Cette semaine dans l’histoire

Il y a 75 ans : Les impérialistes se disputent la Guyane française

14 mars 2018
Charles de Gaulle

Le 16 mars 1943, des manifestations ont éclaté contre l’administration Vichyste dans la colonie de la Guyane française. Poussée par des pénuries alimentaires, la population a marché sur le bâtiment du gouvernement et a demandé au gouverneur pro-fasciste René Weber de rompre avec la France de Vichy et l’Allemagne nazie. Le lendemain, les partisans du général Charles de Gaulle avaient pris la tête de la révolte, tandis que Weber et ses associés s’enfuyaient en Guyane hollandaise (Surinam).

La révolte dans cette minuscule colonie de 40 000 personnes sur la côte caraïbe de l’Amérique du Sud devint immédiatement une pomme de discorde entre le mouvement de de Gaulle soutenu par les Britanniques et celui du général Henri Giraud, la marionnette américaine qui dirigeait l’Afrique du Nord française et servait de couverture pour la collaboration américaine avec les fascistes de la France de Vichy.

Quand le comité provisoire de la Guyane française a tenté le lendemain de télégraphier un message à De Gaulle pour faire savoir qu’il avait quitté la France de Vichy et voulait s’allier avec lui, l’administration de Franklin Roosevelt a retenu les messages et a divulgué des informations à la presse selon lesquelles la colonie s’était ralliée à Giraud. Deux jours plus tard, de Gaulle a revendiqué la Guyane française. Les États-Unis ont finalement forcé la Guyane à accepter Giraud en menaçant de refuser les livraisons de nourriture à la colonie si elle persistait dans sa déclaration pour de Gaulle.

Pour les factions françaises opposées, le contrôle de la Guyane signifiait surtout le contrôle de son exportation numéro un : l’or. En même temps, la décision américaine de soutenir Giraud faisait partie de sa stratégie visant à démembrer l’empire colonial français. Contrairement à de Gaulle, les Français de Vichy avaient déjà montré leur souplesse vis-à-vis de l’Allemagne. Les États-Unis ont également estimé qu’à la fin de la guerre, il serait plus facile de justifier la prise de colonies à un gouvernement qui s’était allié à Hitler qu’ à un gouvernement qui avait combattu du côté des États-Unis.