Les travailleurs industriels allemands prêts à lancer des grèves massives

Par Dietmar Henning
30 janvier 2018

Le secteur industriel le plus important de l’Allemagne, l’industrie de la métallurgie et de l’électronique, est sur le point de connaître une expansion majeure de grèves. Avec 960 000 travailleurs ayant participé à de brefs débrayages d’avertissement et manifestations au cours des deux dernières semaines, le syndicat IG Metall a annoncé une grève d’une journée dans 250 usines entre mercredi et vendredi cette semaine.

Malgré tous ses efforts, IG Metall n’a pas réussi à étouffer le mouvement entourant les pourparlers de l’accord tarifaire de branche. La cinquième ronde de négociations s’est effondrée parce que le syndicat a estimé qu’il ne pouvait pas, sous la pression des travailleurs, accepter un accord pour la région du Bade-Wurtemberg qui aurait servi de modèle pour près de 4 millions de travailleurs à l’échelle nationale.

Le syndicat et l’organisation patronale se sont reprochés l’échec des pourparlers. Les patrons ont proposé une hausse de salaire de 6,8 % en deux étapes dans le cadre d’un accord de 27 mois, ce qui équivaudrait à seulement 3 % par an. Le syndicat a proposé une augmentation des salaires de 4,5 % dans la première étape et une augmentation totale de 8 % sur 27 mois. Ce qui ferait 3,6 % par an, bien en deçà de la demande initiale d’une augmentation annuelle de 6 %.

IG Metall a également largement abandonné sa revendication d’une réduction temporaire des heures de travail hebdomadaires en échange d’une compensation partielle d’une perte de rémunération. Stefan Wolf, chef de l’association des employeurs de Sudwest Metall, a indiqué que le syndicat était prêt à accepter cette proposition dans le cadre de sa proposition d’augmentation du temps de travail dans les usines. Cela permettrait aux entreprises d’atteindre leur objectif le plus important : l’abandon de la semaine de travail de 35 heures et son prolongement à 40 ou même 42 heures.

La revendication d’une compensation partielle des salaires pour certains groupes de travailleurs, tels les travailleurs postés et les travailleurs qui s’occupent d’enfants ou de parents ayant besoin de soins, a été entièrement rejetée par IG Metall. Au lieu de cela, les travailleurs auraient la possibilité d’échanger la deuxième étape de la hausse des salaires pour des vacances supplémentaires.

Malgré le recul du syndicat, les pourparlers se sont effondrés parce que la pression exercée par les travailleurs de la base était telle que les syndicats ne pouvaient plus faire de concessions aux employeurs sans courir le risque de perdre le contrôle des travailleurs. Cependant, IG Metall continue de faire tout son possible pour trahir la lutte pour cet accord.

À cette fin, le syndicat n’a pas déclaré que les pourparlers avaient échoué et il a évité d’organiser un vote de grève pour autoriser des grèves illimitées. Les grèves de 24 heures, qui devaient initialement avoir lieu immédiatement, ont été reportées à mercredi afin de créer une nouvelle opportunité pour parvenir à un accord pourri.

Le syndicat a également donné aux employeurs la possibilité d’aller aux tribunaux pour bloquer les grèves. Rainer Dulger, chef de l’association des employeurs industriels, a déjà annoncé son intention de déposer une injonction contre les grèves lundi.

Même si les grèves de 24 heures ont lieu, IG Metall s’efforcera de mettre en œuvre un compromis pourri immédiatement après. Le chef du syndicat Jörg Hofmann a expliqué le but des grèves en disant qu’elles devraient « augmenter la pression sur les employeurs pour qu’ils trouvent un compromis acceptable dans ce conflit collectif. » Manager Magazin a rapporté : « Les négociateurs des deux côtés avaient longtemps envisagé de conclure un accord après une autre semaine de grève début février. »

Le principal facteur derrière la volonté d’IG Metall de conclure au plus vite un accord pourri, sans même obtenir la moitié de sa revendication salariale initiale, se trouve dans les pourparlers en cours sur l’établissement d’un nouveau gouvernement fédéral. Les syndicats veulent à tout prix éviter de risquer l’effondrement des pourparlers entre le Parti social-démocrate (SPD) et les partis conservateurs en raison de la pression d’une vague de grève massive.

