Les Verts allemands critiquent le manque de «préparation» militaire

Par Johannes Stern
23 février 2018

À la fin des années 1990, sous la direction du ministre vert des Affaires étrangères, Joschka Fischer, Berlin a mené en Yougoslavie sa première guerre extérieure depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Depuis lors, les travailleurs et les jeunes les détestent en tant que parti militariste. Entretemps, les ex-pacifistes sont devenus des militaristes si convaincus qu’ils attaquent maintenant le ministère de la Défense dirigé par les chrétiens-démocrates depuis la droite.

Après que le Rheinische Post ait rapporté lundi matin que la Bundeswehr (Forces armées) n’était pas en mesure d’équiper ses soldats de gilets de protection, de vêtements d’hiver et de tentes, Tobias Lindner, porte-parole des Verts, s'est indigné lors d'une entrevue à la station de radio Deutschlandfunk.

On donne «une image de préparation opérationnelle vraiment effrayante», a-t-il déclaré avec colère. En 2019, l’Allemagne doit «apporter une contribution importante au fer de lance de l’OTAN», et elle manque non seulement d'armes complexes, mais aussi «de choses comme des sous-vêtements et des tentes». Il a dit qu'il supposait «que ceci n'est que la partie visible de l'iceberg» et qu'il voulait «savoir, qu’en est-il des navires et des avions?»

Lindner a même attaqué depuis la droite les remarques de la ministre de la Défense, Ursula von der Leyen, (Union chrétienne-démocrate, CDU) à la Conférence sur la sécurité de Munich. Elle avait déclaré qu’«on ne peut pas résoudre tous les problèmes de la Bundeswehr en deux ans». Mais elle est «au pouvoir depuis plus de deux ans, et les problèmes d’équipement étaient bien connus depuis l’automne 2014 au plus tard. Donc, Frau von der Leyen aurait eu assez de temps pour faire quelque chose.»

Le World Socialist Web Site a commenté le discours de guerre de von der Leyen à Munich. Elle a réitéré l’engagement de Berlin à l’objectif de l'OTAN de dépenser 2 % du PIB sur l'armée, qui figure aussi dans l’accord de coalition entre démocrates-chrétiens et sociaux-démocrates (SPD). Avant tout, elle voulait «continuer le redressement de la Bundeswehr», et donc à «augmenter le personnel de la Bundeswehr» et «continuer à investir et à le moderniser», a-t-elle déclaré. Elle voulait «une Europe qui peut aussi peser davantage dans les affaires militaires» et la construction d’une «Union européenne de défense» et d’une «armée des Européens».

Le programme de von der Leyen rappelle le réarmement de la Wehrmacht (armée d’Hitler) dans les années 1930, mais Lindner considère qu’il n’est pas assez agressif. En principe, von der Leyen «a eu toute la dernière législature pour revoir les processus et s’assurer que l’on puisse se procurer rapidement des choses aussi simples que des tentes, que cela ne prenne pas des années». Il s'est interrogé sur le bilan de von der Leyen: «des commissions ont été mises en place, des rapports ont été rédigés, et la misère est plus transparente». Mais cela ne voulait pas dire que «quoi que ce soit a changé».

Lindner a exprimé sa solidarité avec les chefs militaires, qui présentent leurs revendications à la classe politique avec une véhémence croissante. Il a «eu l’impression» que le commandement «n’accepte plus que la situation soit justifiée». Au moins «il y a maintenant une culture qui dit, bon, si vous nous donnez un ordre, comme dans ce cas, d’être à la tête d’une initiative de l’OTAN, alors nous dirons aussi honnêtement quels sont nos besoins matériels».

Le ministère de la Défense veut aussi «blanchir les choses au sein du comité de la défense au parlement», a-t-il dit. Les Verts ont donc «demandé à Mme von der Leyen de se rendre au Comité de la défense cette semaine et de commenter ces articles de presse». Il s’attendait «à ce que le ministre et aussi les inspecteurs des branches des forces armées expliquent la situation». Quelle est la situation concernant «les armes, lesquelles sont opérationnelles»? Il s'est dit «curieux de savoir si la grande coalition et le ministre avaient l’épine dorsale et le courage de commenter cela lors de la réunion».

Les critiques de Lindner et des Verts vont de pair avec les positions du Parti libéral-démocrate (FDP) néolibéral et de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) d’extrême droite. Le groupe parlementaire du FDP a présenté une motion pour que le Comité de la défense se réunisse cette semaine afin d’établir une commission d’enquête sur la «préparation opérationnelle de la Bundeswehr». L’AfD dirige également une campagne agressive contre l’incapacité supposée de l’armée. «Les troupes manquent de tout. Malgré cela, la “grande coalition” a continué le sous-financement», a tweeté Rüdiger Lucassen, représentant de l’AfD au comité de la défense et ancien soldat.

Le Parti de gauche (Die Linke) participe également au retour du militarisme allemand. Il compte au total quatre députés parlementaires au comité de la défense, dont Christine Buchholz de Marx-21, l'organisation sœur du Socialist Workers Party britannique, qui visite régulièrement les troupes allemandes à l'étranger aux côtés de von der Leyen. Stefan Liebig, un représentant de Die Linke au sein de la commission des affaires étrangères, a aussi participé à la Conférence sur la sécurité de Munich. Dès 2013, il a travaillé sur l'étude «Nouveau pouvoir – Nouvelles responsabilités», le projet de retour agressif du militarisme allemand sur la scène mondiale.

(Article paru d’abord en anglais le 22 février 2018)