pas levé le petit doigt pour bloquer la réduction d'impôt massive de Trump pour les riches: les démocrates et leurs soutiens patronaux la soutenaient.

Une énorme opposition à la politique de droite de Trump existe dans la population américaine. 90 pour cent des Américains soutiennent une voie vers la citoyenneté pour les bénéficiaires DACA, et la popularité de Trump tourne autour de 33 pour cent. La colère contre la montée des inégalités, les tueries policières, l'empoisonnement de l'eau, l'austérité sociale et les attaques contre les conditions de travail et de vie s'accroît dans la classe ouvrière.

Les démocrates sont hostiles à la montée de l'opposition sociale et cherchent à la subordonner à leurs intérêts réactionnaires. C'est pourquoi ils tentent d'imputer la montée de l'opposition sociale à l'«ingérence» et les «réseaux sociaux» russes. Le rapport du Parti démocrate au Comité sénatorial des relations étrangères exhorte le gouvernement à «en tenir responsables les sociétés de médias sociaux». Le rapport appelle les entreprises à censurer Internet «pour bloquer, détecter et supprimer de tels comptes ... qui sont principalement utilisés pour promouvoir de fausses nouvelles».

Le Parti démocrate est un représentant de l'aristocratie financière, de l'armée, des agences de renseignement et des autorités de l'immigration. Un parti politique ne peut à la fois servir ces forces réactionnaires et protéger les droits démocratiques ou le niveau de vie de la classe ouvrière. Tous les efforts pour faire pression sur ce parti finiront par avoir des résultats désastreux.

(Article paru en anglais le 24 janvier 2018)