Le rapport Spinetta lance la campagne de Macron pour privatiser la SNCF

Par Kumaran Ira
20 février 2018

Hier, le gouvernement du Président Emmanuel Macron a entamé une première phase de négociation de la réforme de la SNCF avec la direction et les syndicats, quelques jours après la remise d’un report préparé par Jean-Cyril Spinetta, ancien PDG d'Air France-KLM. Selon la presse, la méthode et le calendrier de la réforme seront annoncés le 26 février.

Après l’imposition par le PS de la loi travail, foulant aux pieds l’opposition de l’écrasante majorité des Français, Macron prépare la privatisation de la SNCF dans le cadre de la directive européenne préconisant une ouverture à la concurrence. Il veut détruire les acquis des cheminots – y compris la grille des salaires, le départ à la retraite à 52 ans pour les conducteurs et 57 ans pour les autres, et la garantie de l'emploi à vie – établis après la défaite de l'Allemagne nazie par l'Union soviétique dans la Deuxième Guerre mondiale.

Commissionné par le gouvernement en octobre, Spinetta a remis un rapport de 127 pages jeudi dernier. Sous prétexte de moderniser la SNCF dans l'intérêt des voyageurs, le rapport préconise la libéralisation du transport ferroviaire et la transformation de la SNCF en société anonyme, c'est-à-dire sa privatisation, qui a eu des conséquences désastreuses dans d'autres pays. Cela permet aussi de généraliser le recours aux emplois en CDD ou en intérim. Le rapport justifie le démantèlement de l’entreprise publique en déclarant que c'est le seule moyen de maîtriser la dette de la SNCF.

Le rapport déclare: «Dans le cadre de la loi, il pourrait être mis un terme au recrutement au statut des nouveaux embauchés, en préservant strictement les droits individuels des personnels en bénéficiant. Les nouveaux recrutements devront s'opérer (...) dans un cadre conventionnel à parachever». Le rapport préconise aussi que la SNCF puisse «recourir pendant deux ans à la procédure des plans de départs volontaires». Ces départs «volontaires» pourraient concerner 5.000 cheminots.

Le rapport propose de «Recentrer le transport ferroviaire sur son domaine de pertinence» et déclare: «Le maintien des lignes héritées d’une époque où le transport ferroviaire était l’unique moyen de déplacement doit être revu».. En clair, l’Etat prévoit de supprimer les petites lignes moins rentables ainsi que de nombreuses petites gares.

Cette politique, qui vise à libérer d'énormes sommes d'argent pour les banques et pour l'Etat, est une absurdité réactionnaire. Alors que l'Etat a trouvé d'un jour à l'autre 360 milliards d'euros de garanties à apporter aux banques lors du krach de 2008, il déclare que le train de vie de cheminots qui gagnent 1.800 euros mensuels est un fardeau insupportable. Tout indique que la privatisation se traduira par une dégradation importante des conditions des cheminots comme des voyageurs.

Le Monde, qui prône la privatisation de la SNCF, la compare au rail britannique privatisé et écrit que «plus rapide, moins cher, la supériorité du réseau ferroviaire français n'est pas à démontrer.» Il avoue que les franchises privées britannique «sont loin d'être un succès systématique», et même que les appels à nationaliser le rail britannique afin d'améliorer sa performance sont «très populaires». Mais il recommande toutefois la privatisation, laissant planer l'espoir qu'elle améliorerait les prestations des lignes régionales en France, que le rapport Spinetta prévoit d'éliminer carrément.

Selon le rapport Spinetta, l'Etat devrait reprendre la dette de la SNCF, afin de créer le maximum de profit pour les gestionnaires privés qui se porteraient acquéreurs du rail: «Le traitement de la dette est une condition préalable et nécessaire à un retour à l'équilibre du gestionnaire d'infrastructures».

Les médias et la classe politique y feront sans doute écho pour tenter de diviser les travailleurs en attaquant le départ à la retraite des conducteurs à 52 ans, alors que l'âge de la retraite dans le privé est de 62 ans.

