Le Parti de l’égalité socialiste tient une réunion à Paris contre le militarisme et l’austérité

Par nos journalistes
2 mars 2018

Dimanche, le Parti de l’égalité socialiste (PES), la section française du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), a organisé une réunion à Paris intitulée «Non à l’axe Merkel-Macron! Pour une lutte socialiste de la classe ouvrière européenne!» Elle a montré quels sont les projets militaristes qui sont à la base du projet de gouvernement de grande coalition en Allemagne sous le contrôle de la chancelière Angela Merkel, et en étroite collaboration avec le président Emmanuel Macron à Paris.

La réunion du PES à Paris

 

Plusieurs dizaines de personnes ont assisté à cette réunion, des lecteurs du World Socialist Web Site (WSWS) ainsi qu’un certain nombre de jeunes issus de l’immigration, inquiets des politiques de plus en plus brutales et antidémocratiques de Macron. Le principal intervenant était Johannes Stern, membre dirigeant du Sozialistische Gleichheitspartei (SGP), la section allemande du CIQI.

Stern a exposé l’analyse approfondie du SGP sur le pacte de coalition rédigé par les partis chrétien-démocrate (CDU-CSU) et social-démocrate (SPD). Cette Grande coalition, a-t-il noté, serait le régime le plus à droite en Allemagne depuis la chute des nazis. Citant le pacte, il a établi quel est réellement le projet de Berlin concernant la détention en masse des réfugiés, une mesure tirée directement du programme du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), pour le renforcement de la surveillance étatique et de l’État policier, et la construction d’une «armée d’Européens».

Ces projets impliquent de doubler les dépenses militaires allemandes et d’exercer une influence militaire sur une grande partie de la planète, là où l’Allemagne a des intérêts économiques – dont les Balkans, le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, l’Asie centrale, la Russie, ainsi que l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine. Il a souligné le risque croissant de grandes guerres, qui est de plus en plus discuté dans les médias tandis que toutes les grandes puissances se réarment, ainsi que le soutien à cette politique guerrière de la part de l’ensemble de l’élite politique allemande, y compris le Parti de gauche.

Stern a expliqué les principaux points de la campagne du SGP pour de nouvelles élections et pour une opposition à la Grande coalition. Le SGP exige la publication des accords secrets qui sous-tendent l’accord de grande coalition, y compris en ce qui concerne les rapports franco-allemands et l’usage de l’arsenal nucléaire français; il appelle les membres du SPD à voter contre ce pacte et cette tentative de former un gouvernement de Grande coalition. Surtout, cette perspective s’appuie sur la mobilisation des travailleurs de toute l’Europe et au-delà, sur la base d’un programme socialiste de lutte contre le militarisme et contre la guerre.

Alexandre Lantier, membre dirigeant du PES, a pris la parole après Stern pour aborder la collaboration étroite entre Merkel et Macron dans ce programme militariste. Citant le programme de dépenses militaires de Macron à 300 milliards d’euros pour la période 2018-2024, et ses attaques contre les droits des immigrés qui le rapprochent toujours plus des forces d’extrême droite, il a insisté sur le fait que les mesures d’austérité de Macron et les attaques contre la classe ouvrière sont conçues pour financer la machine militaire française. Le seul moyen de s’opposer à ces attaques est de combattre le militarisme et la marche internationale vers la guerre.

Il a ajouté que cela confirme l’appel qu’avait lancé le PES à un boycottage du second tour des élections présidentielles l’année dernière, entre Macron et la candidate néo-fasciste Marine Le Pen. La mégalomanie militariste, de droite, qui sous-tend les projets de l’axe Paris-Berlin montre que Macron n’est pas un moindre mal que Le Pen, contrairement à ce qu’ont prétendu bon nombre de partis de pseudo-gauche qui n’ont pas voulu s’opposer à Macron au second tour. Ces partis soutiennent le militarisme de Macron, et son projet d’embrigader la jeunesse dans les guerres qu’il mènera en Afrique, au Moyen-Orient et ailleurs.

Lantier a montré une vidéo d’une conférence de presse récente de membres dirigeants de La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon qui appellent à des dépenses militaires plus importantes, soutiennent le projet de Macron d’un service obligatoire, demandent que celui-ci soit plus long que ce que propose Macron, et appellent à une politique de dissuasion nucléaire contre tout le reste du monde. Lantier a mis l’accent sur le fossé de classe qui existe entre les partis pro-impérialistes des classes moyennes comme LFI, qui sont issus des mouvements étudiants post-1968, et la lutte du CIQI pour le trotskysme et une orientation révolutionnaire vers la classe ouvrière internationale.

Ces remarques ont été suivies d’une séance de questions et d’une vive discussion. Il y a eu de nombreuses questions sur les causes de cette marche vers la guerre, une discussion de la remilitarisation allemande, du développement des bases militaires et des missions militaires européennes dans le monde entier, dont l’Inde, et des liens étroits entre Macron et des politiciens comme le chancelier autrichien Sebastian Kurz, qui est au pouvoir en coalition avec l’extrême droite.

Pierre, lecteur du WSWS depuis plusieurs années avant d’être venu pour la première fois à une réunion du PES ce dimanche, a dit que la qualité et l’objectivité des textes du CIQI le distinguent des autres sites d’information et organisations politiques actifs en France.

Des lycéens ont exprimé leur inquiétude face au risque croissant de guerre et ont demandé ce qui peut être fait pour ne pas se retrouver entraîné dans les guerres qu’ils condamnent, au Moyen-Orient, en Afrique, et ailleurs.

«Peut-être que dans cinq ans on va nous forcer à nous battre contre un autre pays. La guerre est pourrie, on peut y mourir. Beaucoup de gens peuvent y mourir», a déclaré l’un d’eux.

«C’était une bonne réunion», a dit son amie. «Vous avez parlé des problèmes essentiels comme le fait qu’il pourrait y avoir un service militaire obligatoire bientôt. À la télévision, ils ne nous disent pas tout. Ils ne nous disent pas qu’il y a des projets de guerre.»

Des membres du PES ont expliqué qu’il y a une vaste opposition à la guerre et à l’État policier dans la population de tous les pays d’Europe, mais que cette opposition doit être mobilisée, unie, et qu’il faut lui présenter une perspective révolutionnaire. La discussion est ensuite passée à la nécessité de construire des sections de l’EJIES, les Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale, le mouvement de jeunesse du PES, et les participants ont proposé que des réunions du PES soient organisées dans d’autres villes en France.

(Article paru en anglais le 27 février 2018)