Les États-Unis étendent leurs déploiements militaires à mesure que le risque de guerre monte en Asie

Par James Cogan
13 février 2018

La Stratégie de défense nationale publiée par l’administration Trump le mois dernier a défini la Chine et la Russie comme la « compétition stratégique » primordiale face à l’impérialisme américain. Elle a qualifié ces deux puissances nucléaires de « puissances révisionnistes » qu’il faut empêcher de saper la domination mondiale américaine. Le document a déclaré que les États-Unis devaient « donner la priorité à la préparation à la guerre ».

L’armée américaine fait exactement cela en Asie depuis plus de six ans, depuis que l’administration Obama a annoncé son « pivot » provocateur dans la région en novembre 2011. Elle a préparé et positionné une vaste gamme de navires de surface, sous-marins, bombardiers, chasseurs, des divisions d’infanterie et des unités de marines afin de mener une guerre régionale contre la Chine. De nouvelles bases pour les forces américaines ont été établies en Australie et à Singapour et rétablies aux Philippines et en Thaïlande. L’Inde, qui a été conditionnée comme « partenaire stratégique » contre la Chine, accorde maintenant des accès, de la maintenance et de l’approvisionnement à l’armée américaine.

Les États-Unis comptent quelque 50 000 militaires à Okinawa et ailleurs au Japon, dont 18 000 marines, un groupe aéronaval et des escadrons de chasseurs de la Force aérienne. Ils comptent quelque 29 500 effectifs en Corée du Sud, en première ligne de tout conflit avec la Corée du Nord. Guam accueille 7000 militaires, ainsi que des bombardiers stratégiques B-52 et B2 capables de tirer des armes nucléaires.

Le 9 février, le Wall Street Journal a fait état de la prochaine étape de la concentration de la puissance américaine en Asie. Le Pentagone envisage de déployer dans la région les trois Unités expéditionnaires maritimes (MEU) basées sur la côte ouest, qui ont été principalement utilisées en Irak et au Moyen-Orient au cours de la dernière décennie ou plus.

Les MEU sont composées de 2200 marines, de chasseurs et d’hélicoptères à bord de navires d’assaut amphibies, accompagnés de croiseurs et de destroyers lance-missiles, de navires de soutien et souvent d’un sous-marin d’attaque. Dans une version actualisée de la diplomatie de la canonnière, s’ils sont déployés, ils pourront parcourir pendant jusqu’à sept mois toute la région pour « persuader les nations du Pacifique de se tenir aux côtés des États-Unis » contre la Chine.

Les officiels du Pentagone ont déclaré au journal que les MEU pouvaient « mener des patrouilles » et « s’entraîner avec des alliés » et « réagir si un conflit éclatait ». Sans le déclarer, un rôle potentiel pour les forces amphibies serait d’attaquer et de s’emparer des îlots et des récifs tenus par les Chinois de la mer de Chine méridionale, que l’armée chinoise a développés en bases avancées contre la marine américaine.

Le général Joseph Dunford, chef d’état-major interarmées, a déclaré aux journalistes lors d’une tournée dans les installations américaines de Darwin, dans le nord de l’Australie : « Nous avons des intérêts durables ici et nous avons un engagement durable et une présence durable ici. » Les responsables du Pentagone ont annoncé que le nombre de marines envoyés depuis Okinawa pour opérer depuis Darwin pendant six mois de l’année sera considérablement augmenté en mars et au cours des prochaines années.

À court terme, l’armée américaine se prépare à la perspective d’une attaque massive contre la Corée du Nord, suivie d’une invasion pour renverser son régime et modifier radicalement l’équilibre du pouvoir en Asie du Nord-Est. Ce serait au détriment stratégique direct de la Chine et de la Russie, qui bordent le pays économiquement démuni d’à peine 25 millions de personnes.

La conduite pendant le week-end du vice-président américain Michael Pence, lors des premiers jours des Jeux olympiques d’hiver en Corée du Sud, a été inquiétante.

