Les luttes des enseignants se propagent, les syndicats redoublent d’efforts pour réprimer la lutte de classe

Les manifestations et les demandes de faire grève de la part des enseignants et d’autres employés scolaires se répandent aux États-Unis à la suite de la grève de neuf jours de 33 000 enseignants et personnels de l’enseignement public de Virginie occidentale.

Des luttes d’enseignants éclatent en Oklahoma, en Arizona, au Kentucky et dans d’autres États, ainsi qu’à Jersey City, dans le New Jersey. Plus tard ce mois-ci, 30 000 personnels de l’enseignement voteront sur une grève dans le ressort de l’académie du Los Angeles Unified School District, la deuxième plus grande région scolaire du pays, qui accueille 734 641 étudiants.

Les branches de Virginie occidentale des syndicats d’enseignants, l’Association nationale de l’éducation (NEA) et la Fédération américaine des Enseignants (AFT), ont trahi et mis fin à la grève des enseignants après avoir conclu mardi un accord avec le gouverneur Jim Justice. Le projet de loi adopté par la législature de l’État et signé par Jim Justice ne fait rien pour répondre à la principale demande des grévistes : financer intégralement l’assurance maladie des employés des collectivités locales et mettre un terme à leurs contributions excessives. Et pour couronner le tout, la maigre augmentation de cinq pour cent pour les enseignants sera financée par des coupes profondes dans les programmes d’aides sociales.

La grève en Virginie occidentale a mis en évidence le fossé infranchissable entre les enseignants et les syndicats. La lutte a débuté par une série de grèves d’une journée organisées indépendamment des syndicats dans les bassins miniers de charbon au sud, qui s’est propagée aux 55 comtés. Les syndicats ont appelé à un débrayage de deux jours à l’échelle de l’État les 22 et 23 février, puis ont été obligés de le prolonger avant d’annoncer soudainement un accord avec le gouverneur Jim Justice et donner l’ordre aux enseignants de reprendre le travail au 1ᵉʳ mars.

Mais les enseignants de la base se sont rebellés et ont voté pour défier les dirigeants syndicaux et continuer la grève. Cela a été un choc pour le gouverneur et les législateurs de l’État, provoquant la déclaration du chef républicain du Sénat, Mitch Carmichael, qui a qualifié cette grève de « plutôt un soulèvement ».

Les syndicats ont mis fin à la grève au point où elle prenait de l’ampleur et inspirait d’autres groupes de travailleurs à débrayer, dont les 1400 travailleurs de Frontier Communications en Virginie occidentale et en Virginie.

Avec l’affaire Janus contre AFSCME qui est cours devant la Cour suprême des États-Unis – une affaire qui pourrait mettre fin à la perception des cotisations syndicales sur les travailleurs non-syndiqués – l’AFT et l’AEN étaient très motivées pour démontrer à la classe dirigeante leur rôle dans la répression de la lutte de classe.

Dans un commentaire cité dans le Washington Post hier, la présidente de l’AFT, Randi Weingarten a averti les juges de la Cour suprême que l’affaiblissement des syndicats « mènerait à plus d’agitation et d’action politique » comme ce qui s’est passé en Virginie occidentale.

« La négociation collective existe comme un moyen pour les travailleurs et les employeurs de résoudre pacifiquement les relations de travail », a déclaré Weingarten, dont le salaire annuel est d’un demi-million de dollars. En Virginie occidentale, où il n’y a pas de structure de négociation collective, « des milliers d’enseignants se sont mobilisés contre le gouverneur et la législature pour ne pas avoir donné aux enseignants la dignité économique et la voix qu’ils méritent – et ce type d’activisme sera multiplié et amplifié à travers le pays si la négociation collective est supprimée ».

En d’autres termes, les syndicats sont essentiels pour empêcher la propagation de la lutte des classes. En déclarant cela, Weingarten ne faisait que développer les déclarations faites par un avocat du syndicat lors d’une plaidoirie devant la Cour suprême dans l’affaire Janus : « La sécurité du syndicat est la contrepartie de l’absence de grèves ».

