A Washington, Macron appelle à la renégociation de l'accord nucléaire avec l'Iran

Par Alex Lantier
26 avril 2018

Mardi, lors du deuxième jour de sa visite d’État de trois jours à Washington, le président français Emmanuel Macron a tenu une conférence de presse conjointe avec le président américain Donald Trump pour discuter du contenu de leurs pourparlers sur le Moyen-Orient et le commerce mondial. Lors de la conférence de presse, Macron a cherché à s’adapter aux menaces de Trump pour mettre fin au traité nucléaire iranien de 2015 et a promis un soutien continu de la France aux guerres américaines au Moyen-Orient.

Paris rejoint Washington pour dire à l’Iran qu’il doit se conformer aux dictats américains au Moyen-Orient ou faire face au renouvellement des sanctions commerciales en place avant la signature du traité, et à la possibilité d’une attaque militaire. Malgré la débâcle de la guerre par procuration de sept ans de l’OTAN en Syrie, les États-Unis et la France, ancienne puissance coloniale en Syrie, ne peuvent accepter aucun renforcement de la position de l’Iran, principal soutien du régime syrien aux côtés de la Russie. Au lieu de cela, à peine dix jours après la frappe des missiles américains, britanniques et français sur la Syrie, ils ouvrent la voie à une nouvelle confrontation militaire avec la Syrie, l’Iran et une Russie dotée de l’arme nucléaire.

Cette initiative représente un changement significatif de la part de Macron, qui avait publiquement soutenu l’accord nucléaire iranien et, dans une interview avec Fox News avant sa visite, affirmé qu’il n’y avait pas de « Plan B » pour le remplacer. Cette prise de position avait reçu le soutien de gouvernements du monde entier. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov déclara lors d’une visite à Beijing que lui et ses homologues chinois s’opposeraient à toute tentative de mettre fin à l’accord.

Les principaux alliés des États-Unis se sont également opposés à une résiliation de l’accord. Le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson a souligné son « opinion fortement en faveur » du traité et son homologue allemand Heiko Maas a averti que son abandon aurait des conséquences dangereuses sur la situation militaire au Moyen-Orient. « Nous pensons qu’il est extrêmement important de respecter cet accord », a-t-il déclaré. « Si nous échouions ou si les États-Unis abandonnaient, nous n’aurions rien de comparable et nous craignons que la situation ne se détériore de manière significative, comme tout ce qui va avec ».

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, a averti que s’il respectait scrupuleusement le traité existant, l’Iran le « déchiquetterait » si Washington se retirait. « C’est soit tout ou rien. Les dirigeants européens devraient encourager Trump non seulement à rester dans l’accord nucléaire, mais, plus important encore, à commencer à mettre en œuvre de bonne foi sa part du marché », écrit-il sur Twitter.

Mardi matin, quand Macron a réitéré son soutien au traité lors d’une séance photo avant ses entretiens privés avec Trump, le président américain a explosé, indiquant que cette position était inacceptable.

Macron a déclaré : « Ce que je viens de dire, c’est que l’accord avec l’Iran est une question importante. Nous discuterons de cela. Mais nous devons prendre cela comme une partie de l’image plus large, qui est la sécurité dans l’ensemble de la région. Et nous avons la situation syrienne, nous avons prochainement une élection en Irak, et nous avons la stabilité à préserver pour nos alliés dans la région. Et ce que nous voulons faire, c’est contenir la présence iranienne dans la région, et [l’accord nucléaire iranien] fait partie de cette vision plus large ».

Trump a répondu : « Il semble que, tout simplement, peu importe où vous allez, surtout au Moyen-Orient, partout où il y a des problèmes, au Yémen, en Syrie, il y a l’Iran derrière. Peu importe où vous êtes, il y a l’Iran qui est derrière. Et maintenant, malheureusement, la Russie s’implique de plus en plus. Mais l’Iran semble être derrière tout ce qui pose problème... Et l’accord avec l’Iran est un désastre. Ils testent des missiles. Et de quoi s’agit-il ? Vous regardez les missiles balistiques qu’ils testent ; quel genre d’accord est-ce où vous êtes autorisé à tester des missiles tous azimuts ? »

Après que Trump et Macron aient émergé de leurs entretiens privés cependant, le président français semble s’être aligné sur les positions de Trump.

