Le scandale de la corruption du syndicat UAW : Le besoin de comités de travailleurs

Par Joseph Kishore
27 janvier 2018

Les responsables du syndicat United Auto Workers (UAW, Travailleurs unis de l’automobile) ont touché plus de 1,5 million de dollars en paiements de Fiat Chrysler (FCA) en échange d’avoir incorporé de dispositions pro-entreprises dans les accords sur les salaires et conditions de travail, selon un accord de reconnaissance de culpabilité déposé devant un tribunal fédéral lundi.

L’accord négocié avec le négociateur en chef de la FCA, Alphons Iacobelli, met en évidence explicitement pour la première fois que ses paiements aux responsables de l’UAW, dont l’ancien vice-président et responsables des négociations de l’UAW, General Holiefield, ont été faits « pour obtenir des avantages, concessions et prestations pour la FCA dans la négociation, la mise en œuvre et l’administration » des accords entre 2009 et 2015.

Les travailleurs de l’automobile devraient considérer ces accords – non seulement chez FCA, mais aussi chez Ford et GM – comme nuls et non avenus. Ils sont le produit de la fraude et n’ont aucune légitimité juridique.

Le scandale implique un nombre croissant de hauts responsables et collaborateurs de l’UAW, dont Holiefield (qui est décédé en 2015) ; sa femme, Monica Morgan, qui devrait plaider coupable ; et le directeur adjoint de l’UAW, Virdell King, qui a plaidé coupable en août dernier. Trois autres responsables sont pointés dans l’accord de Iacobelli, désignés seulement comme « responsable UAW-2, responsable UAW-3 et responsable UAW-4 ». Le document indique également que « d’autres responsables de l’UAW » étaient impliqués. On sait que l’ancien vice-président de l’UAW chez FCA Norwood Jewell a reçu des cadeaux achetés avec de l’argent volé à la caisse de l’organisme de formation géré par l’UAW.

Parmi les nouvelles révélations ressortant de l’accord de Iocobelli, est le fait qu’en février 2015, avant les négociations salariales de 2015, il s’est arrangé avec « le responsable UAW-4 » pour fournir des paiements de 50 000 dollars à certains responsables de l’UAW de manière à les dissimuler aux travailleurs de l’automobile.

Le scandale fournit une preuve indiscutable que l’UAW est un syndicat d’entreprises et non une organisation des travailleurs. Il sert à imposer la discipline du travail, à faire accepter des concessions et à isoler les luttes ouvrières. Pour cela, les personnes qui contrôlent l’organisation sont largement indemnisées au-delà de leurs salaires syndicaux et frais de déplacement gonflés, sous la forme de pots-de-vin, de postes aux conseils d’administration des entreprises, et le contrôle des caisses de santé et de retraite.

La période couverte par le scandale de corruption de Iacobelli est particulièrement significative. En 2009, un an après le krach financier de 2008, l’industrie automobile a été restructurée sous la direction de l’administration Obama. Le Groupe de travail sur l’Automobile mis en place par Obama, dirigé par des agents de Wall Street et travaillant en étroite collaboration avec l’UAW, a organisé la « faillite gérée » de GM et Chrysler, éliminant des dizaines de milliers d’emplois et imposant des accords réduisant les couvertures pour la santé, la réduction de moitié des salaires des nouvelles embauches, et a largement généralisé le recours à des travailleurs de second rang faiblement rémunérés.

Chrysler est sorti de la faillite grâce à un plan d’investissement conjoint impliquant la société automobile italienne Fiat, l’UAW et les gouvernements américain et canadien. Cela a été suivi par des accords imposant des concessions aux travailleurs en 2011 chez toutes les trois grandes compagnies automobiles américaines qui ont maintenu la croissance des coûts du travail à des niveaux historiquement bas et créé les conditions pour de nouvelles restructurations et suppressions d’emplois.

En 2015, l’UAW a choisi FCA pour définir le modèle de nouveaux accords couvrant les travailleurs des trois grandes entreprises (FCA, General Motors et Ford), une décision qui a surpris les analystes du secteur. La relation étroite et corrompue entre les cadres de l’UAW et les responsables de la FCA a sans aucun doute joué un rôle dans cette décision.

L’accord conclu par l’UAW, facilité par la corruption, a rencontré une énorme opposition de la part des travailleurs de l’automobile. Les travailleurs de FCA rejetèrent l’accord proposé par l’UAW – le premier rejet d’un accord national UAW depuis 1982. L’UAW a fait un passage en force d’un second accord légèrement reformulé chez FCA, et a récidivé chez GM et Ford, en utilisant une combinaison de mensonges, de violations des statuts de l’UAW (y compris l’annulation d’un vote « non » par les travailleurs qualifiés de GM) et le bourrage des urnes. (Les travailleurs de Ford allèguent que le syndicat a bourré des urnes pour obtenir le vote de 51 pourcents pour un « oui » d’acceptation).

