Des centaines de milliers de travailleurs en grève dans l’industrie allemande

Par Peter Schwarz
1 février 2018

Alors que l’élite dirigeante allemande conspire pour former un nouveau gouvernement afin de réduire les salaires des travailleurs, attaquer les droits démocratiques et remilitariser le pays, la classe ouvrière donne sa réponse sous forme du plus grand mouvement de grève du pays depuis 15 ans.

Mercredi, plus de 65 000 travailleurs des industries métallurgiques et électriques allemandes vont faire grève pendant 24 heures. Jeudi et vendredi, des centaines de milliers d’autres suivront. Le syndicat IG Metall a lancé des grèves d’avertissement de 24 heures à l’échelle nationale dans 250 entreprises, dont Daimler, BMW et Volkswagen.

L’extension du mouvement de grève a lieu malgré les efforts de la direction d’IG Metall de contenir la lutte pour un nouvel accord collectif et parvenir à un compromis au rabais qui trahira les revendications des travailleurs. C’est l’expression de la colère grandissante et de la radicalisation des travailleurs après des décennies d’attaques sociales de la part du gouvernement et des employeurs.

La signification de cette lutte dépasse de loin les frontières de l’Allemagne. Partout en Europe et dans le monde, les élites dirigeantes s’acharnent à démanteler les protections des travailleurs et à dévaster leurs salaires et leurs acquis sociaux afin de financer de nouvelles guerres encore plus grandes et de s’enrichir.

La vague de grèves en Allemagne confirme le pronostic du World Socialist Web Site à l’occasion de la nouvelle année : « Cette nouvelle année 2018 – le bicentenaire de la naissance de Marx – se caractérisera avant tout par une forte intensification des tensions sociales et une escalade des conflits de classes dans le monde. »

Les noms de la chancelière allemande, Angela Merkel, et de l’ancien ministre des finances du pays, Wolfgang Schäuble, ont été pendant des années synonymes d’attaques brutales contre la classe ouvrière européenne. Les diktats d’austérité qui ont bouleversé la vie de millions de familles ouvrières en Grèce, en Espagne et au Portugal étaient avant tout l’œuvre de la dernière grande coalition de gouvernement à Berlin. La transformation de l’Europe de l’Est en un vaste réservoir de main-d’œuvre bon marché pour les sociétés internationales, qui rémunèrent les travailleurs des anciens régimes staliniens à une fraction des salaires européens occidentaux, est également le résultat de la politique des classes dirigeantes allemandes.

Le gouvernement allemand n’aurait pas pu jouer ce rôle s’il n’avait pas simultanément attaqué la classe ouvrière allemande et l’avait matée, avec l’aide de syndicats inféodés. Les lois Hartz introduisant des « réformes » du travail et de l’aide sociale, adoptées en 2003 par un gouvernement des sociaux-démocrates et des verts, ont créé un énorme secteur à bas salaires. En parallèle à cela, une armée de représentants des comités d’entreprises et de délégués syndicaux bien rémunérés ont veillé à ce que les salaires stagnent et que la situation des travailleurs se détériore progressivement.

La classe ouvrière n’a rien retiré du « succès » économique de l’Allemagne, qui a été réalisé à son détriment. Une petite couche au sommet de la société s’est enrichie sans retenue, faisant de l’Allemagne l’un des pays les plus inégalitaires d’Europe, avec 40 pourcents de tous les salariés gagnant moins qu’il y a vingt ans.

La vague de grève dans les industries automobile, métallurgique et électrique est une rébellion contre ces conditions. Le syndicat IG Metall a été contraint d’appeler aux grèves de 24 heures parce qu’il affronte une atmosphère de colère et de méfiance qui va bien au-delà des industries touchées.

L’esprit combatif s’accentue dans d’autres pays européens. En Serbie et en Roumanie, il y a eu des grèves spontanées contre les salaires de famine dans l’industrie automobile. En Grèce, la classe ouvrière a fait grève et protesté contre les diktats d’austérité de l’Union européenne et du gouvernement Syriza. En France, la résistance aux « réformes » du marché du travail du président Macron se développe. Le Royaume-Uni a connu une série de grèves de cheminots. Le mouvement de grève en Allemagne encouragera les travailleurs à travers l’Europe dans leurs luttes.

Les défis auxquels sont confrontés les travailleurs en grève sont avant tout politiques. Alors qu’ils luttent pour des salaires plus élevés et une réduction du temps de travail, le Parti social-démocrate et les partis conservateurs (Union chrétienne-démocrate et Union sociale chrétienne), avec le soutien total des syndicats, se préparent à former une troisième édition de la grande coalition. Un tel gouvernement non seulement intensifiera les attaques contre la classe ouvrière en Allemagne et dans toute l’Europe, mais il renforcera les pouvoirs de l’État et accélérera le programme de réarmement militaire et de guerre.