Le gouvernement sud-coréen a fait tout son possible pour accueillir la participation d’une équipe nord-coréenne et accorder les honneurs diplomatiques à Kim Yo-jong, la sœur du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et au chef de l’État, Kim Yong-nam. Des mesures provisoires ont été prises pour entamer des pourparlers entre les deux Corées en vue de réduire l’actuelle tension qui, si elle provoquait la guerre, pourrait entraîner des centaines de milliers de victimes et la ruine économique et sociale des deux côtés de la péninsule.

Pence, dans une manifestation calculée d’arrogance impérialiste et de mépris pour la Corée du Sud et la Corée du Nord, a clairement indiqué que les États-Unis n’avaient aucun intérêt à un règlement pacifique. Il est sorti d’un dîner d’État, refusant même de parler avec les dirigeants du Nord, puis est resté assis alors que l’équipe unifiée des Coréens a défilé tous ensemble dans la cérémonie d’ouverture.

Ces insultes diplomatiques n’ont qu’un seul but : envoyer un message sans équivoque que l’administration Trump n’acceptera qu’un résultat, celui qui fera de la Corée du Nord un État client des États-Unis. Washington exige la capitulation complète du régime de Kim Jong-un. L’autre solution est d’activer des plans, déjà en place, pour mettre en œuvre la menace de Trump de « détruire totalement » la Corée du Nord avec « feu et fureur ».

Dans des remarques terrifiantes, le général Dunford a déclaré aux marines américains à Darwin : « En fin de compte, ce sera une guerre désagréable si nous nous battons sur la péninsule coréenne. Et cela va impliquer des marines et des soldats qui prendront du terrain, à côté, évidemment, de nos alliés et partenaires. Si vous êtes un marine, et franchement si vous êtes en uniforme, si vous vous levez le matin en pensant toujours que c’est le dernier jour où vous serez en paix, vous allez être au bon endroit. »

Qu’est-ce que la Corée du Nord est censée conclure d’autre de telles actions et déclarations, si ce n’est que les militaires américains, sud-coréens, japonais, australiens et autres alliés et partenaires américains sont prêts pour le combat à la suite des Jeux olympiques d’hiver ?

Les contradictions du capitalisme ont amené le monde au bord de ce qui serait probablement le conflit le plus horrible et le plus coûteux depuis la Seconde Guerre mondiale. La classe dirigeante américaine, en proie à des crises internes et incapable de dicter sa volonté au monde comme autrefois, a conclu que l’escalade de 25 années de violence militariste est le seul moyen d’éviter un déclin inexorable.

Même si la Chine et la Russie se tenaient à l’écart d’une guerre sur la péninsule coréenne, un tel conflit augmenterait le risque de guerres « entre les grandes puissances » menées avec des armes nucléaires. Les régimes de Pékin et de Moscou, représentant également des oligarques capitalistes en crise, préparent activement aussi une confrontation militaire inévitable avec les États-Unis. Dans les groupes de réflexion et les forces militaires des puissances impérialistes européennes, des calculs sont également en cours pour conclure que finalement le conflit avec Washington pourrait être inéluctable.

En 1915, dans la résolution qu’il proposait à la conférence anti-guerre du village suisse de Zimmerwald, le dirigeant révolutionnaire russe Vladimir Lénine écrivait :

« La guerre impérialiste inaugure l’ère de la révolution sociale. Toutes les conditions objectives de l’époque actuelle mettent à l’ordre du jour la lutte révolutionnaire de masse du prolétariat. Les socialistes ont pour devoir, sans renoncer à aucun des moyens de lutte légale de la classe ouvrière, de les subordonner tous à cette tâche pressante et essentielle, de développer la conscience révolutionnaire des ouvriers, de les unir dans la lutte révolutionnaire internationale, de soutenir et de faire progresser toute action révolutionnaire, de chercher à transformer la guerre impérialiste entre les peuples en une guerre civile des classes opprimées contre leurs oppresseurs, en une guerre pour l’expropriation de la classe des capitalistes, pour la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, pour la réalisation du socialisme. »

Aujourd’hui, il faut construire le Comité international de la Quatrième Internationale, qui se bat pour cette perspective, comme direction de la classe ouvrière internationale.

(Article paru en anglais le 12 février 2018)