Trump a commencé par saluer les frappes de missiles américaines, britanniques et françaises du 14 avril sur la Syrie, basées sur des allégations frauduleuses et infondées selon lesquelles le régime syrien avait utilisé des armes chimiques : « Président Macron, je vous remercie de votre leadership dans cet effort». « Les États-Unis et la France coopèrent également pour empêcher la prolifération des armes nucléaires. Nous sommes reconnaissants pour le partenariat clé de la France dans notre campagne de pression maximale sur le régime nord-coréen ».

Trump a également applaudi la répression que Macron impose aux immigrés en France, l’appelant une bataille contre « la migration incontrôlée » et ajoutant « Monsieur le Président, j’admire le leadership dont vous avez fait preuve en abordant cette question très honnêtement et directement, ce qui n’est pas toujours populaire ».

Macron a ensuite suggéré qu’il était prêt à accepter l’opposition de Trump à l’accord nucléaire iranien : « Je peux dire que nous avons eu une discussion très franche à ce sujet, seulement nous deux. Vous considérez que l’accord iranien, le Plan d’Action complet conjoint (JCPOA), celui négocié en 2015 avec l’Iran est un mauvais accord... Nous souhaitons donc désormais travailler sur un nouvel accord avec l’Iran ».

Il a résumé ce à quoi un nouveau traité avec l’Iran devait, selon lui, répondre : « Ce dont nous avons besoin... est de couvrir quatre sujets. Le premier est de bloquer toute activité nucléaire de l’Iran jusqu’en 2025. C’est possible grâce au JCPOA. Le second est de s’assurer qu’à long terme, il n’y a pas d’activité nucléaire iranienne. Le troisième sujet fondamental est d’arriver à mettre fin aux activités balistiques de l’Iran dans la région. Et le quatrième est de créer les conditions d’une solution — une solution politique pour contenir l’Iran dans la région — au Yémen, en Syrie, en Irak et au Liban ».

La position décrite par Macron constitue une menace irresponsable contre l’Iran, qui risque de provoquer un affrontement violent entre celui-ci et les puissances de l’OTAN. Elle revient à lancer un ultimatum à l’Iran qui, malgré la victoire de ses forces combattant aux côtés des forces d’Assad sur le terrain en Syrie, doit céder complètement aux termes américains et européens. Le régime iranien a déjà déclaré qu’il s’opposerait à des limites pour son programme de missiles balistiques.

Les présidents américain et français, ébranlés par leur défaite en Syrie, indiquent qu’ils ne reculeront devant rien pour écraser l’opposition à une hégémonie impérialiste sous conduite américaine au Moyen-Orient. Après un quart de siècle de guerre au Moyen-Orient suite à la dissolution stalinienne de l’Union soviétique, des millions de personnes ont été tuées ou déplacées dans les guerres d’Irak, d’Afghanistan, de Libye, de Syrie et du Yémen. Mais ce qui se prépare est une escalade encore plus grande, car les puissances de l’OTAN menacent l’Iran et, implicitement, son allié la Russie.

Interrogé par l’Agence France-Presse sur les raisons pour lesquelles il a soudainement changé sa position sur le traité nucléaire iranien après avoir déclaré à Fox News qu’il n’avait pas de « Plan B » prêt si le traité est abandonné, Macron a nié effrontément avoir employé le terme « Plan B » en relation avec le traité nucléaire avec l’Iran. « Je me réfère habituellement au fait qu’il n’y a pas de planète Plan B », a-t-il dit. « Il s’agissait du climat plutôt que de l’Iran ». Il a ensuite insisté pour dire que la décision finale sur le traité nucléaire iranien devait être prise par Washington.

« Maintenant, en ce qui concerne l’Iran », a-t-il déclaré, « j’ai toujours été cohérent, et vous pouvez revenir à ce que j’ai dit à l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre. J’ai toujours dit qu’il y avait le JCPOA, mais que nous devions y ajouter trois piliers après 2025, dont la question balistique et l’influence régionale. Je ne sais pas ce que le président Trump décidera à propos du JCPOA et c’est sa responsabilité ».

(Article paru d’abord en anglais le 25 avril 2018)