Un tel gouvernement n’a aucune légitimité démocratique. La grande coalition a été rejetée aux urnes il y a quatre mois. Les votes pour les sociaux-démocrates, les chrétiens démocrates et l’union sociale chrétienne ont chuté de 14 pour cent dans les élections générales. La tentative de ramener les mêmes partis sous la forme d’une nouvelle grande coalition est une conspiration politique dont les véritables objectifs sont cachés au peuple.

Si les partisans de la coalition pavoisent sur les thèmes de « l’unité de l’Europe » et de « l’amitié avec la France », leur objectif réel, avec le président français Macron, est d’approfondir la contre-révolution sociale et de transformer l’Union européenne en une alliance militaire qui imposera les intérêts impérialistes allemands et français contre la Russie, la Chine et les États-Unis.

L’élite dirigeante allemande est en train de comploter pour augmenter les dépenses militaires non seulement pour atteindre l’objectif de 2 pourcents du PIB fixé par l’OTAN, ce qui signifie le doubler à 60 milliards d’euros, mais pour aller encore au-delà. Cela n’est possible que grâce à des réductions massives des dépenses sociales, qui effaceront rapidement les gains que les métallurgistes pourraient réaliser grâce à la grève.

Les grèves dans les industries métallurgiques et électriques doivent être liée à la lutte pour de nouvelles élections. Les travailleurs ne doivent pas permettre à une cabale de conspirateurs d’installer le gouvernement le plus à droite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

De nouvelles élections doivent être convoquées donnant lieu à une mobilisation sur un programme socialiste qui combine le combat contre les coupes sociales, la dictature et la guerre avec le renversement du capitalisme. Le Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité socialiste) est le seul parti qui propose un tel programme. Il rejette l’Union européenne et met en avant la lutte pour les États socialistes unis d’Europe.

Cette semaine marque le 85ᵉ anniversaire depuis qu’une clique autour du président Paul von Hindenburg, élu avec le soutien des sociaux-démocrates et du Parti du centre, a désigné Adolf Hitler comme chancelier, initiant la plus grande catastrophe humaine de l’histoire du monde.

Contrairement au récit officiel, Hitler n’a pas été porté au pouvoir par une vague de soutien populaire. Les nazis étaient dans une crise profonde. Lors des élections du Reichstag (parlementaires) en novembre 1932, ils ont perdu près de deux millions de voix. Avec 33 pourcents des suffrages, ils étaient à la traîne des deux principaux partis ouvriers, les sociaux-démocrates (SPD) et le parti communiste (KPD), qui totalisaient plus de 37 pourcents. Mais l’élite dirigeante allemande avait besoin d’Hitler pour écraser le mouvement ouvrier et se préparer à la prochaine guerre.

Personne ne devrait imaginer qu’une telle catastrophe ne puisse pas être répétée. Le monde évolue rapidement vers une troisième guerre mondiale. Le numéro de cette semaine du magazine britannique The Economist est intitulée « The Next War ». Son éditorial principal déclare : « Un conflit d’une ampleur et d’une intensité jamais vues depuis la Seconde Guerre mondiale est une fois de plus plausible ».

Les cercles dirigeants allemands se préparent de plus en plus ouvertement à la guerre et à la dictature. Pour la première fois, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti d’extrême droite, siège au Bundestag (parlement) et se verra confier la présidence de la commission du budget. Un professeur de l’Université Humboldt, Jörg Baberowski, annonce que « Hitler n’était pas méchant » et il est défendu par l’administration de l’université et les médias contre les critiques des étudiants. Dans son dernier éditorial, l’hebdomadaire Der Spiegel, qui avait publié l’apologie de Baberowski pour Hitler, affirme que les vitres « à Manchester et à Rome, à Varsovie et à Lyon » tremblent devant l’Allemagne, le « gorille de 400 kilos » qui réarme.

Comme à la première moitié du XXᵉ siècle, la classe ouvrière est face au choix entre le socialisme et la barbarie. Pour empêcher la classe dirigeante d’imposer son programme de contre-révolution sociale et de plonger le monde dans une guerre catastrophique, la classe ouvrière doit prendre l’initiative et s’unir internationalement pour renverser le capitalisme.

Les grèves dans les industries métallurgiques et électriques doivent s’étendre. Cela nécessite une rupture avec le syndicat IG Metall, qui fait tout son possible pour étouffer la grève. Le syndicat travaille en étroite collaboration avec les associations d’employeurs et la plupart de ses responsables sont membres du SPD et soutiennent une nouvelle édition de la grande coalition.

Afin d’élargir la grève, des comités de travailleurs à la base doivent être mis en place pour prendre le contrôle du conflit et établir des contacts avec les travailleurs en Europe et dans le monde. Ceci est indissociablement lié à la lutte pour de nouvelles élections pour empêcher l’installation d’une nouvelle grande coalition et défendre une solution socialiste.

(Article paru en anglais le 31 janvier 2018)