Le Bulletin d’information des travailleurs de l’automobile Autoworker Newsletter du WorldSocialist Web Site ajoué un rôle de premier plan dans l’organisation de l’opposition à l’accord de 2015. Ses articles analysant et s’opposant aux accords ont été lus et partagés par des dizaines de milliers de travailleurs de l’automobile, notamment sur Facebook. L’appel du WSWS pour la formation de comités de base, indépendants et opposés à l’UAW, a reçu une forte réponse positive.

Le résultat a été que les journalistes du WSWS ont été attaqués par des responsables de l’UAW et leurs hommes de mains comme des « agitateurs extérieurs » qui « sèment la zizanie ». Une agence de relations publiques de l’UAW a lancé une campagne dénonçant comme des promoteurs de « fausses nouvelles » les travailleurs qui se sont tournés vers les médias sociaux pour diffuser des informations et organiser l’opposition. Cette couverture frauduleuse à la répression a depuis été reprise par la classe dirigeante afin d’interdire les « fausses nouvelles », en réalité censurer Internet, dans le but de réprimer l’opposition de la classe ouvrière.

Image affichée par l’UAW Chrysler le 2 octobre 2015 pour contrer l’opposition des travailleurs à l’accord

En octobre 2015, l’avocat principal de l’AFL-CIO (centrale des syndicats) de Metro Detroit, Bruce Miller, a écrit une lettre attaquant le WSWS comme « des vautours de gauche vêtus de rouge qui prêchent leur amour pour les travailleurs tout en défendant les ennemis des travailleurs ». Miller a ensuite écrit que le WSWS « accuse l’UAW d’avoir vendu ses membres avec l’accord conclu ».

Le fait que l’UAW a vendu ses membres – littéralement – a maintenant été prouvé. Tout ce que le WSWS a dit au sujet des accords et de l’UAW était correct.

Ce scandale de corruption pourrait – et devrait – marquer la fin de l’UAW en tant qu’institution. Ce syndicat est déjà profondément détesté par les travailleurs de l’automobile. Malgré les meilleurs efforts du Parti démocrate et des diverses organisations de pseudo-gauche qui opèrent à la périphérie du Parti démocrate et des syndicats, l’UAW a été rejeté par les travailleurs des usines automobiles du sud des Etats-Unis. Il est maintenant nu devant toute la classe ouvrière en tant qu’organisation corrompue et criminelle.

Pourtant, L’UAW n’est que l’expression du caractère anti-classe ouvrière des syndicats nationalistes et pro-capitaliste dans leur ensemble. Au cours des quatre dernières décennies, les syndicats ont concentré tous leurs efforts sur la suppression de la lutte des classes. Dans la période de dix ans entre 2007 et 2016, le nombre de grèves importantes a atteint en moyenne seulement 14 par an, le plus bas depuis que le ministère du travail a commencé la collecte des données en 1947. Les syndicats ont joué un rôle similaire dans d’autres pays.

Il y a des signes de plus en plus de colère de la classe ouvrière partout dans le monde. Déjà cette année, des manifestations ont éclaté en Iran, en Tunisie, au Maroc, en Allemagne, en Inde et en Grèce. L’année dernière s’est terminée avec l’éruption d’une grève sauvage par les travailleurs de Ford en Roumanie.

La rébellion des travailleurs de l’automobile en 2015 a démontré la colère des travailleurs aux États-Unis et l’affaiblissement de l’emprise de l’UAW. Ces tendances se sont intensifiées. Le gouvernement Trump, avec la connivence des démocrates et la complicité des syndicats, supervise une nouvelle redistribution de la richesse vers les riches.

Le WSWS appelle les travailleurs de l’automobile et toutes les sections de la classe ouvrière à tirer les conclusions nécessaires du scandale UAW. Nous exhortons les travailleurs à former des comités de base dans chaque usine et lieu de travail pour exiger la révocation de tous les accords négociés par la fraude et la corruption.

Ces comités créeront les conditions pour que les travailleurs avancent leurs propres revendications, y compris la restauration de toutes les concessions, l’élimination des catégories de travail de deuxième et troisième rang, l’embauche permanente de tous les travailleurs intérimaires, une augmentation immédiate des salaires pour tous les travailleurs et la fin à la dictature patronale et au traitement inhumain et dégradant des travailleurs sur les chaînes de montage. Pour être efficaces et démocratiques, les comités interdiront la présence de responsables syndicaux dans leur travail, de la même manière que les agents et espions des entreprises sont interdits de participer aux réunions et discussion des travailleurs sur les médias sociaux.

L’activité des comités d’usine doit être liée aux revendications anticapitalistes, anti-impérialistes et socialistes qui répondent aux besoins réels de la masse des gens. Les sociétés géantes, y compris les sociétés d’automobiles, doivent être transformées en propriété collective et fonctionner sur la base de besoins sociaux et non de profits privés.

Les comités indépendants des travailleurs, libérés du contrôle des syndicats nationalistes, créeront les conditions d’unification des travailleurs du monde entier dans une lutte commune.

Le WSWS et le Parti de l’égalité socialiste feront tout leur possible pour promouvoir et aider à la création d’organisations de travailleurs indépendantes, reliant la montée de la lutte des classes à une perspective et un programme politiques et socialistes.

(Article paru en anglais le 26 janvier 2018)