La Fédération syndicale allemande et IG Metall sont de fervents partisans d’un nouvel épisode de la grande coalition, même si le SPD et les partis conservateurs sont responsables des attaques majeures contre la classe ouvrière au cours des 20 dernières années, à commencer par une réduction massive des impôts qui a profité aux riches et a été suivie des lois du travail Hartz, la réforme de l’aide sociale de l’Agenda 2010, la hausse de l’âge de la retraite de 67 à 70 ans et une détérioration drastique du système de santé.

L’Allemagne est ainsi devenue l’un des pays les plus inégalitaires d’Europe. Plus de 40 % de la population gagne moins qu’il y a 20 ans. Quelque 3,2 millions de personnes ont plus d’un emploi. Le fossé entre les riches et les pauvres a atteint des niveaux jamais vus depuis 1913. Les 45 ménages les plus riches possèdent plus de richesse que la moitié la plus pauvre de la population.

Les entreprises allemandes ont également fait d’énormes progrès en matière de productivité. Les charges de travail dans les usines ont continuellement augmenté au cours des dernières années au détriment de la santé et du bien-être des travailleurs. Pour beaucoup, les niveaux de stress sont devenus insupportables. Selon l’association des employeurs industriels, la productivité par travailleur a augmenté de 2,5 % entre janvier et novembre 2017 seulement.

Cette productivité accrue sert exclusivement à engraisser les profits accumulés par les dirigeants et les actionnaires. En revanche, les salaires des travailleurs ont à peine augmenté. Les augmentations minimes des salaires au cours de la dernière décennie ont été dévorées par la hausse des prix des loyers. Un nombre croissant de postes à temps plein sont remplacés par des travailleurs temporaires et contractuels à bas salaire. C’est pourquoi les demandes d’une augmentation salariale de 6 % et d’une réduction temporaire de la semaine de travail à rémunération partiellement compensée ont été fortement soutenues.

Un nouvel épisode de la grande coalition non seulement continuerait, mais intensifierait les mesures anti-travailleurs de son prédécesseur. Comme cela a déjà été convenu dans un document publié après la conclusion des pourparlers exploratoires, la tâche principale du nouveau gouvernement sera de renforcer l’Union européenne et de l’étendre en une forteresse militaire capable de faire respecter les intérêts mondiaux du capital allemand et européen. Le SPD et les partis conservateurs envisagent de coopérer avec le président français Emmanuel Macron, qui gouverne sous un état d’urgence de facto et a initié la plus grande contre-révolution sociale depuis la fondation de la Vᵉ République.

Les véritables objectifs de la grande coalition – un renforcement militaire massif et un renforcement de l’appareil d’État national, et une augmentation correspondante des dépenses militaires – ne sont discutés qu’à huis clos ou dans des publications spécialisées. Cependant, même l’article principal de la dernière édition de Der Spiegel a clairement montré que la marche folle à la guerre n’est pas le seul fait du président américain Donald Trump.

Ullricht Fichtner, dans un article intitulé « Puissance mondiale à contre cœur » a fantasmé sur comment, « à Manchester et à Rome, à Varsovie et à Lyon, les vitres des fenêtres » trembleront quand l’Allemagne, qu’il compare à un « gorille de 400 kilos », se déplace. « Chaque enfant devrait savoir », selon Fichtner, « qu’un colosse comme l’Allemagne n’a pas le choix d’exercer ou non son pouvoir ».

IG Metall, qui soutient pleinement les plans pour une nouvelle grande coalition, fera tout pour étouffer la lutte pour l’accord et la trahir. Les travailleurs qui veulent se battre pour conserver leur emploi et améliorer leurs salaires et leurs conditions de travail doivent rompre avec les syndicats et former des comités d’action indépendants. Les comités d’action doivent prendre le contrôle de l’organisation des grèves et prendre contact avec les travailleurs d’autres pays qui veulent se battre contre les multinationales et leurs gouvernements respectifs.

Prenez contact avec le Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité socialiste) et le World Socialist Web Site, qui vous soutiendront dans cette lutte. Le SGP appelle à une extension du mouvement de grève et à faire de celui-ci le prélude à une mobilisation politique pour de nouvelles élections. Le SPD et les partis conservateurs, de concert avec les syndicats, ne peuvent être permis de mettre en œuvre leurs plans réactionnaires.

Le SGP est l’unique parti qui appelle à de nouvelles élections et à se battre dans la classe ouvrière pour un programme qui combine la lutte contre la guerre et l’exploitation capitaliste avec la lutte pour une société socialiste.

(Article paru en anglais le 29 janvier 2018)