Les travailleurs, tant dans le public que dans le privé, doivent rejeter l'attaque contre les cheminots et l'ensemble des mesures régressives que Macron négocie avec le patronat et les syndicats.

Si la cible immédiate de cette mesure est les cheminots, tous les travailleurs en France et en Europe sont ciblés par les forces politiques qui se rangent derrière Macron. Ayant imposé les ordonnances qui permettent aux patrons et aux syndicats de déroger au Code du travail, facilitant ainsi les licenciements de masse et l'imposition de salaires en-dessous du SMIC, Macron veut casser le service public. Son but est de détruire tous les droits sociaux acquis par la classe ouvrière au 20e siècle, et de la faire revenir aux conditions qu'elle connaissait avant la révolution d'octobre 1917.

Cette politique, dénuée de toute légitimité démocratique, vise à financer l'équipement des armées et le développement de l'axe Berlin-Paris en tant que puissance militariste intervenant de manière agressive à travers le monde.

Macron veut trouver 300 milliards d'euros à dépenser sur les armées avant 2024. Des coupes draconiennes dans les niveaux de vie et les services sociaux seraient nécessaires pour financer la construction d'une machine de guerre à une pareille échelle. Selon un rapport de l’OFCE, les 2 pour cent les plus riches capteraient 42 pour cent des gains liés à la politique de Macron, alors que les ménages les plus pauvres verraient leur niveau de vie chuter.

Une profonde opposition existe parmi les travailleurs à la casse de la SNCF et à l'offensive austéritaire de Macron. Le Monde pointe «le souvenir des grandes grèves (des cheminots) de 1995, qui n’a cessé de hanter tous les gouvernements au cours des deux dernières décennies.»

La CGT a appelé les cheminots à manifester le 22 mars, en même temps que les fonctionnaires qui défileront contre la réforme de la fonction publique. «Quand on est attaqué, on se défend», a déclaré Philippe Martinez, le dirigeant de la CGT, sur France Inter.

Mais l'opposition ouvrière ne peut s'exprimer dans les sentiers battus des mobilisations syndicales symboliques, dirigées par des appareils qui négocient en même temps les politiques d'austérité avec Macron. Aujourd'hui, ils s'attablent avec la direction de la SNCF, tout en avouant que la direction de la SNCF fait aux travailleurs une «déclaration de guerre.»

Pour s’opposer aux mesures draconiennes préparées à la SNCF et ailleurs, les travailleurs de tous les secteurs doivent prendre leurs propres luttes en main et de les mener en tant que luttes politiques conscientes contre Macron et contre l'UE. Il s'agit de former, à l'échelle européenne, des organisations de lutte indépendantes des appareils syndicaux. Ces organisations s'opposeraient à la guerre et à l'austérité et coordonneraient l'opposition à la répression des grèves préparée dans le cadre de l'état d'urgence et de la loi antiterroriste.

Il s'agit de tirer les leçons des luttes précédentes – surtout, la nécessité d'une avant-garde et d'une perspective révolutionnaires. Quand, en novembre 1995, Juppé a annoncé son plan de réforme de la sécurité sociale et des régimes spéciaux de retraite, les travailleurs ont dû déborder les syndicats pour entrer en lutte. Avec les grèves et les manifestations, plus d’un million de personnes sont entrées en lutte. Ceci a paralysé la France pendant trois semaines, du jamais-vu depuis 1968.

Terrifiés par la situation qui échappait à leur contrôle, des groupes petit-bourgeois tels que LO et la LCR (le prédécesseur du NPA) se sont précipités dans les assemblées générales pour mettre fin aux grèves. Hostiles à une lutte révolutionnaire pour le pouvoir, ils n'ont rien pu faire sauf sauver le gouvernement Chirac et une grande partie des réformes de Juppé.

Une confrontation se prépare entre la classe ouvrière et ces vieux appareils politiques. Dans ces luttes, le Parti de l'égalité socialiste lutte pour lier la combativité ouvrière à un mouvement politique socialiste, internationaliste et anti-guerre de la classe ouvrière pour la prise du pouvoir et la réorganisation de la vie économique à travers l'Europe sur la base de politiques socialistes.