Macron prépare la privatisation de la SNCF

Par Anthony Torres
12 février 2018

Après avoir annoncé une vaste attaque contre le statut des fonctionnaires, Macron prépare la destruction du statut des cheminots, un autre acquis social datant de la Libération.

Jean-Cyril Spinetta, ancien PDG d’Air France doit rendre un rapport que le premier ministre lui a commandé en octobre, concernant une refonte stratégique du transport ferroviaire dans le cadre de l’ouverture à la concurrence du rail français prévu par l’UE.

Cette dernière prévoit une ouverture à la concurrence dès le 25 décembre 2023 pour les services conventionnés (TER et trains d'équilibre du territoire, TET ou Intercités) et à partir du 14 décembre 2020 pour les TGV. Cette décision européenne doit désormais se traduire par une loi dans le droit français.

Le contenu du rapport Spinetta n’est pas encore publié dans la presse, mais Le Parisien souligne déjà trois pistes à explorer par le gouvernement Macron. Dans l’article « Risque maximum de conflit social à la SNCF », il évoque la privatisation de la SNCF: « Son statut d’Epic (Etablissement public à caractère industriel et commercial) actuel risque d’être remis en cause par l’Europe qui estime qu’il fausse la concurrence, analyse Gilles Savary… ancien député PS. Cela apporte une garantie universelle à la SNCF qui la protège de la faillite. En la transformant en société anonyme, avec l’entrée au capital de la Caisse des dépôts..., elle conserverait son statut public tout en répondant aux critères européens.»

La privatisation de la SNCF s’accompagnerait de la suppression du statut des cheminots toujours selon Le Parisien: « C’est le dossier le plus sensible. Issu d’un décret de 1950, il complète le code du Travail et définit les règles propres aux cheminots en matière de rémunérations, de congés, de déroulement de carrière ou encore de droit syndical. Un statut avantageux qui garantit l’emploi à vie des cheminots ... Une manière de faire sauter le tabou du sacro-saint statut des cheminots qui alourdit automatiquement la masse salariale de la SNCF 2,4 pour cent chaque année contre 2 pour cent chez un transporteur sans statut.»

Comme à Orange et à La Poste, le statut pourrait être supprimé pour les nouveaux embauchés à la SNCF, dévitalisé voire supprimé complètement. Macron avait ainsi déclaré à un cheminot l’été dernier: « Vous protéger, ce n’est pas protéger votre statut ou le job d’hier, c’est vous protéger en tant qu’individu pour aller vers le job de demain ».

Pour imposer la loi de libre concurrence dans le ferroviaire, Macron fait du chantage en évoquant le rachat de la dette de la SNCF par l’État: «Parlons-nous franchement: si on reprend la dette, quel nouveau pacte social SNCF est-elle prête à avoir ? (...) Nous demandons à SNCF d'aller plus loin sur les réformes, le statut, la mobilité, le régime de retraite.»

En cassant le statut des cheminots, Macron prépare aussi la réforme des retraites prévue en 2019. En effet, pendant la campagne présidentielle, le chef de l’État s’était engagé à remplacer la trentaine de régimes de retraite existants par un système universel par répartition. Ainsi, le régime spécial des cheminots, déjà été attaqué sous Sarkozy, serait détruit et les retraites de la population entière nivelées par le bas.

La casse du statut des cheminots fait partie d’une attaque plus large par l’aristocratie financière des acquis sociaux de la classe ouvrière en Europe, obtenus suite à la victoire sur le nazisme en 1945 et remontant finalement à la Révolution d‘octobre 1917 en Russie. C'est avant tout le produit de la profonde crise du capitalisme européen et français. Le gouvernement veut casser le statut des cheminots pour accroître la productivité et la compétitivité de la SNCF, défaillante face à la concurrence étrangère.

Le gouvernement Blum avait créé la SNCF en 1937 comme société anonyme d’économie mixte détenue à 51 pour cent par l’État, pour faire face aux milliards de francs de pertes cumulées par les différentes sociétés privées exploitant les lignes de transport. En même temps, son gouvernement isolait la lutte révolutionnaire des ouvriers espagnols et cassait brutalement les grèves en France. Cette politique allait exploser trois ans plus tard, avec l'invasion nazie de la France et la collaboration de la bourgeoisie avec l'occupant.

Le statut des cheminots et des fonctionnaires a été garanti après la défaite de l'Allemagne nazie par l'Union soviétique dans la Deuxième Guerre mondiale et la Libération de la France. L'attaque de Macron contre les cheminots vise à casser les acquis de ces luttes.

Les cheminots ont joué un rôle important dans la résistance à l'Occupation nazie. Alors que la SNCF déportait les Juifs et les résistants vers les camps de la mort, des sections importantes de cheminots sont entrés en résistance. Environ 800 employés de la SNCF ont été exécutés par les nazis pour avoir résisté aux ordres. Près de 1200 ont été déportés vers des camps de concentration pour sabotage ou actes de désobéissance et 2361ont été tués par balles, par des mines ou lors de bombardements.

L'offensive actuelle contre les droits sociaux acquis au 20e siècle donne raison à la critique trotskyste de la politique contre-révolutionnaire de collaboration de classe menée par le PCF stalinien à la Libération. Dans la mesure où on laissait la bourgeoisie au pouvoir et où le prolétariat européen ne prenait pas le pouvoir afin d'instaurer le socialisme, aucun des droits sociaux n'était durablement acquis.

Aujourd'hui, l'offensive de Macron pour casser le statut des cheminots souligne le caractère central, historique et irréconciliable de la lutte des classes. Vichy et les Nazis ont massacré les cheminots pendant la Deuxième Guerre mondiale; en préparant des attaques brutales sur les cheminots d'aujourd'hui, la bourgeoisie veut à présent cracher sur leurs tombes.

La classe capitaliste prépare des attaques fondamentales sur les acquis et les droits sociaux des travailleurs dans toute l’Europe. En Allemagne, la plus grande économie de l‘UE, la classe dirigeante tente d'assembler un gouvernement de «grande coalition» qui prépare des attaques massives contre les ouvriers pour financer l'équipement du militarisme allemand. En Grèce, le gouvernement de pseudo-gauche d'Alexis Tsipras applique les mesures d’austérité draconiennes de l’UE.

Les travailleurs veulent défendre leurs acquis et faire augmenter des salaires qui stagnent depuis longtemps, alors que la haute aristocratie financière s'est gavée de milliards d'euros à travers le sauvetage des banques. Mais ils devront le faire contre les syndicats, qui s‘indignent hypocritement tout en négociant les attaques avec Macron et le Medef.

Les syndicats n'arrêteront pas Macron ou les autres gouvernements réactionnaires de l’Europe. Pour le faire, il faut organiser les travailleurs pour une lutte politique internationaliste, menée indépendamment des syndicats, afin d'unifier les luttes ouvrières dans toute l'Europe. La base de cette lutte est un programme véritablement socialiste, internationaliste, de prise du pouvoir par la classe ouvrière, pour la construction des Etats-Unis socialistes d'Europe, et la construction du Comité international de la Quatrième Internationale en tant qu'avant garde révolutionnaire de la classe ouvrière.