Trump fait règner la terreur contre les immigrés en Californie

Par Eric London
28 février 2018

Par un dimanche matin ensoleillé dans le comté de Napa en Californie, le week-end dernier, la fille d’un ouvrier du bâtiment nommé Armando Nunez Salgado a filmé en larmes son père emmené par les agents de l’Office de l’Immigration et des Douanes (ICE) qui avaient garé leurs voitures banalisées devant leur maison familiale avant de pénétrer dans la maison par une porte latérale pour l’arrêter.

Sur la vidéo, un des agents de l’ICE interpelle la fille de Nunez, Isabel, en disant que « Si vous éteignez la vidéo, nous vous dirons où nous allons l’emmener. »

L’ICE a effectué dix autres arrestations dimanche dans le nord de la Californie, mais leur but principal était de faire connaître leur présence dangereuse. Ils se sont rassemblés devant des cinémas, des marchands de tacos et d’autres lieux publics afin que les résidents puissent bien voir ce qu’il se passait. Cela a provoqué de rumeurs erronées sur des rafles dans toute la région, provoquant la panique.

Les arrestations de dimanche font suite à un avertissement public sans précédent publié vendredi par la maire d’Oakland, Libby Schaaf, selon lequel des rafles massives de l’ICE dans la région de San Francisco-Oakland Bay étaient imminents. L’ICE « s’apprête à mener une opération dans la région de la Baie, y compris à Oakland, dans les prochaines 24 heures », a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse, citant une source interne anonyme. La déclaration de Schaaf est intervenue après que Trump ait dit jeudi que la Californie « verrait un taux de criminalité comme personne ne l’a jamais vu dans ce pays » si les immigrés n’étaient pas déportés.

Angel Calderon, directeur de l’organisation à but non lucratif Casa de Guanajuato (logement d’ouvrier agricole) basée à Napa, a déclaré au World Socialist Web Site que les tensions chez les immigrés sont extrêmement élevées. « Il y a des rumeurs selon lesquelles des agents repèrent des entreprises mexicaines pour nous intimider », a-t-il dit. « J’ai vécu ici pendant 40 ans et je n’ai jamais vu des choses pareils. La peur est très réelle. »

Et cette peur est bien fondée. Les interpellations de l’ICE ont augmenté de 30 pourcents à travers le pays au cours de l’année fiscale 2017, atteignant 143 470 personnes, ce qui équivaut à la population de Syracuse, New York ou Pasadena, en Californie.

Le fait est que de telles horreurs se produisent quotidiennement aux États-Unis, et ne trouvent aucun écho dans la presse institutionnelle nationale, où les arrestations de ce week-end ont été entièrement passées sous silence.

Pour sa part, le Parti démocrate a refusé de s’opposer au programme anti-immigration de Trump. Pendant le débat de ce mois-ci sur les protections du DACA (pour les enfants immigrés clandestins), les démocrates ont convenu de construire un mur le long de la frontière américano-mexicaine et d’augmenter drastiquement la taille et l’influence de l’ICE et du service de protection des frontières (CBP), insistant sur l’importance de la « sécurité des frontières ». Les démocrates n’ont pas toujours cherché un arrangement pour les immigrants éligibles en conformité avec le protocole DACA, et le jugement de la Cour suprême lundi stoppant temporairement l’annulation par Trump du DACA ne fait rien pour protéger le statut à long terme des 1,8 million de personnes concernées par le programme.

En d’autres termes, les démocrates sont d’accord avec les déportations massives de Trump – car malgré tout, le président démocrate Barack Obama a déporté 2,7 millions de personnes au cours de ses deux mandats, plus que tout autre président avant lui. Les démocrates ont concentré toute leur énergie sur leur chasse aux sorcières anti-Russie, dont le but est de forcer Trump à adopter une position plus belligérante contre la Russie au risque de provoquer une guerre contre cette puissance nucléaire.

Le gouvernement Trump a pris pour cible l’État de Californie dans un acte brutal de représailles politique aux conséquences constitutionnelles. La Californie a adopté l’an dernier un projet de loi sur les « États sanctuaires » qui interdit aux organismes d’État de transmettre l’information sur les immigrants aux fonctionnaires fédéraux de l’immigration sans une décision de justice. Bien que le projet de loi de l’État et de semblables lois locales des « villes sanctuaires » soient superficiels et ne fassent rien pour empêcher les raids et les déportations, le gouvernement Trump punit l’État pour avoir mis en place un tant soit peu d’obstacles aux déportations massives.

