Une grande coalition allemande pour l’austérité et la guerre

Par Johannes Stern
7 février 2018

Quand les sociaux-démocrates parlent contre l’austérité, tous les travailleurs savent qu’une nouvelle série d’attaques sociales est imminente.

Avec les négociations de coalition dans la dernière ligne droite, le leader du Parti social-démocrate (SPD), Martin Schulz, s’est présenté devant les caméras hier et a annoncé un accord entre son parti et l’Union chrétienne-démocrate conservatrice et l’Union sociale chrétienne (les deux partis ensemble sont connus comme « l’Union ») sur la politique européenne. Le résultat était « un signal nécessaire pour un nouveau départ pour l’Europe ». Les succès du point de vue du SPD sont « plus d’investissements, un budget d’investissement pour la zone euro et la fin des diktats d’austérité ».

C’était évidemment un mensonge. Quelques minutes plus tard, le Conseil économique de la CDU a précisé que le chapitre adopté sur la politique européenne n’était en aucun cas la « fin des diktats d’austérité ». La politique européenne « même dans une grande coalition ne serait pas faite au siège du SPD », a déclaré à Reuters le secrétaire général du Conseil économique, Wolfgang Steiger (CDU).

En fait, il n’y a aucune différence fondamentale entre la Willy-Brandt-Haus (siège du SPD) et le siège de la CDU en matière de politique fiscale. Le SPD et l’Union ont l’intention d’intensifier la politique d’austérité avec laquelle ils ont déjà plongé des millions de travailleurs et de jeunes en Allemagne et dans toute l’Europe dans la pauvreté et le chômage ces dernières années. Le document exploratoire contenait déjà des phrases telles que « Nous voulons renforcer la compétitivité de l’UE dans le contexte de la mondialisation » et « Nous voulons faire pression pour la retenue fiscale dans l’UE ».

Selon les médias, l’Union et le SPD ont convenu dans leur document de coalition, qui devrait être présenté aujourd’hui, de réglementer les banques moins strictement. En ce qui concerne le Brexit, ils ont convenu que l’Allemagne, en tant que centre financier de l’UE, devrait être rendue plus attrayante pour les banques et la finance internationale. En outre, le fameux « zéro noir » (Schwarze Null – aucun déficit) de l’ancien ministre des Finances Wolfgang Schäuble restera en place. Avec les « réformes » Hartz du SPD, il a fait de l’Allemagne l’un des pays les plus inégalitaires d’Europe.

Derrière le « Nouveau départ pour l’Europe » de Schulz se cache un agenda politique profondément réactionnaire. Le SPD et son président poursuivent leur intention déclarée d’approfondir la contre-révolution sociale avec le président français Emmanuel Macron et de transformer l’Union européenne d’une alliance économique en une alliance militaire, afin de faire valoir ses intérêts impérialistes sur ses rivaux internationaux.

Déjà lors de la conférence spéciale du SPD en janvier, Schulz a appelé à la mise en œuvre rapide d’une politique militaire européenne commune, et une politique de grande puissance en étroite coopération avec la France. « Seul un SPD fort et déterminé peut renforcer notre pays et l’Europe. […] C’est beaucoup dire » a-t-il crié aux délégués. L’Europe attend « une Allemagne consciente de ses responsabilités vis-à-vis de l’Europe qui agit de manière décisive, ce qui ne sera pas possible sans le SPD ». Les propositions du président français Emmanuel Macron seraient « à l’ordre du jour ».

L’impact antisocial de ces propositions a été réitéré la semaine dernière. Jeudi, le Premier ministre français Édouard Philippe et le ministre des finances publiques, Gerald Darmanin, ont annoncé une attaque globale contre les fonctionnaires. Il vise à supprimer complètement le statut juridique des droits des travailleurs établis après la libération de la France de l’occupation nazie. Le gouvernement Macron prévoit des licenciements massifs, un affaiblissement du statut de fonctionnaire, une rémunération liée à la performance et l’utilisation accrue d’employés contractuels au lieu de fonctionnaires à vie.

L’offensive est soutenue avec enthousiasme par la classe dirigeante en Allemagne. « Maintenant, Macron veut massacrer les vaches sacrées de France », a salué le quotidien allemand Die Welt tout en exigeant des mesures similaires en Allemagne. « Là aussi, de nombreux employés publics travaillent aux niveaux fédéral, des lander et local. Ce qui ajouté à près de 1,85 million de fonctionnaires représente environ 4,6 millions de personnes qui coûtent 250 milliards d’euros, soit environ un cinquième des dépenses publiques. »

Il ne fait aucun doute que le SPD et les partis de l’Union préparent des économies d’une telle ampleur afin de libérer les milliards nécessaires pour leurs mises à niveau militaires souhaitées. Les commentaires des politiciens influents dans le domaine sécuritaire montrent que les partenaires de la coalition discutent d’un programme d’armement complet derrière le dos de la population qui évoque des souvenirs du réarmement de la Wehrmacht dans les années 1930.

« Depuis 2014, primordialement, la politique allemande a suivit un cours différent, non parce qu’elle a été annoncée dans des discours ou des accords de coalition, mais parce que la situation l’exige », a écrit le président de l’Académie fédérale de la politique sécuritaire (BAKS), Karl-Heinz Kamp, dans un billet invité dans l’hebdomadaire allemand Focus.

En d’autres termes, la politique du prochain gouvernement n’est pas déterminée par les promesses du SPD et de la CDU/CSU ou par ce qu’ils écriront dans l’accord de coalition, mais par la crise internationale du capitalisme et la réaction de la classe dirigeante à cette première. « Avec l’agression de la Russie à l’Est et le chaos dans la Méditerranée, il y a encore des menaces directes », écrit Kamp.

Puis il ajoute, visiblement satisfait : « Le budget de la défense allemande est à nouveau en hausse, de même que les dépenses de la police, des services de renseignement et de l’aide au développement, ainsi que de nouveaux équipements militaires. Le Bundestag a approuvé des projets d’armements pour environ 32 milliards d’euros, contre seulement 6 milliards au cours de la législature précédente, et un plan d’investissement de 130 milliards d’euros avec 1500 projets individuels concrets allant des gilets de protection aux chars de combat. »

Les promesses creuses faites par l’Union et le SPD ces derniers jours – comme dépenser plus d’argent pour l’éducation, le logement et les affaires sociales – sont simplement destinées à dissimuler leur programme réactionnaire. La classe dirigeante craint la résistance croissante des travailleurs et des jeunes contre leurs politiques antisociales et militaristes. Alors que le SPD et les partis de l’Union veulent conclure rapidement les négociations de coalition, les syndicats travaillent désespérément à étouffer les grèves massives de la semaine dans l’industrie métallurgique et électrique. Handelsblatt a rapporté « un accord possible » entre IG Metall et les patrons pour aujourd’hui.

Le Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité socialiste – Allemagne) fonde son appel à de nouvelles élections sur l’opposition croissante aux coupes sociales, au militarisme et à la dictature. Les grèves dans les industries métallurgiques et électriques doivent être poursuivies et liées à la mobilisation la plus large possible de la classe ouvrière à travers l’Europe et à l’international sur la base d’un programme socialiste. La classe dirigeante en Allemagne ne doit pas être autorisée à porter au pouvoir le gouvernement le plus à droite depuis le renversement du régime nazi afin de se préparer à de nouvelles guerres et attaques sociales.(Article paru d’abord en anglais le 6 février 2018)