Mélenchon fait le silence sur les frappes en Syrie, le 14 avril à Marseille

Par Anthony Torres
19 avril 2018

Samedi 14 avril s’est tenue à Marseille une manifestation «anti-Macron» à l’appel de l’union départementale CGT des Bouches-du-Rhône, soutenue par une quinzaine de partis politiques et de syndicats dont la FSU, Sud-Solidaires, et l’UNEF. Cette manifestation expose le gouffre qui existe entre la volonté de lutter contre Macron et le danger d’une guerre chez les travailleurs et les jeunes avec la politique menée par les appareils syndicaux et politiques qui contrôlaient la manifestation.

58 000 personnes selon la CGT étaient présent durant la manifestation ayant les cheminots en tête de cortège. Des retraités, étudiants, postiers, dockers, agents de différents services publics étaient présents dans les cortèges pour dire «non» à un «coup d’état social» orchestré par Macron.

Dans la manifestation, il y avait des banderoles avec inscrit «grève générale illimitée» ou encore des pancartes faisant allusion à l’attaque de la France des Etats-Unis et du Royaume Unis contre le régime d’Assad. On pouvait aussi entendre le slogan «C’est pas les zadistes qu’il faut expulser, c’est le gouvernement qu’il faut virer». Cela évoquait l’important dispositif de CRS déployé expulser violemment une centaine de zadistes à Notre Dame des Landes.

Il existe une très grande colère contre la politique de guerre et d’austérité de Macron et son mépris face à l’opposition des travailleurs et des jeunes. Il avait affirmé sur TF1: «Mais l'opinion, ce n'est pas un objectif en soi. Pardon d'être aussi direct, mais qu'est-ce que c'est l’opinion ? Ça veut dire que chaque jour il faut regarder les sondages sur telle ou telle chose, et dire on fait ceci ou cela?»

Mais à la fin de la manifestation, il n’y a eu aucune tribune des personnalités politiques présentes dans la manifestation «anti-Macron». Quelques heures à peine après les frappes agressives de Washington, Londres et Paris en Syrie, les forces politiques qui dirigeaient la manifestation ne voulaient pas faire appel à la large opposition des masses contre ce crime de guerre.

Jean-Luc Mélenchon, député de Marseille qui était la tête d’affiche de ce défilé, avait invité dans une lettre ouverte les dirigeants de plusieurs partis politiques ainsi qu’à Benoît Hamon, l’ancien candidat du PS pour la présidentielle de 2017 à se joindre à la manifestation. Philippe Poutou du NPA était présent aux côtés de Mélenchon.

Mélenchon a salué les syndicats et appelé les organisations qui voulaient s’y joindre à le faire: «Je souhaite que ça puisse être reproduit dans tout le pays. (…) C’est une bonne rupture de la cloison entre le mouvement social et l’action politique.»

Le Monde écrit: «Symboliquement, le député a marché en tête de cortège jusqu’en haut de la Canebière, derrière une banderole ‘Gouvernement-Medef veulent nous tuer, arrêtons-les’. Puis, il s’est laissé glisser jusqu’à ses troupes, fortes de plusieurs milliers de militants défilant par ville ou région.»

Interrogé sur la manifestation, Poutou, le candidat du NPA à la dernière présidentielle a déclaré sur un ton vague: «Ce qui se déroule, ici à Marseille, c'est une bonne rupture de la cloison entre le mouvement social et l'action politique (...) Clairement, dans le pays, il y a une volonté d'envoyer un message stop à Macron».

Dans toute grande crise révolutionnaire, la masse des travailleurs passe à travers différentes expériences et étapes politiques alors qu’elle prend conscience de la situation politique et des tâches qui lui incombent. Pour l’heure, une large couche de jeunes et de travailleurs se mobilisent derrière Mélenchon et La France insoumise. La tâche de l’avant-garde révolutionnaire n’est toutefois pas de s’adapter aux humeurs du moment, mais d’expliquer le rôle objectif des tendances politiques et ainsi de permettre l’orientation des masses croissantes de travailleurs en lutte.

Mélenchon, le NPA et les appareils syndicaux qui y sont liés n’ont rien à offrir aux travailleurs et aux jeunes qui se mobilisent contre l’austérité. 50 ans après la grève générale de Mai 1968, ces forces issues du mouvement étudiant petit-bourgeois et antimarxiste de cette époque se sont rangées derrière la bannière de la guerre humanitaire sous laquelle Paris avance ses intérêts impérialistes.

Les mobilisations actuelles se déroulent sur fond d’une crise révolutionnaire bien plus avancée qu’il y a un demi-siècle. La politique de compromis de classe qui sous-tendait les accords de Grenelle et la trahison de la grève générale par le PCF vole en éclats. Et autour du monde, la bourgeoisie prépare la guerre. Macron veut restructurer les relations de classes afin de financer la réduction des impôts pour les riches et de trouver 300 milliards d’euros pour l’armée d’ici à 2024.

Contrairement à Mai 68, le gouvernement Macron ne fera aucune concession du fait de la crise économique, qui ne lui laisse aucune marge de manœuvre, et de la poussée vers la guerre avec la Russie, sur laquelle s’engage la France en Syrie. Pour cela l’instauration d’un état policier avec la loi sur l’état d’urgence, la destruction des libertés sur internet servent à réprimer l’opposition.

Une convergence des jeunes avec le mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière qui se prépare ne pourra se faire sous l’égide de Mélenchon, du NPA et des organisations syndicales. Cette pseudo gauche populiste et pro-guerre n’offre aucune perspective politique viable.

Les syndicats ont participé à la formulation non seulement de la loi travail et des ordonnances anti-ouvrières de Macron, mais aussi aux préparatifs pour la guerre, ayant explicitement approuvé la guerre en Syrie dans une déclaration en 2012. Mélenchon et le NPA ont tous les deux applaudi la guerre de l’OTAN en Libye et les débuts de la guerre en Syrie. Et ils sont restés silencieux samedi sur le caractère criminel de la dernière des puissances impérialistes contre la Syrie.

Mélenchon s’est offert à plusieurs reprises en tant que premier ministre à Macron. Mais un gouvernement Macron-Mélenchon ne poursuivrait pas une politique fondamentalement différente de celle du gouvernement actuel, de Macron et d’Edouard Philippe. Cette perspective, qui est en fait une alternative opposée à la prise du pouvoir par la classe ouvrière comme en octobre 1917 en Russie, est un piège pour la classe ouvrière.

La question fondamentale posée aux travailleurs et aux jeunes en 2018 est celle soulevée par le Parti de l’égalité socialiste: la construction d’une avant-garde marxiste en lutte contre la politique réactionnaire de la pseudo gauche petite-bourgeoise.

A lire également:

Les frappes impérialistes contre la Syrie démasquent le NPA

(16 avril 2018)