Au début de janvier, le directeur de l’ICE, Thomas Homan, a défié la Californie à propos de l’adoption du projet de loi. « La Californie est prévenue », a-t-il déclaré. « Elle va voir beaucoup plus d’agents spéciaux, beaucoup plus d’officiers du service de déportation […] ». Faisant référence aux responsables qui signent ou adoptent les décisions de certaines villes d’être des sanctuaires [où les autorités locales ne font pas la chasse aux immigrés], Homan a ajouté : « Nous devons commencer à inculper certains de ces politiciens pour des infractions. »

Peu de temps après, l’ICE a fait une descente dans une centaine de supérettes 7-Eleven à travers tout le pays, dont plusieurs en Californie, pour intimider les travailleurs immigrants qui constituent une grande partie de la clientèle des magasins à bas prix. Sur une période de cinq jours à la mi-février, l’ICE a balayé le sud de la Californie et arrêté plus de 200 immigrants de plus.

Erik Schnabel, directeur du développement et des communications pour le Réseau des droits et de l’éducation des immigrants (SIREN), basé à San Jose, a déclaré au WSWS : « Il est très clair que la Californie est ciblée. Il est clair que la peur et l’intimidation sont ce que le gouvernement Trump avait l’intention de faire. »

Trump et ses assistants fascistes ont la Californie en ligne de mire, un État de 40 millions d’habitants, parce qu’elle accueille plus de 2,5 millions de sans papiers, presque un quart du total national. Un sur huit enfants dans les écoles publiques californiennes a un parent sans papier, et plus de 200 000 des 700 000 bénéficiaires du programme DACA vivent dans cet État. L’État a voté dans un rapport de 2 sur 1 contre Trump lors des élections de 2016.

La campagne d’intimidation menée par le gouvernement fédéral vise à saper l’économie de l’État, qui dépend fortement de la surexploitation du travail des immigrés. Les efforts déployés pour répandre la peur et la panique visent également à transformer la population immigrée en un sous-prolétariat permanent, profondément appauvrie, vivant en marge de la société. Les immigrants qui craignent les raids d’expulsion sont moins susceptibles d’amener leurs enfants à l’école, de consulter un médecin pour des problèmes de santé ou des urgences, de demander de l’aide sociale, de signaler des crimes à la police ou même de quitter leur domicile pour travailler ou faire des courses.

L’attaque contre les droits démocratiques des immigrés a de graves implications pour l’ensemble de la classe ouvrière, quel que soit son statut juridique. Les travailleurs n’auront aucun moyen de se défendre dans une société où le gouvernement peut kidnapper des gens dans des voitures banalisées aux vitres teintées. Le racisme et le nationalisme qui sont devenus la politique gouvernementale officielle sous l’administration Trump est une tentative de diviser la classe ouvrière.

La xénophobie de l’élite dirigeante n’est pas une maladie purement américaine. Bien que plus de personnes que jamais soient éloignées de leurs foyers contre leur gré – 65,3 millions en 2015 – les classes dirigeantes de chaque nation cherchent à diriger une opposition sociale croissante contre les plus vulnérables et les opprimés.

En Europe, l’extrême droite détourne la haine généralisée des politiques d’austérité des partis sociaux-démocrates vers des voies xénophobes, et les principaux partis bourgeois adoptent son programme. En Allemagne, l’accord de grande coalition provisoire inclut des restrictions d’immigration soutenues par l’Alternative pour l’Allemagne néo-nazie. En Italie, les prochaines élections du 4 mars se déroulent dans des conditions où les fascistes attaquent les immigrés dans les rues et tous les partis bourgeois se précipitent pour prouver leur bonne foi xénophobe.

La défense des immigrés nécessite une lutte contre le système capitaliste et le système dépassé ds États-nations, qui constitue un obstacle majeur à l’organisation rationnelle de l’économie mondiale et à la libre circulation des habitants du monde. Seule la révolution socialiste, en abolissant le système des États-nations et en transformant l’économie mondiale pour satisfaire les besoins humains globaux et non les profits des grandes entreprises, peut garantir le droit démocratique de tous les peuples de voyager à leur guise sans risque de harcèlement ou de déportation.

(Article paru en anglais le 27 février 2018)