Dans une chronique, également paru dans le Washington Post, Shaun Richman, ancien directeur de l’organisation à l’AFT, a écrit que la suppression des cotisations syndicales mettrait en danger les accords interdisant des grèves que les syndicats signent avec les employeurs en échange d’une reconnaissance de la représentation syndicale. « La combinaison d’une représentation syndicale exclusive, de cotisations obligatoires, de clauses de non-grève et de « droits patronaux » constitue le fondement de notre système de relations de travail particulier », a écrit Richman. « Éliminez-en une partie, comme les plaignants Janus visent à le faire au sujet des cotisations syndicales, et tout le système peut s’effondrer. »

« Les employeurs n’aimeront pas le chaos que cela va entraîner », a averti Richman, affirmant que les travailleurs « se livreraient à des grèves sauvages » et se tourneraient vers des organisations « plus militantes et plus à gauche ».

Les syndicats et le Parti démocrate sont terrifiés par la montée de la lutte des classes, parmi les enseignants et d’autres sections de la classe ouvrière, qui menace d’échapper à leur contrôle.

« Les enseignants de l’Oklahoma ont passé beaucoup de temps à étudier la situation en Virginie Occidentale », a déclaré Jonathan, un enseignant d’Oklahoma City, au World Socialist Web Site : « Absolument, notre lutte est d’importance nationale ».

Jeudi matin, des centaines d’enseignants du centre du Kentucky se sont rassemblés devant les écoles publiques pour protester contre les réductions des retraites proposées par la législature, qui réduiraient de 33 pourcents les augmentations annuelles alignées sur l’indice du coût de la vie pour les enseignants retraités qui ne bénéficient pas de prestations sociales. Les enseignants discutent d’une grève à l’échelle de l’État pour s’opposer à la mesure.

À la fin du mois dernier, 4000 enseignants de Jersey City, dans le New Jersey, ont voté la grève si aucun nouvel accord collectif n’est conclu avec l’académie. Les enseignants veulent une forte réduction des coûts de soins de santé directs. Bien que leur accord ait expiré en août 2017, le syndicat Jersey City Education Association a assuré la présence des enseignants dans les écoles malgré l’insistance du conseil d’administration de l’école qu’il maintiendra le transfert des coûts des soins de santé aux enseignants.

En Arizona, des milliers d’enseignants se sont présentés au travail vêtu en rouge pour protester contre les bas salaires. Noah Karvelis, l’un des organisateurs de la manifestation et professeur de musique dans l’académie de Littleton Elementary, a créé un groupe fermé sur Facebook appelé Arizona Teachers United, qui a fait boule de neige avec plus de 11 000 adhérents dès mardi soir.

Les enseignants de Virginie occidentale et d’autres États se rebellent contre les collusions syndicats-patrons de longue date que ces derniers ont fait passer pour des « négociations collectives ». Loin de promouvoir les intérêts des enseignants et des autres travailleurs scolaires, l’AFT et l’AEN ont été complices avec les administrations démocrates et républicaines pour imposer l’austérité au profit des riches détenteurs d’obligations et d’autres intérêts du grand patronat.

Les deux syndicats ont approuvé et collaboré avec le programme de réforme scolaire d’Obama soutenu par les grandes entreprises, qui a détourné des fonds vers les écoles privées et d’autres entreprises à but lucratif, tandis que les salaires étaient réduits et les coûts des soins de santé et des retraites transférés sur le dos des travailleurs. Ils font la même chose avec le gouvernement Trump.

Plus la classe ouvrière se défendra, plus violents et déterminés seront les efforts des syndicats pour réprimer ses luttes, et plus il sera nécessaire que les travailleurs forment des comités de base indépendants pour coordonner leurs luttes.

(Article paru en anglais le 9 mars 2018)

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