Chelsea Manning se présentera sous l’étiquette du Parti démocrate aux élections sénatoriales du Maryland

Par Nick Barrickman
8 février 2018

Un ancien soldat de l’armée américaine emprisonnée pendant sept ans pour avoir divulgué des documents révélant des atrocités commises par le gouvernement américain en Irak, en Afghanistan et ailleurs, a déposé le mois dernier sa candidature sous l’étiquette du Parti démocrate aux élections du Sénat de juin prochain au Maryland.

« Nous vivons dans des temps difficiles. Les temps de peur, de répression, de haine », déclare Manning dans une vidéo de campagne. Devant des images granuleuses de policiers antiémeute qui attaquent des manifestants non armés, des suprématistes blancs qui défilent à Charlottesville et le président Donald Trump qui rencontre des membres du Congrès, Manning déclare : « Nous devons cesser de nous attendre à ce que nos systèmes se réparent d’eux-mêmes. Nous devons en réalité prendre les rênes du pouvoir […] Nous devons les défier à tous les niveaux. Nous devons réparer cela. Nous n’en avons plus besoin. Nous pouvons faire mieux. Croyez-moi, nous nous en occupons. »

Un entretien de Manning du Washington Post se concentre sur trois domaines politiques : la réforme de la justice pénale (« Nous devons commencer à fermer les prisons, nous devons commencer à libérer les prisonniers ») ; des soins de santé gratuits et « sans poser de questions », payés avec de lourdes réductions du budget militaire américain (« Regardez le budget de la défense, nous dépensons près de 600 milliards de dollars par an en armes de guerre ») ; et ouvrir les frontières. Selon son équipe de campagne, l’ancien lanceur d’alerte a recueilli près de 50 000 dollars en petits dons depuis l’annonce de sa candidature.

Manning, dont la sentence fut commuée l’année dernière après avoir purgé sept ans d’emprisonnement à titre de punition pour avoir livré à WikiLeaks des centaines de milliers de dossiers militaires et diplomatiques révélant les crimes de l’armée, briguera la candidature démocrate contre le sénateur sortant, le démocrate Benjamin Cardin.

Sénateur élu deux fois qui a des liens étroits avec l’establishment militaire et du renseignement dans la région, M. Cardin a un trésor de campagne de plusieurs millions de dollars et est clairement le favori pour remporter la primaire démocrate le 26 juin et les élections générales en novembre.

Comme tant d’autres avant elle, Manning s’engage dans un effort malavisé pour œuvrer pour des réformes politiques et sociales à travers le système bipartite capitaliste. Manning a affirmé que la présidence de Barack Obama a laissé derrière lui des « velléités d’un héritage progressiste », qui devraient être protégées par une direction « progressiste fort et franche ».

Elle a déclaré ceci en dépit du traitement brutal, inhumain et, selon le droit international et national, illégal, qu’elle a reçu de la part du gouvernement américain et de l’administration Obama en particulier. L’arrestation, la torture, le procès, la condamnation et les années d’isolement de Manning ont tous eu lieu quand Obama était à la Maison Blanche. Obama a commué sa peine de prison dans un de ses derniers actes en tant que président, lui permettant seulement de quitter la prison plusieurs mois après le début du mandat de Trump.

Il y a un élément de tragédie dans la décision de Manning de briguer la nomination du Parti démocrate. Elle, plus que toute autre personne, devrait savoir qu’il y a mieux à faire que de promouvoir des illusions dans ce parti de la guerre impérialiste et des attaques contre les droits démocratiques. Ses révélations des crimes de guerre américains n'ont pas arrêté les actions de l'impérialisme. Plutôt, Obama a accéléré les activités criminelles du Pentagone et de la CIA, ce qui a ouvert la voie aux préparatifs actuels de Trump pour des guerres de grande échelle avec des « grandes puissances », y compris celles dotées d’armes nucléaires.

Cardin, contre qui Manning se présente, est le principal démocrate à la puissante commission sénatoriale des relations extérieures et a joué un rôle clé dans la chasse aux sorcières de droite contre les « ingérences étrangères » dans les élections américaines, visant à promouvoir une politique étrangère anti-russe militariste tout en qualifiant l’opposition politique aux plans de guerre américains de travail d'« agents russes ». Le mois dernier, le sénateur du Maryland a publié un document de 200 pages dénonçant le président russe Vladimir Poutine et attirant l’attention sur « la véritable portée et l’ampleur du modèle de Poutine visant à saper la démocratie en Russie et à travers l’Europe. »

Le document exigeait que Trump soit « lucide sur la menace russe, prenne des mesures pour renforcer la réponse de notre gouvernement et nos institutions et, comme d’autres présidents en temps de crise, mobilise notre pays et travaille avec une coalition internationale pour contrer la menace et affirmer nos valeurs. »

Dans une démonstration claire de la façon dont les affirmations sur l’« ingérence russe » servent à étouffer la dissidence politique, les experts du Parti démocrate ont déjà tenté d’attaquer Manning comme un prétendu « larbin des russes ». Un message sur Twitter, re-tweeté des milliers de fois, cite l’ancienne association de Manning avec WikiLeaks, qui a été calomnié par les démocrates et les républicains en tant que « service de renseignement non-étatique hostile » allié à la Russie. Il présente la décision de Manning de se présenter contre l’un des dirigeants de la campagne anti-russe Maccarthysme comme la preuve qu’elle est un pion dans un complot du Kremlin.

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(Article paru en anglais le 6 février 2018)